vendredi 22 juillet 2016

La vie c'est comme une rose : des fois on s'en fout.



Et puis mon téléphone a sonné…

J’étais en pleine tournée de soins, dans les deux premières heures de ma matinée. Les plus tendues, les plus pressées, celles où les soins se succèdent à une vitesse folle. Celle où l’on comprend qu’on aurait dû faire l’impasse sur le maquillage plutôt que sur le petit-déjeuner, celle où l’on voudrait rattraper le temps qu’on a perdu à se décoller du lit.
Devant la porte de cette vieille patiente chez qui je me rendais sans trop d’envie, j’ai entendu mon téléphone sonner dans la poche arrière de mon jean. J’étais dans un des rares endroits où je captais et je savais que si je ne répondais pas maintenant, je ne pourrais pas rappeler la personne avant un bon moment. La voix que j’entendais était hésitante. Elle prenait son temps pour poser des mots que je ne comprenais pas vraiment. Il y a des gens vraiment pas doué pour parler au téléphone, et ce matin je n’avais ni la patience ni l’envie de prendre le temps d’aller à la pêche aux info’ alors je me suis impatientée : « Excusez-moi mais je vous ai mal entendu… Vous pouvez parler plus fort s'il vous plait ? ».

- Euh oui… C’est moi… Voilà… Je voulais juste t’appeler pour te prévenir que… Maman ne rentrera pas comme prévu chez elle aujourd’hui… Elle est décédée hier à l'hôpital… Voilà… Je... Je voulais te remercier tellement, toi et ton collègue pour tout ce que vous avez fait pour elle… Enfin je veux dire… C’est pas facile… Je… 

Bam. 

La claque que je venais de me prendre me plaqua direct' contre le mur qui se trouvait derrière mois. Je l’écoutais se démener avec ses mots. Avec ces mots maladroits entrecoupés de sanglots que je lui avais demandé de reformuler parce que j’étais trop pressée, trop agacée pour tendre l’oreille la première fois. Je me suis sentis tellement con. Des mots moi, je n’en avais plus… J’étais adossée contre le mur blanc de cette façade sale. Je sentais le crépi épais et dur rentrer dans ma peau à travers le léger débardeur que je portais pour cette chaude matinée d’été. 

« Elle est morte. » Je lui ai dit combien j’étais désolée. Je lui ai dit d’embrasser fort sa famille pour moi. Je lui ai dit que je pensais fort à elle et à sa Maman. A toi qui aurais dû mourir chez toi comme tu le voulais, à toi qui sera partie entourée de presque tous tes proches… Et en présence de ces soignants qui n’étaient pas moi... Je me suis sentie con une deuxième fois d’avoir pensé ça. Tu es partie reposée et entourée, c’est tout ce qui importait. Mais j’aurai tellement, vraiment, voulu te revoir une dernière fois… 

« Elle est morte… ». La rose un peu fanée qui se trouvait dans ce vilain rosier qui me faisait face s’est mise à bouger. Un bourdon en train de butiner le peu de pollen qui y restait venait d’en décoller en faisant ce bruit sourd. En repartant il a fait tomber sur les gravillons un pétale rose, très pale. Je me suis accroupie pour le ramasser. Le pétale était très joli et pourtant il provenait d’une rose fanée et d’un rosier vraiment laid qui tentait de survivre au milieu d’un jardin sec et complètement abandonné. Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai voulu le garder pour moi ce joli pétale. J’y ai vu comme un signe de toi, et je ne me suis pas sentie con une troisième fois de penser ça. Pour ne pas l’abimer en le mettant dans la poche de mon jean, je l’ai glissé dans mon soutien-gorge, tout contre ma peau, côté cœur.

vendredi 15 juillet 2016

Regarder la vie du dehors pour évacuer la tristesse du dedans




- Nan, mais c’est que vous avez vu, toute cette horreur… Mon Dieu…

Qu’est-ce que je pouvais bien dire à ma vieille patiente de 92 ans ? Lui dire que son Dieu c’était de l’arnaque et que je n’y croyais pas ? Lui dire qu’un mec appartenant à une catégorie socio-professionnelle aussi pointue ne devrait pas laisser des poussettes se faire écraser un soir de fête nationale ? 

