mercredi 29 avril 2015

Coup de gueule infi' # 9 : Les homo' donneront leur sang le jour où ils ne seront plus sexuels...


Le don du sang par les hommes homosexuels, ça faisait un bout de temps qu'on y croyait. Et puis on a arrêté d'y croire et puis on y a cru à nouveau. Et puis aujourd'hui, le 29 avril 2015, la cour de justice de l'Union européenne a rendu son verdict et d'un coup, on y croit plus trop : 
" L'Europe autorise la France a exclure les hommes homosexuels de la liste des donneurs de sang."(cf. la décision de la cour de justice européenne)

Petit historique rapide de la lutte des homosexuels pour le droit de donner leur sang : 

- 20 juin 1983 : à l'heure de la découverte du VIH, création d'une circulaire interdisant le don du sang pour les homosexuel-le-s et les bisexuel-le-s (entre autre, car à l'époque la liste est aussi longue que les suspicions reposant sur les différentes populations touchées par le VIH)
- 1985 : l'affaire dite du "sang contaminée", ne permettra pas de lever cette circulaire... Bien au contraire, la méfiance est plus que de mise.
- 2004 : une directive européenne demande à ce que soit exclus du don "les sujets dont le comportement sexuel les expose au risque de contracter des maladies infectieuses graves transmissibles par le sang". Il n'est nul part question de la population homosexuelle proprement dite, c'est pourtant la lecture que semble en faire les autorités françaises.
- 12 janvier 2009 : un arrêté ministériel stipule que "les hommes ayant eu ou ayant des rapports sexuels avec d'autres hommes ne sont pas autorisés à donner leur sang". 

L’Établissement Français du Sang (EFS) s’appuie aujourd'hui sur cet arrêté pour garantir la fameuse "sécurité transfusionnelle" tant questionnée. La sécurité transfusionnelle repose sur une étude et une problématique.
Selon une étude de l'Institut de Veille Sanitaire (INVS) de 2010, "Le risque d'exposition au VIH était donc 200 fois plus élevé lors d'une relation sexuelle entre hommes que lors d'une relation hétérosexuelle ou d'une relation entre femme". La problématique est posée par le principe de "fenêtre virologique". Pendant cette période de 10 à 20 jours après contamination, le virus est indétectable et donc indécelable dans les tests sanguins réalisés avant les dons. Le risque de transmission du virus est alors réel. Jusque là on est d'accord.

Mais ce n'est pas parce qu'on est homosexuel qu'on a le Sida. Et ce n'est pas parce qu'on est homosexuel qu'on a des pratiques à risque. Et enfin, il serait judicieux de faire une différence entre "pratique à risque" et "groupe à risque" qui représente une donnée réellement discriminante.

Toute le questionnement est là : "Ce principe de précaution ne serait-il pas une façon cachée de discriminer la population homosexuelle masculine ?". Être contre cette législation ce n'est pas autoriser tous les individus, y compris ceux représentant un risque, à donner leur sang. Être contre cette législation c'est lutter contre l'exclusion des hommes homosexuels dans leur ensemble sous prétexte qu'ils pourraient tous représenter un risque. 

Certains pays européen ont pris les devant et proposent une alternative : l'interdiction temporaire. Aux Royaume-Unis, depuis 2011, les hommes homosexuels peuvent donner leur sang moyennant un an d'abstinence. En Espagne, il faut attendre six mois et en Italie quatre mois après un rapport sexuel à risque. 

Le 29 Avril 2015, la France a pris une tout autre décision. Elle s'est basée sur une circulaire de la cour de justice Européenne, l'autorisant, en toute légalité, à exclure les hommes homosexuels du don de sang. Marisol Touraine est intervenu pour tenter de calmer ceux criant à une nouvelle discrimination en affirmant que " la discrimination des donneurs sur la base de leur orientation sexuelle était inacceptable et que seule la sécurité des receveurs pouvait justifier des limitations au don du sang."... La discrimination jamais, sauf si c'est pour la bonne cause ! 

Toutefois, elle propose notamment de modifier le questionnaire proposé au donneur en supprimant toute référence à l’orientation sexuelle et de ne citer que des comportements sexuels à risque et de substituer à l’exclusion définitive une exclusion temporaire de douze mois après le dernier comportement à risque.

