vendredi 29 mai 2015

Quand " soins infirmiers " rime avec " érection " il y a comme un os.




Quand on est infirmière, on réalise une multitude de soins différents comme des injections peu profondes ou d’autres bien calées dans le muscle de la fesse. Des pansements assez simples ou d’autres nécessitant de gratter, irriguer, mécher des cavités improbables que le corps offre alors à nos pinces Kocher. Des prises de sang dans des veines qualifiées "d’autoroute", et d’autres dans de minuscules qui ne mériteraient même pas d'être des "chemins pédestres"! Des saignées pour soulager, des chimio’ sur pompes à surveiller, des fils ou des agrafes à ôter. Des alimentations sur pompes à poser pour nourrir, des traitements à administrer pour ne pas souffrir. Oui, niveau technicité des soins, l’infirmière libérale a de quoi bien se faire plaisir. 
Mais au-delà des pinces, des compresses et des aiguilles, il y a un domaine que j’affectionne particulièrement : le soin d’hygiène. Alors que quinze ans plus tôt, ce même soin m’avait fait détester les soignants toute catégorie confondue

J'étais ado' et hospitalisée (une fois de plus) dans un lit en position de « planche » entre les mains de trois soignantes bavardes. Nue et recouverte uniquement de cette chemise de nuit à deux pressions avec la porte ouverte sur le couloir, elles me tournaient sans sommation dans tous les sens sans s’inquiéter de ma douleur ou de ma pudeur. Je les ai détestés. Non, pour dire vrai, je les ai haï, tout autant qu’elles étaient. Vraiment. Elles et leur week-end dont elles parlaient entre elles, sans même me demander si j'étais gênée, perturbée ou simplement douloureuse. Oui, ce jour là je me suis juré de ne jamais devenir soignante. Vraiment
Et puis voilà, parfois la vie faisant, on ne s’écoute pas, on oublie ses promesses, les "Vraiment!" deviennent des "Et pourquoi pas ?" et on finit par trouver dans les soins d’hygiène, une approche particulière du patient qui permet de booster la relation de confiance puissance dix.

C’est ainsi que je me suis retrouvée, infirmière avec mon gant à la main, bien motivée à entamer la « petite toilette » (façon chaton-mignon pour qualifier la « toilette génito-anale », terme vachement plus organique) de mon nouveau patient. Un quadra' hyper-cultivé et hyper-intéressant, habitant une maison hyper-chic et hyper-adaptée, un mec hyper-tétraplégique et ayant ce matin là… Une hyper-érection. Voilà voilà…

Rien de nouveau sous le soleil des infirmières malheureusement. Je ne pense pas me tromper si je dis que nous avons toutes fais, au moins une fois, l’expérience de la perversion lorsque les corps se rapprochent pour les besoins du soin. Certains esprits pervers se réveillent, nous donnant au passage la furieuse envie de tordre des bras, de claquer des gants d’eau froide, et de se lancer dans une furieuse battle de regards en mode « vachement vénère » qui amènera forcément l’homme à baisser les yeux, regardant ses pieds comme un petit garçon fautif.


Mais trop décontenancée de voir mon gentil patient passer du côté obscure de ceux que j'appelais les "hyper-tendu-du-slip", je suis simplement repartie dans la salle de bain avec ma bassine d’eau sale, les yeux écarquillés, un chouille tendu. Tout en laissant couler l’eau chaude je ne cessais de me dire "Merde, il a la gaule quoi... Il a la gaule !!". Et je me suis mise à penser aux autres fois...
A ce vieux résident qui m’avait sorti : « J’y peux rien si tu m’fais bander ! » pendant cet horrible stage en maison de retraite. J’ai repensé à celui venu se faire opérer des dents de sagesse et qui, de toute évidence, avait repris du poil de la bête à son réveil, semblant trouver à son goût la prise de tension et ma tenue blanche javellisée au pantalon deux fois trop grand avec le code barre sur le haut des fesses qu'il aurait volontiers scanné. J’ai repensé à ce patient qui m’avait demandé mon numéro de téléphone après que je lui ai refais son pansement au testicule et à l’autre alors que je venais de refaire celui de ses hémorroïdes… J’étais sidérée du nombre de souvenirs de soins pervertis remontant à la surface.

