mardi 30 juin 2015

Il y a des jours où l’on voudrait n’avoir rien vu, ni entendu…




C’était un jour de canicule comme aujourd'hui. Je tournais depuis cinq bonnes minutes dans le quartier à la recherche d’une place. Agaçant. Alors que la fin de ma tournée de soins du matin approchait et que mon retard s'accumulait, j’entendais les doigts de mes prochains patients transpirants pianoter d’impatience sur leur nappe cirée. 
La chaleur agace. La chaleur fatigue. La chaleur t’empêche presque de penser. Les jours de canicule, les patients sont à prendre avec des pincettes et les soignants à éponger à la lingette. 

Alors que j’attendais que le feu devant lequel je repassais pour la quatrième fois passe au vert, je me mis à rêver d’un système de « drive inversé » pour nous les libéraux : je me stationnerai devant chez mon patient, je lui téléphonerai pour lui demander de sortir, il se présenterait à la fenêtre de ma voiture son bras ou son ventre en fonction de l’injection ou du soin à faire, et hop, le tour serait joué ! J’appellerai ça le « Quicky-couic ! ». Et puis je me suis imaginée ce que donnerait une intramusculaire dans la fesse par la fenêtre de ma voiture je me suis dis que ce ne serait peut être pas une si bonne idée que ça… Heureusement pour moi, le feu passé au vert et un coup de klaxonne me sortient de ce quasi-cauchemar !


A défaut de mieux, je me garais à l’arrache sur le trottoir large d’une maison, en prenant garde de laisser un passage suffisant. Le plus dur restait maintenant à venir : se résigner à quitter le cocon rafraichissant de mon bureau-roulant climatisé...
Je traversais en courant le boulevard qui me séparait du bâtiment dans lequel je devais me rendre. Le bitume fondait et je prenais plaisir à écraser, comme une gamine, les petites bulles qui se formaient à sa surface. Ma gaieté fût refroidie et stoppée net par cet imposant portail qui, malgré la chaleur, faisait un peu froid dans le dos : « Pôle petite enfance – Foyer ». Après avoir annoncé mon arrivé à l'interphone, un « bip » déclencha l’ouverture de l’immense entrée. Un vent de chaleur pesante s’engouffra en même temps que moi dans le porche qui menait aux bâtiments des enfants…


La pièce qui faisait office de salon était étonnement vide. La télévision, habituellement assailli, avait été délaissé au détriment d’une piscine trois boudins installée dans l’arrière cour de laquelle on pouvait entendre des cris stridents de tous petits enfants. Ce foyer, qui s’évertuait tant bien que mal à reproduire l’environnement d’une maison, accueillait des enfants âgés entre 3 et 6 ans placés sur demande juridique. Mon travail d’infirmière libéral consistait à refaire le pilulier de deux d’entre eux pour lesquels un traitement psy avait été mis en place, malgré leur très jeune âge.
Je profitais de l’absence des enfants pour faire un tour rapide de la pièce. L’agencement du mobilier, les couleurs vives des dessins d’enfants accrochés aux fenêtres et le canapé en plastique bleu ciel donnaient le ton : vous aviez l’impression d’être dans une crèche… A la différence qu’ici, les enfants ne rentraient pas chez eux le soir. Les pleurs de l’un d'eux provenant du bureau des éduc’ me rappela à ma mission et je poussais la porte derrière laquelle s'exprimait un grand chagrin.
 
Un tout petit gars d’à peine quatre ans se tenait sur une chaise de bureau bien trop grande pour lui. Il faisait cette chose que font tous les enfants : il remuait frénétiquement des jambes en donnant l’impression d’être sur une balançoire statique. Je passais derrière le bureau pour le saluer lui et l’éducatrice qui lui faisait face. Son visage était rouge et ses joues portaient les marques des larmes qui avaient déjà coulé. Ses épaules bougeaient frénétiquement, bousculées par de très gros sanglots. L’employé du foyer semblait avoir du mal à calmer l’immense peine, la colère qui semblaient l’habiter. Il tenait entre ses doigts son doudou qu’il retournait dans tous les sens lâchant parfois une main pour s’étaler sur son visage la morve qui coulait malgré ses reniflades. L’éducatrice se leva pour l'installer sur ses genoux, elle lui essuya le nez. Devant mon visage un peu défait elle m’a raconté tout en le berçant contre elle :


- Sa maman devait venir les chercher lui et son frère ce matin, pour les emmener à la mer. Ça faisait des semaines qu’elle en parlait. Ils avaient fait des dessins, plein de dessins tellement ils étaient heureux de partir une journée avec elle… Elle a appelé ce matin au dernier moment pour dire qu’elle irait à la mer avec son nouveau copain, mais qu’elle ne passerait pas les prendre. Il n’y a pas assez de place dans la voiture...