Le don de sang autorisé pour les hommes homosexuel serait-il pour demain ? Réponse en Mai après la réunion avec l'ensemble des associations concernées !

samedi 25 avril 2015

Coup de gueule infi’ # 8 : " Amour, gloire et santé ", où est ce que ça merde pour les infirmières libérales ?



Je ne sais pas vous, mais moi, s’il y a un truc qui m’énerve, c’est d’être assise en tailleur devant la télévision avec un bol de pop-corn entre les jambes en me rendant compte que je suis totalement larguée dans la série que je suis en train de suivre.  « Amour, gloire et santé » m’était devenu aussi étranger que les notions d’équilibre alimentaire en cette veille d’été. 
De toute évidence, j’avais manqué un épisode, et ça me chafouinais. J’ai donc repris une poignée de pop-corn, et je me suis installée, bien motivée à reprendre le fil de ma série.

« Qu’est ce qui merde ? »
Je me suis posée la question après voir entendu les inquiétudes de Françoise, l’héroïne du film « La vie des gens » d’Olivier Ducray. A l’issu de la projection du film, en présence du réalisateur, elle expliquait son inquiétude de voir notre profession libérale disparaitre au profit des réseaux de santé et autres maisons de soins privatisées, qui nous forceraient à mettre la clé sous la porte de nos cabinets d’infirmières libres. 
Mais « Qu’est ce qui merde chez nous ? Qu’est ce qui merde dans ma profession que je trouve pourtant si géniale ? ». Avais-je les yeux plein de bouse pailletée pour ne pas voir la vérité ? Etais-je à ce point enfermée dans mon monde de licornes et de chatons-mignons que je n’aurais pas vu l’inéluctable… Notre si jolie spécialité était-elle condamnée à péricliter ?


Je ne me suis jamais vraiment penchée sur ce qu’il y avait au-delà de mon métier de soignante. J’entends par là : « syndicats, politiques et médias ». Trois mots qui ne m’ont jamais vraiment attiré. Par fainéantise peut être, par désintérêt surement. Parce que mon statut d’infirmière rurale isolée dans sa brousse me donnait l’impression d’être toute petite aux côtés des 110 000 autres et parce qu’à ma petite échelle j’avais toujours eu l’impression que,  quoi que je dise, quoi je fasse, je ne serais jamais écoutée et prise en compte. Alors à quoi bon... 
Et puis il y a eu l’intervention de Françoise et son inquiétude à demi teintée par son futur départ en retraite (tant mieux pour elle !). Il y a eu les (trop) nombreuses agressions de nos consœurs passées silence par nos politiques plus occupés à nous couper l’herbe sous le pied qu’à nous soutenir, sous l’œil à peine investi des médias à notre encontre. Il y a eu la crise de la sécurité sociale qui ne s’arrange pas et qui frôle l’infarctus à chaque bilan de fin d‘année. 
Et puis il y a eu, Marisol Touraine : « Tin-tin-tin-tin ! » (faire le même bruit que dans les films d’épouvante). Je persiste à croire que si notre profession devait disparaitre, elle serait la première à mettre le coup de pelle qui creuserait notre trou.


Je reprenais une poignée de pop-corn, m’installant confortablement dans le canapé, j’appuyais sur le bouton « play » de ma télécommande. Épisode en cours : « Marisol la Sinistre recherche en vain à reconquérir le cœur de François et n’hésite pas à utiliser son bébé, la « loi santé », pour obtenir à nouveau ses faveurs et les rendre plus unis que jamais. »


A elle toute seule, notre ministre mériterait une saison toute entière, mais au risque de voir les téléspectateurs fuir, je vais la faire courte. Marisol, ministre des affaires sociale, de la santé et des droits des femmes (fin de la dénomination, reprenez votre respiration), s’est attelée comme tout bon ministre qui se respecte à laisser une trace de son passage. 
Mais de trace, Marisol Touraine a préféré creuser un fossé : celui qui sépare les soignants de tout bord d’un gouvernement de gauche qui n’a finalement de socialisme que la rose, mais avec vachement plus d’épines.

vendredi 17 avril 2015

C'est la quille !

Extrait du dernier article qui résume bien ma journée...