L'eau qui débordait de la bassine me sortit de mes songes et mon reflet grimaçant s’était embué sur le miroir me faisant dire que l'eau était devenue bien trop chaude. Je me suis sentie sale, et bête, sans réelle raison peut-être...

Alors que je remplissais à nouveau ma bassine avec une eau plus tiède, je me demandais comment j’allais pouvoir aborder « ça » avec lui. Parler de ce qui n’était plus censé fonctionner, de ce qui n’était surtout pas censé se redresser dans l’action d’un geste professionnel qui n’avait rien de sexuel...


mardi 26 mai 2015

Le tatouage, mais pas à tout âge (enfin, selon lui) !

J’étais assise sur cette chaise en bois inconfortable qui grinçait, qui oscillait et qui n’invitait guère mon postérieur à s’éterniser dans cette position. Forte heureusement pour moi, le vieux monsieur avait des veines de rêve et la prise de sang devrait éviter à mes fesses de perdre toute sensibilité.
Cet homme avait un regard malicieux, et je le voyais du coin de l’œil me regarder de ces yeux bleus clairs. L’ambiance était détendue. Il venait de me montrer une photo de lui, beau garçon, marquant l’année de ses vingt ans. Mais alors que j’étais enclin à sourire, le soleil estival aidant, et ma tournée légère et facile ce matin là facilitant la bonne humeur, une seule phrase suffit à faire apparaitre au dessus de ma tête un petit nuage de vexation orageux et pluvieux :

«  C’est dommage, tous ces piercings sur un si joli visage, et ces tatouages là… Vraiment, je ne comprendrais jamais… »

La proximité des corps aidant, certains patients curieux me questionnent parfois sur ces drôles de dessins visibles lors des soins. Quelques fois on me demande de raconter les symboles, le choix des fleurs ou des couleurs. Les enfants que je soigne me montrent fièrement leurs décalcomanies, certaines personnes âgées relèvent leurs manches pour me montrer leurs dessins de peau à la couleur verdie et élargie par les années. Il existe alors une connivence, un partage, une complicité qui n’aurait peut-être pas existé si je n’avais pas été tatouée également. La plupart du temps, le tatouage n’amène pas au jugement mais à l’échange du « pourquoi » du « comment », même si parfois, le besoin de se justifier me fatigue un peu.

J’ai marqué un temps d’arrêt alors que j’étais en train d’écrire ses informations personnelles sur ses tubes de sang : 76 ans. J’ai levé les yeux vers lui. Dans son regard, je ne voyais plus la malice mais le jugement d’un homme entrain de passer de mon nez à ma bouche, à mon épaule et à mon bras en marquant un temps d’arrêt sur chaque point de mon corps qui semblait lui poser problème.
De curiosité il n’était plus question et je voyais clairement que derrière cette soi-disant note d’humour se cachait l’esprit culotté d’un vieil homme qui ne cherchait pas à comprendre ou tolérer. 


J’aurai pu lui avouer qu’on peut être tatoué, adorer cultiver les légumes de son potager et aimer partager des moments de complicités avec ses patients dans leur jardin au milieu de leur parterre de fleurs.

J’aurai pu lui dire qu’on peut être percé, chanter faux sous sa douche, rêver d’aller voir Nina Simone en concert et chanter « La Java Bleue » à une vieille patiente démente dont seul le chant calme les accès de colère.

J’aurai pu lui expliquer qu’on peut être ce que je suis, verser une larme devant Pocahontas en chantant « au détour de la rivière », tenir la main et caresser le front de quelqu’un en fin de vie, ou simplement proposer son bras pour aider une personne âgée à marcher et son aide à un jeune tétraplégique pour l’installer dans son fauteuil.