"C'est l'infirmière !" interviewée par infirmiers.com !

infirmiers.com publie une interview de moi sur son site !
J'ai le cœur pailleté à fond et la tête dans un nuage rose là ! MERCI !

... et ce qui est super c'est que je viens d'apprendre que je m'appelais Noémie, cool non ? ^^
[illu' de Mathou de Crayon d'humeur ]

Quand une « infirmière rurale » se raconte 

 

Sur son blog, Noémie dépeint l'exercice libéral avec humour, mais pas que. Coup de cœur ou de gueule, tranches de vie, chroniques décalées… Un seul mot d'ordre : le partage.
J’adore les licornes arc-en-ciel, les chatons-mignons et je voue un réel culte pour les post-it et les surligneurs. Je n’entrerais pas plus dans les détails de qui je suis et où je me trouve, car je souhaite avant tout conserver cet anonymat qui me permet d’écrire librement sans rechercher absolument la reconnaissance. D'emblée, Noémie donne le ton. Âgée de 31 ans, cette infirmière libérale exerçant dans l'ouest de la France ne manque en effet pas d'humour. Un esprit décalé dont cette « infirmière rurale » use sur son blog depuis 2014 au travers de ses chroniques qui le sont tout autant, mais pas que. 

L'exercice libéral étant riche, il offre la possibilité à Noémie d'aborder des thèmes relativement variés, joyeux ou plus mélancoliques. Violence, mort, cancer, fou-rires, petits bonheurs… J'ai divisé mes écrits en plusieurs catégories, explique-t-elle. Des chroniques commençant par «Il y a des jours où », des récits bruts et non romancés retraçant une scène, une prise en charge qui m'a touchée et émue. Des brèves débutant par « Et pendant ce temps là », de courts textes relatant la plupart du temps un court dialogue m'ayant fait sourire ou grincer des dents. Et enfin, des coups de cœur ou de gueule en lien avec mon métier, pour tenter de faire réfléchir ou réagir mes lecteurs.

[ D'assistante funéraire à infirmière ]

Avant de devenir infirmière, Noémie a occupé plusieurs emplois, notamment celui d'assistante funéraire, une profession où le sens de l'écoute est primordial pour accompagner les proches d'une personne décédée. Étonnement, c’est ce métier et l’empathie qu’il nécessite qui m’ont poussé à franchir les portes de l’IFSI, raconte-t-elle. Je cherchais une profession humaine et technique. Je me disais que cette formation me permettrait de me tourner davantage vers l’autre, et je suis convaincue d’avoir franchi la bonne porte !

Grâce à l'exercice libéral, Noémie continue de s'épanouir et de parfaire ses connaissances. Ce métier est formidable, parce qu'il me permet d'apprendre beaucoup de ceux que je soigne, et indirectement, d'apprendre à mieux me connaître. De plus, je me sens vraiment utile à l’autre, c’est très gratifiant. J’avais peur de m’ennuyer en me lançant en libéral, mais finalement les tournées se modifient en permanence, de nouveaux patients arrivent, d’autres nous quittent. La relation de confiance s’établit très vite en libéral. J’ai l’impression que dans l’intimité de leur maison, les patients se livrent davantage, sans réserve. C’est un rapport de soignant à soigné très intéressant ! Exercer au domicile nous permet de toucher à toutes les spécialités (géronto, pédiatrie, diabéto, ortho’…) et il est nécessaire de se documenter sur les pathologies pour bien soigner. Être libéral nous incite à être bon en tout, et pour quelqu’un de curieux comme moi, c’est un challenge que je prends plaisir à relever ! 

lundi 22 juin 2015

Etre infirmière c’est comme mâcher un bonbon avec le papier.



 

Il faisait beau ce week-end là en Bretagne et le soleil tapait sur la baie vitrée de la véranda où nous nous étions toutes réunis pour le petit déjeuner. 

- Et cette main que les patients se mettent dans le caleçon, vous trouvez ça aussi dans vos services ?!

Cette question avait été lâchée sans retenue entre un « Tu peux me passer le Nutella ? » et un « ‘Faut qu’on pense à racheter des bières pour ce soir ! ». Les yeux étaient lourds et nous tentions tant bien que mal de dénouer ces corps qui avaient passés la nuit enfermés dans un duvet. Chaque année nous nous réunissions entre infirmières, entre potes de promo’, sans gosses et sans mari. C’était notre week-end à nous. Un week-end aux relents de bières, de barbecue, de musique et de discussions centrées sur nos vies… Et sur notre métier !