" Mes premiers jours à tes côtés ont été, je dois l’avouer, un peu hésitant. Je me suis demandée si j’avais fais le bon choix en m’installant auprès de toi. Je me suis demandée si tu allais accepter mon cabinet fraichement ouvert, alors que tes habitants n’avaient jamais accueillie d’infirmières auparavant, et qu’ils avaient tous leurs habitudes avec mes consœurs des communes avoisinantes. Chez toi, parfois, on reste coincé pendant des plombes derrières des tracteurs, des voitures sans permis et des chevaux sortis faire un tour avec leurs cavaliers. Chez toi, parfois, on reste bloqué à un stop parce qu'une petite mamie venu donner des nouvelles d'un petit-fils (que je suis censé connaitre mais qui ne me dit rien) reste accrochée au rétro de l'auto. Chez toi, parfois, on marche dans la boue ou dans la bouse. Chez toi on ne capte rien, et j'ai dû me trouver des "check-point de captage" pour pouvoir passer des coups de fils. J'ai dû apprendre à comprendre ce que me disaient les patients appelant avec leurs portable :

- Bon...our, .... prise... ang... inet... main...tin...pas...op...ar... ?
" oui oui, pas de soucis, je vous vois demain matin pour une prise de sang au cabinet ! " ... Et des fois, j'ai même pas les voyelles. 

Oui, chez toi, parfois c'est galère et agaçant... Mais il y a eux.

Il y a ceux qui me voient arriver en disant « Ah, c’est l’infirmière ! », malgré mes sollicitations pour qu’ils m’appellent par mon prénom. Il y a ceux qui me tutoient et qui me font la bise. Il y a ces cartons de prunes ou de pommes, ces boites en métal pleines de bottereaux ou de chocolats. Il y a ces sourires, ces confidences, ces amitiés, ces litres de thé avalés et ces relations particulières qui me font dire que j’ai fais le bon choix en m’établissant à tes cotés. Toutes ces personnes qui ne me font plus douter sont autant de motivations à m’investir toute entière auprès de ceux qui t’ont choisi pour vivre.

Je viens de refermer le cabinet à clé. Dès demain, ma remplaçante prendra le relais, tu verras, elle est charmante et les gens d'ici l'aiment bien. J'ai refermé la portière de ma voiture. J'ai défais mes cheveux. J'ai remis mes bagues et j'ai enclenché le contact.

Quatre mois sans travailler... Je dois avouer que ça va me manquer, qu'ils vont me manquer... Que tu vas me manquer !
Mais en attendant : soleil, transat, bébé qui grandi et paillettes dans le cœur ! Et comme disait mon chouchou "Haut les cœurs, demain sera un jour meilleur !", demain et les quatre mois suivants !

Je reste connectée, j'ai le cerveau plein de souvenirs intacts qui ne demandent qu'à ressortir pour vous régaler, alors à très vite, et biisous mes chatons ! "

J'arpente tes routes et où je n'ai plus aucun doute

Une petite déclaration d'amour ne fait jamais de mal...

Ce matin j’ai pris le volant pour la dernière fois avant plusieurs mois. A la fin de ma tournée, à la fermeture de la porte de mon tout dernier patient je serais officiellement en congé maternité pour quatre mois. Et comme tous les autres matins, je suis venue te voir…

Il y a toujours ce champ de vaches sur la droite lorsque je longe la haie bocagère fleurie d’aubépines, en arrivant vers toi. C’est mon rituel quand je viens te voir le matin. J’adore regarder sur la droite les vaches aux pattes embrumées, alors que dehors il fait froid. Le sol est à peine réchauffé par le soleil que l’on devine se lever au loin, celui qui teinte le ciel de ce si joli rose. 

Je viens de quitter ma commune d’habitation quelque peu banale et morose, et je vais passer la journée à tes côtés. J’avoue que parfois, lorsque je passe le dernier virage qui m’amène à toi, la fatigue et les yeux lourds ne me rendent pas spécialement enclin à m’investir auprès de ceux qui t’ont choisi. Et puis il y a ces vaches, toujours d’humeur égale qui s’en fiche bien de mes états d’âme, de mes cernes ou de mon manque d’envie. Je me dis qu’elles ont bien raison, alors je gare ma voiture devant la maison de ton premier habitant et je me lance auprès de ce patient situé tout en haut de liste de ma longue tournée.

