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vendredi 3 novembre 2017

Boulet qui roule.




- Ça va être tendu.

Mon collègue venait de terminer ses transmissions de la semaine et j’étais déjà en retard d’une bonne vingtaine de minutes sur ma tournée du soir. Agenda sous le bras, fiches dans une main, boite de gants dans l’autre, je m’engouffrais dans ma voiture avec ce sentiment que je n’aimais pas. Tu sais, celui qui te fais comprendre que rien ne va tourner rond et que tout va rouler de travers. Ce sentiment que tu ressens dès le matin en posant ton pied chaud sur le sol froid en sortant de ton lit. Ce même pied habillé d’une chaussette qui va se poser pile dans la gerbe du chat que tu as entendu vomir cette nuit et que tu t’es dit « ‘Faut que je pense à m’en occuper demain ! ». Ce pied et sa nouvelle chaussette que tu chausses dans ta boots en tirant fort sur le lacet. Lacet qui était à deux doigts de lâcher depuis ces semaines où tu te disais «‘Faut que je pense à m’en occuper demain ! » et qui choisit pile ce matin pour se casser entre tes doigts histoire de te faire comprendre, au cas où tu ne l’aurais pas noté, que tu es en train de débuter une bien belle journée de merde.

Bref, j’ai passé la première. La première d’une longue série qui a commencé dans le village d’à côté pour des pansements sur une peau âgée, mais genre vraiment âgée. Je me suis garée au plus près parce que j’avais une flemme à m’en couper les cuissots et j’ai ouvert mon coffre pour récupérer mon matériel : vide. Le coffre était VIDE… Je suis un boulet. Ma mallette de soins et toute ma réserve de matériel était resté chez moi, à quinze minutes d’ici, effet « deuxième lacet qui pète » garanti. J'allais devoir retourner chez moi. Je suis un boulet qui roule. Un boulet qui roule vingt minutes supplémentaires pour rattraper sa bêtise... 
Ma très vieille patiente a ouvert sa porte pour me saluer, je lui ai expliqué que je n’avais pas ce qu’il fallait pour refaire son pansement, que j’allais devoir faire demi-tour, repasser chez moi et repasser la voir ensuite. Je parlais haut et fort parce que ses oreilles étaient aussi vieilles que sa peau trouée :

- Nan nan, je reviens ! JE REVIENS !
- Ah, ok… A demain !
- ...


La douce Elo'

- Elle était d’une douceur, tu sais… Je n’en doutais pas et je ne savais pas quoi lui répondre… Quels mots pouvais-je bien trouver...