dimanche 29 janvier 2017

... Au suivant !




- j'aime bien, parce que lorsque l'on attend notre tour dans votre salle d'attente, on a presque l'impression qu'on est là pour se faire masser ! ^^

La trentenaire a posé son manteau sur la chaise en face de mon bureau avant de s'asseoir tout sourire sur le fauteuil de prélèvement. Des saignements inexpliqués, des prises de sang régulières et un taf qui la fait voyager à travers la France. Mais cette patiente que j'ai pourtant fait attendre un petit bout de temps dans la salle d'attente est souriante.

Elle et ses petits bras frêles aux veines minuscules ont franchi les portes de dix cabinets infirmiers l'année dernière, rien que ça. Et ce matin, elle m'a décernée le prix du cabinet infirmier le plus zen de l'ouest de la France !

C'est con, mais ça m'a collé un sourire-pailleté-sur-ma-tronche-enfièvrée toute la matinée !

vendredi 27 janvier 2017

Coup de gueule infi' # 25 : La fraude, France 2, mon périnée et Pénélope.



- 231 millions d'euros, c'est la fraude à l'assurance maladie. +46% en cinq ans. Attention, il ne s’agit que de la triche "détectée", autrement dit la partie émergée de l'iceberg. Actes fictifs, surfacturations, les professionnels de santé sont les premiers fraudeurs. Alors comment font ceux que l'ont appelle les "Détectives de la Sécu'" ?...

David Pujadas avait à peine commencé la phrase d'introduction de son reportage que je commençais à m'étouffer avec mon thé trop chaud et le morceau de sandwich que j'avais dans la main. J'ai reposé ma tasse, sidérée en écoutant le reste du reportage. 

Je venais de rentrer à mon cabinet après sept heures de soins non-stop avec une otite qui m'arrachait l'oreille depuis des jours et une fièvre persistante qui m'aurait donné envie de me vautrer sous la couette en chialant. J'ai jeté ma mallette de soins sur le fauteuil de prélèvement en tentant de dénouer mon épaule douloureuse avant de remplir à nouveau cette sacoche qui me permettrait d'aller soigner mes patients du soir. Ma vessie me remerciait de l'avoir enfin vidangé et elle croisait secrètement les uretères en espérant que je ne serais pas un jour contraint de la cathétériser pour lui éviter l'engorgement. Moi qui était si fière de ma vessie d'infirmière aussi forte et puissante qu'un tank, je devais bien avouer que depuis mon installation en libérale, elle était tout aussi vaillante qu'une vieille auto qui ne passerait pas le périph' parisien en période de pollution

La faute à mes deux grossesses ? Peut-être...

Et puis j'ai repensé à la période où j'ai bossé jusqu'à mes huit mois de grossesse en me sortant de ma voiture aux forceps 30 fois par jour pour reprendre mes tournées de soins un mois et demi après mon accouchement parce qu'il fallait que je rembourse le prêt que j'avais dû effectuer auprès de mon conjoint pour pouvoir payer ma remplaçante et mes charges. Ça avait dû y être pour quelque chose... Et puis je me suis revue demander aux patients de m'aider à me relever parce que j'avais dû m’accroupir ou m'agenouiller autant de fois que nécessaire pour effectuer leurs soins dans des conditions inadaptées alors que ma rééducation du plancher n'était pas complètement terminée.. Ça devait y être pour quelque chose aussi...

Mais accusons les grossesses oui, saleté de périnée !

mercredi 25 janvier 2017

... Quand tu rentres chez toi le ventre creux.




... Mais que tu sens qu'il va vite se remplir !

"Vous avez de petits yeux ce matin !", voilà ce que m'a dit la petite mère que je soigne tous les jours depuis des mois.

J'ai cette fièvre qui me prend la tête depuis des jours et cette otite qui m'arrache l'oreille depuis hier. Effectivement, du masque que je porte depuis vendredi, elle n'a vu que mes yeux, tout petits, tout fatigués. Et puis devant elle, mon ventre s'est creusé en faisant ce bruit de vide du manque d'envie et de force de me faire convenablement à manger depuis des jours...

Ce matin, lorsque mon pied chaud à touché le sol froid de ma chambre  et alors que ma tête semblait exploser en même temps que mon envie, j'ai regretté mon statut de salariée : "Allo patron, je peux pas aller travailler aujourd'hui, mais je reviens demain !", je crois que j'ai un peu pleuré de fatigue de devoir me lever.