Et puis il faut dire que tu es charmant…

Il y a cette place centrale, ni trop grande ni trop petite. Habillée d’ardoise, de pavés et de pelouse, elle est un poumon de verdure et de fraicheur pour qui veut bien s’attarder sur les fauteuils en métal laissés ça et là.  
 Il y a cette église en granit imposante, ni trop belle, ni trop moche squattée par une famille nombreuse de pigeons faisant pas mal râler les habitants du bourg. Je les imagine parfois me regarder d’en haut, me voyant passer et repasser en voiture toute la journée. Je suis sûr qu’ils pensent que je suis toute petite. 
Il y a ces bruits et ces odeurs, ni entêtants, ni embêtants. L’épicier qui laisse des poulets rôtir devant sa boutique le dimanche, me permettant de surveiller, à chacun de mes passages, l’avancer du doré des pommes de terre qui les accompagne. Ça sent bon le repas de famille dominical. 
Il y a ces rires et ces « Allez, salut ! » qui émanent des deux cafés de la place, un de « la Mairie » et un des « Sports ». Chez l’un, on peut trouver magazines et cigarettes et chez l’autre on peut récupérer ses colis et envoyer ses courriers à pas d’heure et même le dimanche. Mais dans les deux cas, le vin local est servi dans des ballons et la machine à café crache ses vapeurs dans les mini-tasses, et il y a toujours du monde. On peut parfois voir des chevaux traverser le bourg en promenant leur cavalier, laissant la priorité à de vieux fermiers, la bêche sur l’épaule et de retour des nombreux jardins communaux enserrant le village. 
La coiffeuse coupe les cheveux, le médecin soigne les maux et l’infirmière panse les plaies, tout ça, dans une même rue. 

Et puis, il faut avouer que tu es beau...

Parfois, mes soins m’amènent à parcourir tes chemins sinueux de campagnes. Je m’enfonce dans les virages, grimpe de petites collines pour parfois arriver au point culminant me permettant de juger de ta si jolie beauté verdoyante. J’entends au loin le coucou qui chante, la vache qui appelle son petit et les oiseaux ragaillardis par l’arrivée du printemps, qui chantent parfois un peu n’importe comment. 
Les haies bocagères sont blanches de fleurs et reposent sur des fossés bordés de coucou jaunes. En parcourant la centaine de lieux-dits de tes terres, il m’arrive de croiser la route de lapins à fesse blanche, de lièvres aux oreilles gigantesques, de faisans magnifiques accompagnés de leurs dames, ou de chevreuil et de cerfs majestueux me donnant l’impression d’être une infirmière privilégiée en lieu et place de celles qui travaillent toute la journée en service sans voir une seule fois la lumière du jour. Parfois, le « cheval du troisième virage » passe sa tête par-dessus sa barrière pour me regarder passer, et je ne loupe jamais l’occasion de baisser ma fenêtre pour le saluer de la main. Il y a aussi ce chien moche derrière le portail du vieux chêne et qui s’entête à aboyer au passage de ma voiture, à peine blasé de me voir passer tous les jours.

mardi 14 avril 2015

La soignante se retrouve les fesses vissées sur un banc au milieu des autres patientes…


 

L’odeur de la mater’… Le genre de souvenirs qui remonte vite à l’esprit, le genre de madeleine de Proust dont je me serais bien passé. Je regarde encore et encore mon ticket d’ordre d’arrivée bêtement, comme pour vérifier que j’avais bien mémorisé le numéro de passage, que j’avais déjà lu douze fois. "209". Ça me rappelle la sécu' et combien ce système de drainage de patient est impersonnel. Va falloir encore être patiente et rester le cul vissé sur ce banc en métal. Même pas de quoi se refroidir le périnée alors qu’il fait une chaleur de vache.

