lundi 27 octobre 2014

Je me gratte.



Je suis chez ce patient que je connais bien pour le soigner tous les jours depuis des mois par des injections. Alors que je suis en train de refaire pour la première fois son pansement dans le dos, je remarque de larges plaques rouges, épaisses, profuses... Comme il sort d'une infection sévère je lui demande si ces plaques sont apparues à ce moment là....

- Ça là ? Ah nan, c'est une gale norvégienne qu'on m'a diagnostiqué il y a 3 semaines !

Ah oui. Ah... En 3 semaines ça en fait des poignées de main en contact avec les acariens présent dans ses plis inter-digitaux... Furieuse envie de me laver toute entière au SHA _ shampooing compris_ ! Furieuse envie d'envoyer bouler le médecin diagnostiqueur, le patient et sa gale pour ne pas m'avoir prévenue avant ! Furieuse envie de me gratter et de psychoter du bouton !!

dimanche 26 octobre 2014

Je joue à la petite marchande.



- Et sinon vous avez assez de clients ?
" Patients vous voulez dire ?"
- Oui bah une clientèle quoi !
" Je préfère le terme de patientèle à vrai dire..."
- Oooh tout ça c'est la même chose, vous êtes payé non ?
" Sauf que je ne suis pas commerçante ! Les infirmières de l'hôpital elles sont payées aussi non ? Et elles ne soignent pas des clients elles..."

Qu'est ce que je peux détester ce terme de "client" quand on me parle de mes patients... Comme si l'argent qu'on touchait d'eux et qui entrait directement dans notre porte-monnaie _ enfin sur un compte pour en filer la moitié aux impôts et taxes _ faisait toute la différence !

Ce sont bien les caisses et les mutuelles, et donc les patients, qui payent les centres hospitaliers lorsque mes patients sont hospitalisés, et là, ça ne semble pas leur poser de question ... Simplement parce que les patients ne payent pas directement le soignant.

Ça me donne parfois l'impression de jouer à la petite marchande, je déteste ça !

lundi 20 octobre 2014

Coup de gueule infi' # 1 : mais laissez nous nos vaccins !

Une nouvelle réforme (oui, encore une) sortie tout droit du bureau de notre Ministre de la Santé (oui, encore elle) souhaiterait donner aux pharmaciens le droit de réaliser les vaccins dans leurs officines...


Comme le dit la pub des pharmacies Leclerc _ firme contre laquelle les pharmaciens se sont récemment battus_  "on marche sur la tête". Les réformes se suivent et se ressemblent tant elles sont absurdes. 
On ne parlera pas des perf' de fer que les infirmières libérales n'ont plus le droit de réaliser à domicile, ni des piluliers qu'on a failli nous sucrer comme les nutritions sur pompe d'ailleurs... Non, je dirai juste "chacun son métier !"

Ça va bien au delà de dire "piquer c'est facile, les pharmaciens peuvent bien le faire !" (certains commentaires sur les réseaux sociaux me hérissent autant qu'une chandeleur sans Nutella...). Là on parle bien d'enlever des soins aux infirmières libérales... Chacun son métier ! On ne demandera jamais à un dentiste de faire de la boucherie et à un boucher de faire de la plomberie ! Il faut voir au delà de ses propres intérêts et comprendre qu'on ne sert absolument pas la santé avec toutes ces réformes qui n'ont ni queue ni tête !

Pour l'instant je n'ai en entendu aucun pharmacien se positionner en faveur de cette réforme... Et je veux bien croiser les doigts de pied si ça peut leur permettre de comprendre notre coup de gueule ! 



Alors si vous ne souhaitez pas que votre pharmacien vous vaccine, ou soyons fou, qu'il finisse un jour par vous administrer votre Normacol ou vous poser votre sterilet (qui sait ce que Marisol Touraine va encore nous pondre...), je vous invite à signer la pétition ci-dessous pour un juste retour des choses ! Merci pour nous ! ^^

L’apprentissage du soin se fait dans la violence.




S’il est un sentiment qui ne me quitte jamais lorsque j’entre seule dans la maison d’un nouveau patient, c’est la petite peur, peut être irrationnelle, de ne jamais réussir à en sortir. Mais cette peur, je la refoule au plus profond de moi, de crainte qu’elle ne m’empêche d’exercer convenablement mon travail d’infirmière. 
Cette crainte de l’agression, j’en ai pris conscience dès mes premiers contacts avec les patients que je soignais alors étudiante. L’accumulation de ces situations, les médias et leurs faits divers ont eu raison de moi et de mon innocence qui ne m’avait pas encore complètement quittée avant d’entrée dans le milieu du soin.

Etudiante, les services hospitaliers, les maisons de retraites et les habitations me sont apparus comme des concentrées de représentations sociales, un microcosme avec ses bons côtés et ses travers.
Étais je si naïve à l’époque que j’ai pu croire un instant que mes soins ne seraient prodigués qu’à de gentilles personnes reconnaissantes ? Rapidement j’ai compris que notre profession n’était pas toujours respectée. Les insultes, les coups, les regards noirs m’ont mis face à l’humain et à son côté le plus sombre : la violence.

Dans un premier temps, c’est la démence qui m’a ouvert les portes de cette agressivité folle.

vendredi 10 octobre 2014

20 000 vues sur le blog !




Le blog a dépassé les 20 000 vues,

et en à peine 8 mois, c’est fou !

jamais je n’aurais pensé être autant lu,


un grand merci à vous tous ! ^^

mercredi 1 octobre 2014

La pluie tombe et les préjugés s'effondrent.


[ photo de Dmums ]

A mon arrivée, la petite mamie était vissée bien au fond de son canapé. Elle faisait face comme toujours à sa télé qui était en permanence allumée. Une publicité pour des vacances, au slogan et aux couleurs presque agressives, lui vendait une semaine aux Maroc pour pas cher, avant d'enchainer presque aussi vite pour une autre lui promettant des cheveux blonds et doux grâce aux extraits de courge. Et puis il y a eu cette pub sur les petites pots pour bébés. Celle qui la faisait toujours rire. Toujours, sauf aujourd'hui. Ma vieille patiente conservait le silence devant ces publicités qui n'en finissaient plus...  A se demander qui, de la télé ou de la vieille dame regardait l'autre...

Les coudes posés sur ses genoux et les mains jointes sous son menton, elle avait l’air renfrogné. De toute évidence quelque chose n'allait pas aujourd’hui. Quelque chose de différent d’hier, et du jour d’avant. A chacune de mes visites, cette petite mamie se plaignait de quelque chose. C’était devenu une habitude : chaque journée avait son lot de misères. Je m'y étais habituée avec le temps. Ne prenant même plus la peine de chercher à comprendre le pourquoi du comment cette maussaderie était arrivée. J'avais finis par me dire que ma patiente avait probablement dû naitre comme ça. Le mauvais jour peut-être, un au mauvais endroit surement...

Alors que je dénouais le foulard protégeant mon cou du froid et que j’ôtais mon manteau en cuir, je l’interrogeais avec mon petit clin d’œil à visé thérapeutique, en tentant d'obtenir pour une fois, une réponse positive :
- Comment ça va bien ce matin ?
"Oh bah 'fait aller... Pis vous avez vu ça, là !". La réponse fût rapide tant elle devait être pressée de me faire partager sa morosité journalière. Le petit signe vers l’avant que faisait son menton, m’invitait à regarder dans la direction qu’elle m’indiquait : celle de la fenêtre. Et de cette pluie, que l’on devinait derrière les carreaux embués sur lesquels se collaient les rideaux dont les broderies industrielles représentaient des chatons dans des paniers.