Elle a essuyé cette larme qui s’échappait du coin de son œil, celui qui coule toujours tout seul : « Je ne m’arrête pas de pleurer depuis ce matin… Vous avez vu la télé ? »

Oui j’avais vu. 
J’ai vu les photos du camion immobilisé au pare-brise criblé de balles. J’ai vu cette vidéo sur laquelle je n’aurais jamais dû tomber mais qui s’est lancée toute seule sur mon fil Facebook hier, tard dans la nuit. Celle où l’on voit quelqu’un filmer en marchant entre les nombreux cadavres qui recouvraient le sol de la promenade des anglais de Nice, celle où l’on voit une mère morte aux côtés d’un tout petit bébé mort, lui aussi. Celle où l’on voit une femme se balançant d’avant en arrière en poussant des hurlements atroces en tenant dans ses bras le corps de celui qui semblait être son jeune enfant… Je l’ai vu oui. 
J’ai failli vomir dans mon lit. Mon estomac s’est contracté, alors que j’étais sous ma couette, j’ai failli dégobiller dans mon plumard alors que j’étais bien au chaud chez moi. Alors que l’horreur se jouait à l’autre bout de la France…

Oui je l’ai vu et j’aurai préféré ne rien voir et faire l’autruche sensible. 
Et puis ce matin au réveil, j’ai allumé mon téléphone, je suis retournée sur Facebook, pour prendre des nouvelles du pire, de ce qui m'avait empêché de dormir. Par besoin d'en savoir d'avantage, par nécessité de comprendre j'ai cherché... Et j’ai vu cette photo. Celle du corps d’une toute petite gamine cachée sous une couverture de survie dorée avec en premier plan ce poupon rose au regard figé vers le ciel, les yeux encore ouverts. Encore ouverts alors qu’ils auraient dû être fermés… 

jeudi 14 juillet 2016

L'infirmière va au restaurant et elle est pas contente (Attention : ça ne parle pas boulot, quoique quand même un peu...)



- Bah je demande qui fait la femme et qui fait l'homme !

Voilà, voilà... Ça c'était la réponse du serveur à qui je venais de demander la carte normale des menus, celle avec les prix. Mais bon, remettons nous dans le contexte mon chaton ou tu vas être perdu...

Hier, c'était jour de fête. Je ne te parle pas du feu d'artifice du 14 Juillet ou de la fête nationale dont je me tamponne la rate, non. Je veux te parler là de quelque chose de bien plus incroyable que ça : hier c'était la première fois depuis longtemps où mon mari et moi avions notre soirée et notre nuit à tous les deux sans les gosses à la maison. Et là, n'importe quel parent me dira : " Naaaan comment vous avez fais ? La chance !! ". Ouais, la chance. 

Pour ceux qui ne se rendraient pas vraiment compte du truc de dingue que ça représente, on pourrait dire que la fréquence de ce genre d'évènement doit être à peu près proportionnelle à une année de télétransmissions sans aucun rejet de la CPAM ou au nombre de fois où j'ai entendu Marisol Touraine s'indigner des conditions de travail pénibles des soignants. Tu l'auras compris, une soirée entre parents sans enfant est assez rare et ça, ça se fête ! Au restaurant donc...

J'ai fais la surprise d'emmener Chéri-Chéri dans un très bon resto'. La déco' y est sobre et chouette avec des tons "Greige" comme ils disent dans les magazines de décoration (pour ne pas dire "Gris et Beige" ce qui est nettement moins joli) avec des touches de bois qui te font oublier que tu te trouves en plein centre ville. Bref, l'espace d'une soirée tu offres à ton estomac un cocon de bien-être qui te change des "Chéri tu veux manger quoi ce soir ?... Du vin et du saucisson ? Cool, transmission de pensée ! Ramène le tire bouchon !". 

Nous nous sommes donc installés et le serveur nous a amené la carte des menus. 
J'ai rapidement compris que quelque chose péchait : sur ma carte je n'avais pas les prix... Pour avoir fais d'autres restaurants gastronomiques, je connaissais le truc : on donne à monsieur la carte avec les prix et on laisse madame dans un espèce de suspens financier autrement appelé "Jeu de regards avec le conjoint un poil transpirant du portefeuille". Son but sera de te faire discrètement un signe de tête pour acquiescer ou non quand tu lui diras tout sourire "Mais sinon le caviar d'aubergine sur son émincé de foie gras mi-cuit allongé sur son lit de homard lui même couché sur une pluie de truffe ça a l'air bien non?". Non, d'ailleurs sa tête qui te fait de grands signes te dit que non c'est bon sauf si tu veux continuer à boire de la bière et manger du saucisson tous les soirs en attendant les prochains virements des caisses de sécu' sur ton compte bancaire. 