Il y a du monde. On est serré les uns contre les autres. C’est étouffant. C'est presque suffoquant. Et ça me rappelle combien je déteste être près des autres quand je ne l’ai pas choisi. Alors pour délester mon angoisse naissante, je regarde les gens, ça me détend.
On reconnait la salle d’attente d’une maternité au nombre de femmes à gros ventre. Il y en a qui viennent avec leurs gosses intenables. D’autres qui viennent avec leur conjoint désintéressé. Il y a celles qui se touchent frénétiquement le ventre, comme pour prouver d’avance, qu’elles feront des mères attentionnées. Il y a celles qui ont l’expérience du lieu et qui gèrent, et celles qui « débutent » et qui errent. On reconnait celles qui viennent à leur deuxième rendez-vous, celui pour le neuvième mois, à leur assurance et au fait que, contrairement aux autres, elles ne cherchent pas partout ou aller et quoi faire avec ce foutu ticket qu’elles regardent encore et encore, elles aussi.

J’ai les bras nus et mes tatouages apparents. J’ai mes boots en cuir et un chignon improvisé sur le sommet du crâne. Ma frange droite cadre mon visage un chouille fermé. Je suis une soignante au milieu de patients et j’ai l’impression qu’on me dévisage... Il serait peut être temps que je lâche ma parano. 
J’ai mis mon rouge de chagasse sur les lèvres, comme l’appelle mes copines infirmières, histoire de me donner du courage. Du courage parce que j’ai cette petite pointe dans le plexus qui me dit que ça ne va pas se dérouler comme il faut.

dimanche 12 avril 2015

Je débouche les bouteilles !

 

"Poc !", et le son mélodieux d'une bouteille de rouge qui se débouche égaie la fin de ma tournée !

Non pas, qu'à moins de deux mois de mon accouchement, un craquage soudain lié à tant de mois de gestation (et donc de frustration) m'ait donné la soudaine envie de plonger toute entière dans un succulent verre de rouge local, non. 
J'ai été prise en pité par la doyenne de mes patientes m'apprenant que le lendemain elle allait recevoir pour le déjeuner une de ses vieilles copines ("vieilles", dans les deux sens du terme, elles deux devant certainement atteindre les 180 ans, soit autant que Jonathan la plus ancienne tortue du monde), et que le menu allait être composé d'une cuisse de dinde, de petits légumes et surtout, surtout : d'une bouteille de vin rouge médaille d'or 2014, du bon vin quoi.

Mais l'arthrose faisant, le breuvage rouge tant attendu restait là sur la table, encore bouché. J'imaginais déjà les deux "vieilles copines", toutes des Marie-Jo' (à l'époque, les parents ne se creusaient pas trop la tête...), bien embêtées de ne pouvoir déboucher la fameuse bouteille, et pariant au passage sur la ténacité de leur arthroses et sur la force de serrage de leurs cuisses toutes maigres.

J'ai donc rajouté le débouchage de bouteille de vin à la liste des "nombreux petits services qu'ont peut rendre à nos patients quand on est infirmière libérale", estimant au passage que l'utilisation d'un tire-bouchon pouvait tout à fait rentrer dans les exercices de préparation à l'accouchement... Il faut que j'en touche deux mots à ma sage-femme...

A vot' santé les Marie-Jo' !

vendredi 10 avril 2015

Dernier roulement avant congé maternité !

 

Et voilà, dernière ligne droite qui va débuter ce soir et s'achever dans une semaine : mon tout dernier roulement de sept jours avant le congé maternité tant mérité ! Wouhou !

Je suis assez ambivalente. 
Il y a quelques jours je me demandais comment j'allais vivre de ne plus aller travailler au cabinet tous les matins ou comment j'allais faire sans parler à mes patients tous les jours. Je me suis inquiétée en me disant que, peut être, à mon retour je ne saurais plus piquer ou que les gens m'auront oublié ou délaissés au profit de ma remplaçante... Et puis ce matin, j'ai vu les choses sous un autre angle. 

Un angle aussi gros que mon ventre alors que je débute mon huitième mois de grossesse. Il a fallu que je roule pour sortir de mon lit. J'ai dû me résoudre à laisser par terre une biscotte, un élastique à cheveux et mon chaton-mignon qui réclamait un câlin tant le sol m'apparaissait lointain et inatteignable ! Et je ne vous parle pas de la pose de mes chaussettes de contention qui relèverait d'un Koh-Lanta en milieu rural et sauvage.