J’aurais pu me lancer dans une longue argumentation, dans des paroles qui se voulaient ouvertes et tolérantes. Mais le petit nuage qui était apparu au dessus de ma tête m’avait obscurcit l’esprit et j’ai préféré laissé couler, plutôt que de me fatiguer à faire changer d’idée un homme, de doute évidence aigri.
 
Une fois assise derrière mon volant, j’ai enclenchée le contact un peu vexée d’avoir été jugée. Lorsque l’on est tatouée de façon visible, on doit apprendre à faire avec certains regards aux caisses de grandes surfaces ou dans la pataugeoire de la piscine où j'accompagne ma fille. Parfois on s’en fiche, parce qu’on se dit que c’est une démarche tellement personnelle que les dessins sont encrés en nous, qu’ils sont « nous », un peu comme certaines cicatrices qu’on finit par ne plus voir et qui font parti intégrante de notre corps et de son histoire. Parfois on se vexe parce que personne de censé ne devrait se permettre de juger les particularités physiques, choisies ou non.

Le jugement n’est présent que pour les personnes incapables de comprendre que la différence ne se situe pas sur une peau. Elle est en chacun de nous. Nous sommes tous différents et c’est grâce à cela que la nature humaine est si enrichissante. Ainsi, devant l’étroitesse d’esprit, la bêtise et le jugement de la soi-disant différence, je préfère l’indifférence… Et Yeah !



 Allez, un peu de sensiblerie bordel !
Biisou

Vous pouvez également retrouver un autre article sur l'un de mes tatouages : ici !

lundi 25 mai 2015

1000 membres sur Facebook !

Les 1000 membres ont été dépassés sur Facebook !

C'est fou, c'était impensable à la création de la page... MERCI mes chatons !

"Amour, guimauve et panda-pailletté !"


vendredi 22 mai 2015

Il y a des jours où une doyenne gitane sauve votre voiture du désossement…




Devant l’absence de réponse au tintement de la sonnette de porte, j’entrais en laissant s’échapper « Tito », le chien à trois pattes de la maison, habitué à vivre sa vie au grand air sur le pas de la porte. Le mini-rat heureux de me voir, remuait tellement fort la queue qu’elle entrainait tout le reste de son corps dans une espèce de danse frénétique et désordonnée. Un chat errant passant derrière lui, le stoppa net dans son enthousiasme à mon égard.

- Vous êtes là ?

J’entrais à tâtons dans le salon. Une petite pièce dans une petite maison. Une maison semblable à toutes les autres, toutes mitoyennes. Un quartier dit « social » mais surtout pauvre où se concentrait une quarantaine de familles. Un quartier censé être provisoire et construit à la va-vite, mais qui persistait, faute de mieux, à rester debout depuis les années cinquante. Ce quartier en forme de « H » enclavé par de hauts murs le rendait quasi inexistant pour les yeux non avertis, lui donnant avec le temps, des allures de ghetto des pays de l’Est. Une concentration de vie improbable dans une seule rue vouée à accueillir les deux plus grandes branches gitane du coin.

Je progressais sans me presser dans la maison à la recherche de ma doyenne, me permettant d’assouvir au passage mon petit plaisir inavoué : observer et mémoriser l’intérieur des maisons de mes patients. C’est un peu comme analyser le contenue des caddys de courses. En prenant le temps de regarder les détails des maisons, on apprend bien plus sur les gens que ce qu’ils veulent bien nous dire…
La pièce était sombre, mais les rideaux en perles de plastiques multicolores projetaient les reflets de leurs facettes sur les murs sans tapisserie ni peinture. L’unique ampoule du plafond éclairant la pièce était reliée par une immense rallonge à une prise murale et fixée avec des agrafes. Les maisons « provisoires » ne sont même pas équipées de plafonnier, c’est dire l’intérêt porté par la ville pour ces populations qu’on préfère laisser dans l’ombre de leur maison.

- Ah, vous êtes là ! Qu’est ce que vous faites de beau ?