La vieille dame est revenue de sa cuisine en tanguant de toute son arthrose après m'avoir demandé de patienter. Elle tenait entre ses mains un plat chaud, son "vite fait aux pommes", rien que pour moi, tout ça. D'un coup, j'ai oublié l'oreille que j'avais envie d'arracher, l'épuisement et l'envie de rentrer, les larmes aux lever... Son plat était entre mes mains réchauffées et mon cœur l'était tout autant finalement...
- Chéri-chéri-♡, j'ai ramené le dessert, le goûter et le petit-déjeuner ! ^^

Merci mes patients ! Merci mes gens ! Vous êtes le carburant sucré de mon envie d'être derrière mon volant tous les matins.

*☆* Digestion, chats, sieste et couverture, facturation, gestion des dossiers patients et compta' remis à plus tard ! *☆*

Bonus-Facebook : Ce dernier article est un copié-collé de la dernière publication facebook. Publication à laquelle vous n'avez pas accès si vous n'avez pas de compte FBK. A la demande de certain-e-s d'entre vous présent-e-s sur ce blog, je vais dorénavant, publier  les photos que je publie habituellement sur le réseau social, histoire de vous mettre un pied en plus dans ma voiture d'infirmière libérale ^^ à bientôt mes chatons !

samedi 21 janvier 2017

Coup de gueule infi' #24 : Hélène, arrête de faire ton cirque ! (lettre ouverte à la CPAM)




Bonjour la CPAM,

Comment vas-tu ? Oui tu as vu, je te demande comment tu vas. Ainsi, je me dis que tu feras la même chose pour moi. Mais vu que je sais que tu ne me le demanderas pas, je vais te répondre tout de même : je suis en colère. 
Aujourd’hui la CPAM, je me permets de te contacter car je viens d’avoir une consœur infirmière au téléphone et elle ne va pas fort, vraiment. Il y a même un moment où j’ai cru l’entendre pleurer. Enfin ce sont les larmes que j’ai entendu dans sa voix qui m’ont fait dire ça, mais je me trompe peut-être tu me diras, puisque je ne l’ai pas vu, tout comme toi qui refuse toujours de la rencontrer avec son avocat. Tu remarqueras que je te dis « tu », que j’oublie volontairement mes bonnes manières et j’espère que tu ne m’en voudras pas trop de me mettre à ton niveau…


- Je suis crevée, mais ça va…

Ce n’est pas moi qui le dit, c’est Hélène, l’infirmière qui dort au pied de ton bâtiment. Hélène a 62 ans. Infirmière libérale depuis 28 ans, elle vient de passer sa troisième nuit par moins cinq degrés sur le trottoir devant la CPAM de Bordeaux. 

Je ne te la présente pas car tu la connais bien depuis les six années qu’elle se bat pour se faire entendre de toi. Deux combats et deux jugements auprès des affaires sociales et un passage au conseil d’État pour faire annuler sa dette. 
Épuisée, Hélène s’est résignée à payer même si elle ne comprend pas l’accusation de « fraude pour soins fictifs » dont tu l’accuses. C’est vrai, comment aurait-elle pu penser que soigner matin et soir une patiente hospitalisée la journée lui tamponnerait des années plus tard le mot « FRAUDEUSE » sur le front ? Pour explication, les forfaits hospitaliers « empiètent » sur nos heures de présence au domicile de nos patients et il n’est pas rare de voir nos soins rejetés par les sécurités sociales qui ne comprennent pas (sans pour autant nous appeler), comment nous pouvons soigner des patients enregistrés comme « présents » dans des services dont ils n’ont pourtant pas encore franchi les portes. 
Les médecins de l’hôpital ont pourtant rédigé des courriers pour attester des passages journalier d’Hélène. Les familles des patients t‘ont également écrits tout comme les auxiliaires de vie pour confirmer la présence de l'infirmière au domicile de ses patients avant leur départ pour l’hôpital, mais rien n’y fait : tu réclames à l’infirmière libérale l'intégralité des soins que tu estimes fictifs alors qu’ils ont été réalisés, avec en cadeau des pénalités pouvant s’élever jusqu’à 200% .