Mais il y a cette petite puce qui bouge beaucoup et qui me dit d'arrêter de monter et descendre sans cesse de ma voiture, qui me dit d'arrêter de me pencher, de m'accroupir, de me relever. 
Et puis il y a ce soleil radieux et le coucou que j'entends chanter dans le jardin. Il y a mes cerisiers en fleurs et le clapotis de la fontaine. Il y a le petit ânon qui vient de naitre chez mes voisins et qui occupe le fond de mon terrain. 

Je me sens comme à l'approche d'une fin d'année scolaire. Vous savez, celle où l'on ne fait que jouer plutôt que d'apprendre et durant laquelle on prépare à ramener à la maison les cahiers de l'année et les dessins. J'ai pas envie de travailler, j'ai envie de prendre le thé avec mes patients. J'ai pas envie de soigner, j'ai envie de faire des tours dans leurs jardins... La semaine va être longue, longue longue ! ^^

[illustration tirée du site : http://www.redbubble.com/people/saltyblack/works/8295516-sad-fat-unicorn]

vendredi 3 avril 2015

A Pâques, on court après les oeufs, mais pas que !



Alors que certains, en ce Week-end de Pâques, iront courir dans leur jardin à la recherche de leurs œufs au chocolat, d'autres feront comme moi aujourd'hui : "Courir après leurs patients ! "

Entre celle qui était absente alors que je sonnais à sa porte en m'obligeant à me retourner pour chercher qui m'appelait, et alors que je l'entendais depuis l'autre côté de la place clamer mon prénom et me crier : "Nan, mais euh le pansement on le fera ce midi !"... Avant de s'engouffrer à nouveau dans le café du bourg...

Entre un autre qui devait se présenter au cabinet mais qui n'a jamais franchi la porte parce que : "Ah oui, nan, mais en fait comme je suis malade, donc bah je peux pas avoir l'injection prévue"... Mais qui n'avait pas compris que je n'étais pas extralucide au point d'anticiper les état grippaux de mes patients.

Et enfin, pour finir, celle qui n'était pas chez elle pour sa perfusion d'antibiotiques (que j'avais fais exprès de garder en toute fin de tournée, pour prendre le temps pour elle) et qui n'est arrivée qu'1h30 plus tard parce que son chirurgien et son anesthésiste avaient chacun 30 minutes de retard, ce qui m'aura obligé à finir bien plus tard que prévu...

Heureusement pour moi, je suis tout de même un chouille claire-voyante pour profiter du retard de ma dernière patiente et m'offrir une pause "chouchou-calorie" chez mes boulangers préférés. Ils en ont profité pour me donner en totale exclu quelques exemplaires des tous derniers cakes au chocolat et vanille à tester chez moi ce week-end !
{ miam }


Une tournée qui se termine le ventre plein et le cœur sucré. Une mise en bouche avant cette fin de semaine de repos chocolatée ! ^^



mercredi 1 avril 2015

Coup de gueule infi' # 7 : la CPAM me rejète mes lots et j'en ai gros !

 

Comment te plomber ton dernier jour de repos avant la reprise ? Je sais pas moi, ouvrir un mail dont le titre comporterait les mots suivant : "Absence de pièces justificatives ( CPAM )" et envoyé par ne.pas.repondre@cpam... Raaah je me boufferais des fois !

Un petit mail tout sympa ('faut dire qu'ils ont soigné la forme : on a vachement moins l'impression de frauder la Sécu quand on  reçoit les fameux mails de rejet de série de soins !) : " sans réponse de votre part avant le 16 avril prochain, vous vous exposez à un indu de vos honoraires. Si vous n'adressez jamais vos pièces justificatives, vous vous exposez également à une pénalité financière. Notre objectif n'est pas d'en arriver à cette extrémité." Tu penses...

Pour expliquer aux non initiés : les fameuses pièces justificatives sont les ordonnances des soins que nous devons scanner pour chacun des actes réalisés et qui sont envoyés via notre logiciel aux diverses sécurités sociales. 