Autour de la table, nous avions celle qui tentait de se refaire son chignon. Celui qu’elle s’évertuait à refaire tous les matins pour aller travailler dans ce grand service de réanimation du nord et qui supportait de moins en moins ses collègues. A ses côtés se tenait une infirmière de neurochirurgie d’un hôpital public d’une grande ville de l’ouest, fatiguée par le rythme harassant que son métier lui imposait et par le sous-effectif récurrent dont souffrait son service. Celle qui reprenait un cannelé travaillait dans un service de grands brûlés du sud de la France. A deux doigts du brun-out elle avait décidé de demander une dispo’ pour partir cueillir des kiwis à l’étranger quelques mois. Elle faisait face à une infirmière d’EHPAD privé, plutôt satisfaite de son lieu d’exercice, mais qui concédait volontiers ne pas vouloir y travailler toute sa carrière et pensait déjà au libéral... 
Je me tenais au milieu de tout ce petit monde, me resservant une tranche de brioche au Nutella et me délectant des récits de ces infirmières de services qui, malgré toutes les difficultés, continuaient de soigner.

Nous avons vite expédié le sujet de « la main dans le caleçon » en concluant qu’il n’y avait qu’une explication plausible : celle du besoin de se détendre. Cette dernière s’évaluant en fonction du degré de pénétration de la main dans le dit-caleçon, et que d’une certaine manière, un patient qui décidait de coincer sa main au-delà de la première phalange devait certainement être détendu, ce qui est plutôt bon signe dans un service de soin. Oui, même les lendemains de soirée, nous étions encore capable d’élaborer des diagnostiques infirmiers de fou, la bouche et la voix encore enrouées d’une consommation excessive de cigares.

vendredi 12 juin 2015

Une intramusculaire dans la fesse pour une patiente culottée !


Alors que j’étais chez mes boulangers-chouchous pour leur présenter ma petite paillette fraichement née, le jeune patron tout juste trentenaire essuya ses mains farineuses sur le torchon accroché à son tablier et me dit : 

« L’autre jour, un client est venu à la boulangerie pour m’acheter de la pâte à brioche… Et pour me demander de lui apprendre les techniques de tressage et de cuisson ! Culotté le mec ! »

Culotté, d’autant plus que sa brioche est un bonheur pour les papilles à vous péter des paillettes arc-en-ciel dans l’estomac ! Ça m’a rappelé cette patiente au pantalon baissé, mais tout aussi culottée que le mangeur de brioche. 
Elle était venue au cabinet se faire-faire sa toute première intra-musculaire d’une série d’injections de Profénid à réaliser deux fois par jour et ayant pour but de réduire ses douleurs dorsales. Elle, debout me tournant le dos, moi un genou à terre avec son fessier à portée de main, je réalise l’injection :

- C’est tout ? C’est ça la piqure ?!

Dans un premier temps, sa remarque m’a fait plaisir, je me suis dis « Bien ! T’as bien travaillé, elle n’a pas eu mal ! », et puis elle a rajouté : vous achetez vos seringues par carton de 100 ?

Son mouvement de menton m’incitait à regarder l’armoire à matériel que je n’avais pas fermé et dans lequel on voyait mon stock de seringues, d’aiguilles et tout le reste de matos’ nécessaire à mon activité d’infirmière. Je n’ai pas tout de suite compris où elle voulait en venir, mais elle a continué tout en remontant son pantalon :

- Vu que vous en avez plein des seringues, vous pourriez m’en donner que je me les fasse moi-même, ça doit coûter cher !

Genre : "J'voudrais me faire mes injections moi-même et j'voudrais du matériel gratuit-pas cher et si c'était possible je voudrais bien votre diplôme en passant !" ... Alors oui, le matériel a un coût, même acheté par carton de 100. Non, on ne peut pas faire ces injections n'importe comment et surtout se débarrasser n'importe comment de ses aiguilles ensuite. Oui 4€50 c'est le montant facturé pour une injection au cabinet, et quand je vois qu'au final ce montant sera divisé par deux pour me permettre de payer mes taxes et mes frais (dont l'achat du fameux matériel), ça me défrise et ça me donne envie de reprendre une part de brioche !

… Culottée la nana !


[photo trouvée sur gazeta.lv ]
 

dimanche 7 juin 2015

Elle m'a dit de pousser...

 


Elle m'avait suivi (et supporté) pendant plusieurs mois durant mes tournées...
☆ Luce, la plus jolie des petites paillettes est (enfin ^^) née il y a quelques jours ! ☆
On vous embrasse !