54 000€ à régler sous deux ans, bam !

mardi 17 janvier 2017

l'IVG, cette pelure de mauvais sentiments qui parfois étouffe.





- Nan mais c’est juste pour savoir si je suis bien enceinte. En fait…

Le « En fait… » n’avait été suivi d’aucun autre mot, tout simplement parce qu’elle ne savait pas quoi rajouter de plus. Elle m’avait sorti sa phrase comme ça, sans que je ne lui demande rien. Comme si elle voulait se justifier de quelque chose de honteux alors que je venais de m’asseoir à ses côtés, elle, assise sur le fauteuil de prélèvement et moi sur mon tabouret auprès d'elle.

Je préparais le matériel nécessaire à la prise de sang qui allait déterminer si les deux traits de son test urinaire étaient bel et bien le marqueur d’un début de grossesse. Deux boules de coton, un sec et un alcoolisé, un sparadrap, un garrot… Elle se triturait les doigts tout me regardant visser l’aiguille sur le corps de pompe dans lequel j’allais insérer le tube rouge qui se remplirait de son sang. 5 ml de liquide chaud et rouge, un tout petit rien. Et puis, j’ai vu ses yeux inquiets fuir les miens lorsque j’ai croisé son regard et j’ai compris que ce « Tout petit rien », que ce « En fait », formaient un grand tout. La future annonce de grossesse serait loin d’être aussi joyeuse que l’avait été celle de son fils qui venait de fêter son premier anniversaire. La veine était belle mais tous les muscles de son bras étaient contractés jusqu’au poing serré aux doigts blanchis par l'effort.


« Laisse-la se crisper pour se détendre si elle en a besoin, c’est pas grave… Peut-être que tu devrais en discuter avec elle… Peut-être que tu devrais tout simplement faire ton job et te taire… Regarde-là, ça ne va pas… Ça ne te regarde pas ! …  Mais elle n’a pas fini sa phrase tout à l’heure ça veut tout dire ! … Ca veut peut-être dire qu’elle n’a pas envie de t’en parler ? … C’est peut-être qu’elle ne sait pas comment m’en parler… Elle espère quoi comme résultat ? Qu’il soit positif ou négatif en fait ? »

Négatif. Elle m’a dit ça en redescendant la manche de son pull en faisant attention de ne pas décoller le coton que je venais d’appliquer au pli de son coude. Elle se caressait l’avant-bras comme pour se réchauffer ou comme pour se rassurer, je ne savais pas trop. Nous nous sommes installées à mon bureau pour faire les papiers de sa prise de sang :

- Vous savez, c’est un des rares examens où on n’est pas obligé d’être heureuse d’être reçue alors qu’on espérait être recalée hein...

Elle a souri de ces lèvres fines et légèrement rosées et elle m’a dit :

- En fait… Je veux avorter parce que je n’ai simplement pas envie d’être enceinte. Mais ce n’est pas si « simple » comme décision. Moi qui ai toujours pensé que celles qui le faisaient étaient des nanas qui s’en fichait de la vie, qui se fichaient de baiser sans contraceptif. Mais là, c’est un peu la honte quoi. J’ai dû prendre ma pilule trop tard un soir, je sais pas. Je suis énervée, je sais pas où j’ai foiré…

Le stylo que je tenais entre mon pouce et mon index s’est stoppé net et j’ai relevé les yeux vers elle. Je me suis revue quelques années plus tôt le cul vissé sur la lunette de mes toilettes. 

vendredi 6 janvier 2017

> 20 000 à me suivre sur Facebook !


Pouah, cette folie douce, 20 000 !


Vous êtes 20 000 sur cette page B*rdel-de-joie- C'est complètement fou !!! Des fois, je me demande comment c'est possible...

Non parce que bon, soyons honnête, l'infirmière libérale en zone rurale ne fait pas rêver des masses... Depuis bientôt trois ans, je vous raconte ma vie d'infirmière de campagne. Je vous conte mes gens, je hurle mes coups de gueule, je pleurniche mes coups au cœur et je tente de vous envoyer de la paillette de bonheur avec tous ces petites joies que nous offre la vie... Du moins, j'essaie.

Et puis d'un coup, je regarde et vous êtes 20 336... 

J'ai le cœur qui saute d'excitation, la rate pailletée de bonheur et la tête dans un nuage rose de joie : MERCI d'être toujours aussi nombreux (mais c'est dingue, vous venez d'où ?!)