Dans mon cas, la CPAM me rejette un lot d'un montant de 900€ composés de tout une série de soins réalisés et pour lequel il manque... Une pièce ! Une toute petite ordonnance... Une ordonnance pour trois injections "gratuites" que j'ai réalisé chez une patiente en fin de vie et pour laquelle je réalisais en même temps une séance de soins infirmiers (appelé AIS). Ça fait parti du packaging "Promo à gogo !" : si tu réalises un soin d'hygiène, tu ne peux pas facturer certains soins techniques qui deviennent... Gratuits... Comme les injections ! Wouhou !
Pour compliquer la chose, je n'ai pas eu le temps de scanner la fameuse ordonnance sur mon logiciel, car elle se trouve dans le dossier de cancéro' de ma patiente, qui doit être à l'heure actuelle dans les méandres des archives du centre de cancérologie car cette dame est... Décédée.

Donc pour résumer, la CPAM me réclame une pièce justificative que je n'ai pas car ma patiente est morte avec son dossier perdu quelque part, pour des soins qu'ils n'auront pas à me régler étant donné que c'est un soin gratuit. En attendant cette fameuse pièce justificative, ils me bloquent le versement de 900 € de soins qui eux ont bien été justifiés... Et j'ai dû tout réimprimer en papier pour rapidement renvoyer le tout à ma CPAM... Y'a de quoi griller un bisounours à la broche moi, j'vous le dis !

Coup de cœur infi’ # 5 : " la vie des gens ", la beauté des autres.

Dernièrement je suis allée poser mes fesses sur le velours rouge d’un strapontin de cinéma. Il en fallait beaucoup pour me motiver à m’enfermer dans ce genre de salle tant ce qui s’apparente pour certains à un passe temps, peut vite s’assimiler pour moi à un calvaire. Mais il aurait fallu être difficile pour ne pas sauter sur l’occasion de découvrir le dernier film d’Olivier Ducray « La vie des gens », un documentaire traitant de notre métier d’infirmière libérale.


Avant de découvrir le film, j’avais quelques appréhensions. Je me demandais si l’infirmière choisie n’allait pas être trop caricaturale et si elle allait donner une belle image de notre profession. Je me suis demandée si j’allais me retrouver en elle ou si j’allais passer mon temps à souffler devant des pratiques qui ne me ressemblent pas.
La salle était quasi pleine, j’étais étonnée. Je ne m’attendais à voir autant de personnes intéressées par cette spécialité paramédicale de l’ombre. Je me suis installée, la salle s’est éteinte et je me suis laissée portée par les images défilant sur un rythme lent mais énergique. Un équilibre professionnel parfait sur lequel jongle l’héroïne du film : Françoise, une infirmière libérale suivi pendant un an dans son activité.  


Les premières minutes défilent avec légèreté, et la mise dans le bain en douceur est nécessaire à la découverte de la « tornade Françoise », une infirmière étonnante en fin de carrière se déplaçant en trottinette dans les rues de Lyon. Une vraie « étoile filante » comme aime l’appeler une de ses vieilles patientes. Françoise a sa pratique du soin qui lui est propre et j’avoue ne pas m’être toujours retrouvée en elle. Mais peu importe, le but n’était pas là. Peu importe l’idée que nous nous faisons de sa pratique ou l’image de notre métier que nous aimerions voir projeté sur les écrans de cinéma, nous ne pouvons qu’être touché par cette si jolie personnalité de soignante. Et s’il y a bien un point sur lequel je me retrouve, c’est le besoin, presque viscéral, d’agir auprès de nos patients avec humanité et respect. Je ne peux que remercier le réalisateur d’avoir su mettre à jour cette qualité primordiale qui, je l’espère, anime chacune des quelques 98 000 infirmières libérales de France. 

Le film progresse et je découvre des patients touchants, des personnalités brutes et incroyablement belles. Je crois que le réalisateur est parvenu à faire ce qu’aucun n’avait réussi avant lui : rendre beaux des corps vieillis et parfois abimés par la vie et la maladie, en permettant aux non-soignants d’apercevoir la beauté des gens, comme le permettrait le regard d’un soignant. Les intérieurs des appartements vieillis et parfois insalubres, sont filmés avec pudeur, ne laissant apparaitre de temps en temps que de simples détails. Cette façon de filmer me rappelle mon regard d'infirmière curieuse lorsque j’entre pour la première dans une maison, où un détail me permettrait presque de cerner celui que je suis venu soigner.