Mais ça tu ne le sais pas puisque tu n'as pas les prix... Donc plutôt que de passer mon temps à chercher sur sa carte les montants de tel ou tel plat, j'ai levé mon doigt comme une enfant bien élevée au milieu de ses camarades de classe et j'ai demandé "Excusez moi, je pourrais avoir une autre carte, celle avec les prix s'il vous plait ?". Tu as vu, je suis une nana polie.

lundi 11 juillet 2016

> 10 000 fans sur Facebook !


Et d'un coup je regarde le compteur et j'ai le cœur qui s'emballe... 
Plus de 10 000 fans nom d'un p'tit chat-♡ ! 

Qui l'aurait cru ? Pas moi en tout cas !

Non pas que je ne crois pas en vous, non. Parce que vous êtes mes p'tits choux à la crème (tu sais celui avec les belles décorations dessus), vous êtes mes rayons de soleil quand il est couché, vous êtes les yeux et les oreilles qui lisent et qui écoutent lorsque je me confie et qui tolèrent mes travers et mes gros mots quand ils sont dis avec le coeur. Vous êtes mes chatons-mignons quoi... Et je vous adore tous, même toi ! ^^

7 000 nouveaux en un mois... C'est complètement dingue cette histoire ! Et je le dois en partie à mon passage dans l'émission Dans les yeux d'Olivier : MERCI Olivier pour ta confiance et ton regard si particulier ! 

'Va falloir jouer des coudes pour rester au premier rang ! Merci aux derniers chatons de la portée de nous avoir rejoint, vous allez voir ici on se sent bien. Merci aux chatons de la première heure qui commencent à prendre de l'âge, déjà deux ans et demi, ça passe vite !

Je suis émue, vraiment, touchée, franchement, par l'engouement dont vous faites preuve à mon égard et à l’intérêt que vous portez à ma si belle profession. Je pense avoir relevé le défi de rendre intéressant le métier d'infirmière de campagne et ça c'est jouissif p*tain-♡ ! ('fallait bien que je place un gros mot hein).

Encore un énorme MERCI, longue et belle vie à vous !

jeudi 7 juillet 2016

La petite voix vs La grosse procrastination




- Ah parce qu’il y a aussi ce bilan là à prélever ? J’ai pas le tube qu’il faut… ‘Faut que je retourne au cabinet pour aller en chercher un pour pouvoir vous faire votre prise de sang…



Ouais j’avoue, j’ai grogné. 

Intérieurement hein, j’ai pesté. Mais pas contre ce petit père que j’adorais et qui avait oublié de me prévenir de l’existence de cette prise de sang non prévue nécessitant un tube improbable non, je grognais contre moi-même. Parce que la veille dans mon cabinet, une petite voix m’avait dit « Prends donc un de ces tubes que tu n'utilises jamais, on ne sait jamais ! ». J’étais passée devant les fameux tubes et j’avais même tendu la main pour en prendre deux ou trois avant de me raviser et de filer. Ma procrastination à la voix beaucoup plus grave et imposante que celle de ma conscience m’avait susurrée à l’oreille : « Oooh, laisse tomber, personne n’aura besoin de ce genre de tubes d’ici que tu refasses le plein de ta mallette après demain ! ». 

La grosse procrastination : 1 – La petite voix : 0. 


Quand j’étais étudiante infirmière en service, les anciennes me disaient « Quand on a pas de tête, on a des jambes ! », et autant vous dire qu’en trois ans d’études, je me suis grave musclé les cuisses. Ma devise en tant que libérale s’est légèrement modifiée : « Quand t’as pas de tête, que tu as une flemme monstre ou le sens d’orientation d’un pigeon mort, tu remontes dans ta voiture et tu reprends la route pour courir le monde après ton destin comme un cheval sauvage ! ». Ouais ok, j’avoue, j’ai piqué la fin à dirty dancing, mais en gros on y est : je ne compte plus les allers-retours inutiles que j’impose à ma voiture et à mon planning de soins pourtant serré. 


Le petit-père semblait aussi embêtée pour moi que je l’étais pour ma petite voix que je n'avais, une nouvelle fois, pas écouté.


En repartant, j’ai croisé sa femme dans le jardin. Elle était penchée sur son parterre d’œillets avec toute la souplesse que lui permettaient ses hanches pleines d’arthrose :



- Tu repars déjà ? … Ah…Tu reviens alors ? … Ah tu sais quand on a pas de tête…


On a une voiture, oui je sais…