- Tiens ! R’garde donc ce que j’ai bêché pour toi ce matin !
Une motte de soucis dans un sac à
légume préparée pour la toute dernière fois que je venais la voir. J’étais ravie parce que je lorgnais sur le parterre de fleurs jaunes de
ma vieille patiente depuis des semaines, depuis qu’elle m’avait appelé un
dimanche pour me dire :
- Charline, tu pourrais passer me
voir s’il te plait ? J’essaie de soigner ma jambe toute seule depuis
des jours, mais je sens bien que ça ne va pas !
Une large plaie découpait son tibia
tout maigre mais la vieille dame tenace n’avait pas voulu déranger le médecin
pour si peu. Et puis le « si peu » s’était transformé en quelque
chose de douloureux, rouge et infecté et nécessitait maintenant un passage chez
le médecin et ma visite régulière à son domicile pour refaire ses pansements.
Mes gants, mes pinces et mes mains pour m’occuper de cette toute petite vieille
dame de 93 ans qui vivait seule au milieu de ses fleurs et qui s’en voulait
presque de me déranger pour un accident qu’elle trouvait bien bête.
La bêche c’était pourtant son truc à elle. Tous les matins après avoir bu son café, elle partait dans son jardin pour gratter ses parterres, biner son potager et puis l’autre jour, c’était sur son tibia qu’elle avait ripé :
La bêche c’était pourtant son truc à elle. Tous les matins après avoir bu son café, elle partait dans son jardin pour gratter ses parterres, biner son potager et puis l’autre jour, c’était sur son tibia qu’elle avait ripé :
- Tu parles d’une histoire toi, se bêcher la jambe au lieu de bêcher la terre, qu’elle idée !