Je vous embrasse, et puis toi et toi aussi (même toi héhé) : !

dimanche 1 janvier 2017

Et les deux aiguilles s’alignent sur minuit.





- Alors, tu leur souhaites quoi à tes patients depuis ce matin ? La santé ?


Même pas. Ce n’est pas que je souhaitais à mes patients d’être malade pour m’éviter le chômage technique non. C’est juste qu’aujourd’hui, j’avais du mal à souhaiter la santé à ceux qui l’avaient déjà cherché toute l’année… Et puis, j’ai pris le volant et j’ai débuté ma tournée de soins prête à entendre les « Et bonne année ! » faisant suite aux traditionnels « A l’année prochaine ! » de la veille.



Dans la lumière de mes phares, je suivais dans le noir les lignes blanches et sinueuses dessinées sur le bitume noir de mes routes de campagne. Le village était désert et la nature figée par cinq jours de givre à - 4°c. J’ai croisé un lapin qui, un peu comme moi, se fichait pas mal qu’on ait changé d’année. 
J’étais fatiguée, j’avais un peu de mal à me motiver et j’avais froid. Et puis les portes de mes patients se sont ouvertes et mon sourire est revenu. Devant les cheminées qui me réchauffaient la couenne, j'ai soigné ceux qui m'attendaient et qui semblaient heureux et peinés de me retrouver en ce jour férié...



Mon coton venait essuyer la goutte de liquide qui sortait de la cuisse de laquelle je venais de retirer mon aiguille. La jeune femme m’a remercié sans que je comprenne pourquoi. Elle était souriante et épuisée. Une belle année débutait pour elle, du moins elle l’espérait. Une greffe prévue dans la semaine devrait lui permettre de se débarrasser du cancer qui parcourait ses veines. Cette saloperie qui l’avait fait douter plus tôt dans l’année, qu’elle aurait suffisamment de force pour réussir à réveillonner. Je me suis imaginée lui souhaiter du courage, toujours plus de courage.


Les yeux fixés sur la tubulure, je regardais la bulle d’air s’évacuer alors que je purgeais la perfusion de mon patient. Entouré de sa femme, de ses enfants et de son chien, l’homme ne pensait même pas qu’il aurait réussi à quitter les murs de l’hôpital pour fêter la nouvelle année auprès des siens. Parce que le Parkinson a le sombre pouvoir de ralentir le corps, la vie et l’envie. Depuis que le traitement de perfusion lui administrait en continu son traitement, il revivait, littéralement. Jardinage, promenade avec le chien, soirée-canapé-télé avec celle qui le regardait avec des yeux pétillants de cet amour qu’on ne voit que rarement avec le temps qui passe… Je me suis imaginée lui souhaiter d’avoir du temps, encore du temps.



Je suis passée devant chez toi. Les volets étaient fermés. Je ne les ai pas ouverts car tu n’étais pas chez toi. Plus depuis un moment, depuis que les médecins avaient décidé que tu n’étais plus en capacité d’habiter cette maison qui avait vu grandir tes enfants et mourir ton mari. En allant voir ton voisin, je n’ai pu m’empêcher de penser à toi, au fond de ton lit d’hôpital dans des draps puant le désinfectant. J’ai caressé ton chat qui était dehors et qui avait froid. Personne ne s’occupe de lui… Est ce qu’on s’occupe bien de toi là-bas ? Est-ce que les soignantes de ton service t’ont mis les petits cotons à démaquiller contre la peau de ton dos pour la protéger des agrafes de ton soutien-gorge ? Est-ce qu’en te coiffant elles ont elles aussi eu ce petit mouvement de brosse vers le haut pour permettre à ta boucle rebelle de se discipliner ? Est-ce qu’on trouvera à nouveau le moyen de te faire passer le pas de ta porte pour te permettre de te promener dans ton jardin, pour te laisser te coucher à pas d’heure alors que tu regardes la télé avec ton chat qui te réchauffe les pieds. Est-ce que j’aurais encore l’occasion d’ouvrir tes volets en te disant « Allez on laisse entrer le soleil et ses rayons et on laisse partir le sommeil et ses misères ! »… Je me suis imaginée lui souhaiter de rentrer, de rentrer…