Je découvrais ma doyenne à l’arrière de sa maison dans son petit jardin, ou plutôt dans sa cour caillouteuse. Une toute petite dame, grande matriarche de tout le quartier. La plus vieille, la plus respectée, la plus respectable peut-être. Elle se tenait debout face à un fût d’huile troué au travers duquel on pouvait apercevoir des braises chaudes réchauffer une grosse cocotte posée sur son sommet, bien calée sur une grille à barbecue. « Et bien je fais cuir mes pommes de terre ! ». 
Sa réponse avait été aussi naturelle que semblait l’être son geste. Elle remuait le contenue bouillonnant de sa cocotte avec une immense cuillère en bois. La vieille dame portait sur ses épaules un châle sombre qui semblait aussi vieux que son arrivée dans le quartier. Je pouvais apercevoir ses petites chevilles poindre dessous sa robe aux nombreux jupons. Il faisait froid ce matin là et son chignon gris était caché sous un bonnet de la même couleur et tricoté grossièrement : le Bronx " made in France provincial "

«  Ici on a pas le gaz, alors je cuis à l’ancienne, ça marche très bien ! ». 

Elle me raccompagnait vers la chaleur de sa petite maison. Tito avait fait son retour sur le canapé et son unique patte arrière faisait voler énergiquement les derniers poils qui poussaient sur sa tête. Bien qu’un peu bordélique et mal chauffé, l’intérieur de son salon était chaleureux. Les meubles en bois colorés patinés par le temps, les napperons de dentelle, et les couvertures de Patchwork donnaient l’étrange impression d’être au beau milieu d’une roulotte. De nombreux cadres aux photographies jaunies représentaient toute sa vie. Des visages, autrefois jeunes, aux bras croisés et aux faciès fermés posant devant leurs maisons-mobiles, des portraits des chevaux de la famille, du temps où la roulotte parcourait les routes. La pièce sentait la cigarette qu'elle avait toujours au coin de la bouche et une odeur de vieille cire à meuble. On se sentait chez elle comme dans un cocon. 
Un cocon de vie improbable où si vous preniez le temps de vous asseoir à sa table recouverte de trois nappes cirées, la vieille dame prenait votre main dans la sienne pour lire les lignes parcourant la votre…

Alors que nous étions en train de discuter toutes les deux pendants son soin, un attroupement de jeunes s’agglutinait bruyamment dehors. Ils tournaient autour de ma voiture. Je les surveillais du coin de l’œil depuis mon arrivée chez elle. Au moment de garer ma voiture, une dizaine de d’entre eux étaient venus me voir, me disant que mon véhicule les intéressait, me demandant même de leur donner. L’un était arrivé au volant de son bolide, gratifiant ses potes d’un magnifique dérapage contrôlé… De sa voiturette. 

Coup de coeur infi' # 6 : Le gang des mamies graffeuses !

 

Comment créer une connivence entre une petite mamie qui s'ennuie et de jeunes graffeurs cherchant à faire connaitre leur art ? 


Elles s'appellent Dolorès, Luisa ou Margarida, mais elles sont bien plus nombreuses, presque une centaine. Elles font toutes parti d'un collectif appelé "LATA 65", et une chose est sûr, elles ne s'ennuient plus depuis qu'elles ont découvert quoi faire avec des ciseaux, des pochoirs et des bombes à graffiti. 

(photo de Rui Gaiola )
 

Sous couvert des conseils de street-artists, le gang de mamies envahi régulièrement les rues de Lisbonne pour égayer les murs et redonner des couleurs à certains quartiers délabrés.

(photos de Rui Gaiola et Rafael Marchante )

(photo de Pedro Seixo Rodrigues )


Au delà de l'aspect esthétique indéniable et du réel défouloir que doit représenter cette activité pour ces séniors hors norme, on peut saluer l'effort pour deux générations de se réunir autour d'un art que tout semblait opposer ! Respect !


(photos de Rui Soares )


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