vendredi 29 août 2014

Je lui ferais presque la bise.


Il y a des maisons dans lesquelles on entre facilement. Des chaumières semblant plus accueillantes. Il y a des patients avec lesquels on aime passer davantage de temps, même si cette idée brise la promesse que je m’étais fixée il y a longtemps. Car il faut bien l’avouer : j’ai des patients avec qui je me lierais bien d’amitié, surtout elle…

- Oooh ! Comme je suis contente de vous revoir, ma p’tite infirmière !

De réponse à mon petit surnom, je suis entrée en lui rendant son grand sourire. C’est le genre de maison où l’on entre par la porte du garage. Toujours ouverte, prête à accueillir le voisin, l’ami, les aller-retours du chien ou l’infirmière venue faire sa visite quotidienne. Ma patiente était dans l’entrée de la cuisine, à peine surprise de mon arrivée tant le canidé, surexcité de me revoir avait prévenu toute la famille. Le mini-chien tournoyait avec joie, lâchant à mes pieds son jouet préféré pour m’inviter à fêter mon retour.

lundi 18 août 2014

Féminine jusqu’au bout des boots





(A mes débuts dans le libéral, pendant un remplacement en hyper centre bourgeois)

J’interviens chez ce couple de patients tous les jours pour les accompagner dans leurs soins d’hygiène. A eux deux, ils atteignent péniblement les 190 années et leur maison semble avoir le même âge. Il y fait sombre, on perçoit plus qu’on ne voit. Les napperons de dentelles recouvrent les repose-têtes des fauteuils. Les horloges toutes figées à un horaire différent ne semblent plus donner l’heure depuis des décennies. Il y a toujours une odeur de plat en train de cuire, mais je ne vois jamais de préparation sur la vieille gazinière. Comme si les murs étaient imprégnés de toute une vie de repas odorants, préparés pour des enfants qui ont quitté les lieux depuis bien longtemps.

Le soin d’hygiène vient de se terminer et je suis dans la chambre avec la petite dame de 94 ans pour l’aider à s’habiller. Accroupie auprès d’elle, prête à lui enfiler les bas que j’étirais entre mes doigts, elle m’annonça tout de go : "Ah non ! Aujourd’hui je ne mets pas mes bas de contention, il fait trop chaud ! … D'ailleurs, je ne sais pas comment vous faites pour porter CA !". 

vendredi 8 août 2014

Dévotion chrétienne !








(A mes débuts dans le libéral, pendant un remplacement en hyper centre bourgeois)

L’appartement est cossu. La décoration soignée avec cette touche de bois ciré, de dentelles fait-main et de parfum subtil et léger qui vous laissent supposer que les fins de mois ne doivent pas être une source d’angoisse. Le pape benoit XVI veille au grain, encadré avec soin sur un des guéridons de l’entrée. 

vendredi 1 août 2014

Et une lettre envoyée à Marisol Touraine, une !





                                                                        Quelque part dans un village pommé de France,
                                                             Le 1er Aout 2014,


Madame Touraine, Madame la Ministre,


Je ne sais pas quel intérêt vous porterez à ma lettre, j’espère simplement que vous prendrez le temps de la lire jusqu’au bout. Veuillez trouver ci-joint mon dernier billet d’humeur tiré de mon blog et je dois bien avouer qu’il n’est, encore une fois, pas très joyeux. Il faut dire que les derniers temps ont été difficiles.



Je suis infirmière libérale, une parmi tant d’autres en France. Je ne représente aucun groupe, je ne suis impliquée dans aucun syndicat, je suis juste une infirmière parmi tant d’autres. Mes consœurs, mes confrères et moi-même arpentons tous les jours les routes de France, les cages d’escaliers, les ascenseurs. Nous entrons dans les maisons, les fermes, les appartements des Français, des étrangers, des sans-papiers. Mes consœurs, mes confrères et moi-même tentons de faire notre travail au mieux, avec les moyens qu’on nous donne, très tôt le matin, tard le soir, parfois la nuit et tous les jours de l’année, même à Noël. Nous soignons. Nous soulageons. Nous prenons soins des enfants, des parents, des grands-parents à leurs domiciles. Avec notre cœur et notre sourire.