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mercredi 14 février 2018

Pas de soin, pas de pain au chocolat.






- Tu as dit à Charline ce qu'on avait prévu pour elle ?

Le petit garçon qui avait été présenté comme "timide et douillet" est descendu du siège de prélèvement où je l'avais installé sur les genoux de son père. Il s'est approché du sac en papier qu'il avait emmené "Tiens, regarde !".

Quelques jours plus tôt, une vilaine chute lui avait ouvert le menton et c'était le grand soir : c'était son baptême d'ablation de sutures (you-pi !) non sans appréhension pour le petit garçon qui allait devoir regarder le plafond pendant que je lui trifouillerai le menton.
- Si tu m'enlèves mes points au menton sans que j'ai mal, tu gagnes un pain au chocolat !

Alors je me suis appliquée, parce que c'était le soir et que j'avais très faim. Et parce que quelques jours plus tôt sur ce même fauteuil j'enlevais les points de suture d'un autre petit garçon. En pleurs, en cris, énervé, intouchable, tout rouge de colère avec une mère qui ne savait plus comment faire. J'ai du le bloquer avec mes bras pour faire au plus vite sans le blesser, sans me blesser avec ma lame, en esquivant les coups de pieds, en perdant un peu de mon audition...J'ai galéré mais j'ai réussi. Mais j'ai détesté faire ce soin.

Alors avec lui qui m'écoutait le menton relevé, j'ai parlé de ses cinq ans pendant que son père lui bisouillait le front. On a discuté de l'école et des gamelles des copains et de toutes ses cascades à lui qui allaient me faire prendre du poids.

Et tu sais quoi ? J'ai gagné mon pain au chocolat ! Le soin s'est tellement bien déroulé qu'il aurait pu m'offrir la boulangerie toute entière !

Des soins comme ça, moi j'en veux bien tous les soirs ! 😉

jeudi 8 février 2018

Les maux qui blessent.






- Comme quoi, les chiens ne font pas des chats !

Vexée, j’ai fait descendre ma fille de deux ans de mes genoux et sans regarder l’ophtalmologue je l’ai aidé à remettre son bonnet de laine et son écharpe autour de son petit cou. J’étais tout aussi agacée que pressée de partir du cabinet dans lequel je venais de faire passer un examen de vue à ma puce. J’ai laissé le médecin discuter avec mon homme pendant que je bouillais en remontant la fermeture éclair de son manteau. On consultait pour un "trois fois rien", une histoire d’œil qui fait coucou à l’autre, un strabisme arrivé sans prévenir pile dans ses jolis yeux bleus. Un trois fois rien selon le médecin et une inquiétude probablement pas justifiée pour moi de voir ma fille porter des lunettes toutes son enfance. Il y a tellement plus grave... Je venais d’expliquer au médecin que des lunettes, j’en avais porté toute ma vie jusqu’à ce que le laser me délivre de ma méga-myopie et que je ne me réjouissais pas de voir ma fille en porter à son tour. « Les chiens ne font pas des chats ! », voilà ce qu’elle m’a répondu en tapotant sur son ordinateur. Mais moi, dans ma tête de mère-ex-bigleuse je me suis rappelé les « espèces de taupes » de l’école primaire, les « boudin à cul de bouteille » au collège et les « Femme à lunettes… » en soirée. Je me suis fermée et je n’ai plus voulu l’écouter. Dans la voiture, mon homme a essayé de me rassurer en me disant « Elle a été vexante, elle s’est mal exprimée… »

Peut-être, admettons. Mais c’est un médecin elle devrait peser ses mots, même ceux qu’elle pense insignifiants face à ses patients… Sur le chemin du retour, je regardais la neige tomber sur la route et j’ai repensé aux mots de Thomas, cet étudiant infirmier dont je venais de partager le difficile vécu de stage sur Facebook, glaçant. Le poids des mots, qu’on se prend parfois comme un boulet en pleine gueule et qui a le pouvoir de rendre un trois fois rien pire que tout… 

En tant que soignante, des mots maladroits j’en ai dit, trop souvent. Et à chaque fois je m’en suis voulu suffisamment pour ne pas refaire la même erreur ensuite. Il y a eu cette fois où j’ai raccompagné aux portes de mon service une fille inquiète que j’ai voulu rassurer d’un « ça va aller », pour l’accueillir le lendemain matin après que le médecin de garde lui ai annoncé le décès de son père dans la nuit. Elle m’en a beaucoup voulu, mais pas autant que j’ai pu m’en vouloir. Il y a eu ces fois où j’ai parlé de ces « petites » piqures, de ces « petites prises de sang » et de ces « simples pansements » jusqu’à ce qu’un patient ait le courage de me répondre que même de petits soins pouvaient occasionner de grandes douleurs et un gros ras le bol. Depuis, mes soins ne sont plus « petits », « simples » ou « faciles », ce sont des soins, point. Et puis, il y a eu cette fois où j’ai demandé à une patiente que je voyais pour la première fois de s’installer sur le fauteuil de prélèvement. Elle venait pour une prise de sang et elle m’a tendu son ordonnance sur lequel était prescrit un bilan bien complet :


- Ah, vous venez aussi pour une recherche de grossesse ? Cool…
- Non, ce n’est pas cool. Je veux avorter.

mercredi 24 janvier 2018

Faire marchand de sable (plutôt qu'infirmière)




- Ça prend du temps de se laver toute seule hein... C'est pas facile Maman !

Ma fille a cinq ans et demi, elle galère à se sécher les cheveux avec sa grande serviette et non, apprendre à se laver toute seule, ce n'est pas facile et ça prend du temps :
- Et tu imagines, en plus de toi le soir, je dois aussi laver ta soeur et ce matin j'ai aussi aidé plein de gens à se laver... Des fois, le soir quand c'est à mon tour de me laver, j'en ai presque la flemme de me savonner tu vois...

- Bah t'as qu'à faire marchand de glace ! Bah oui, le marchand de glace il travaille que l'après midi. 'Puis comme ça tu pourrais rentrer avant qu'il face nuit et j'aurai de la glace au diner !


Pourquoi je n'y ai pas pensé...

Enfin, en réalité avec une pote on s'était juré à l'époque de l'école d'infirmière de se reconvertir vendeuses de chichis sur la plage si on en pouvait plus du métier de soignant (déjà à l'époque, on sentait que ça merdait pas mal dans le milieu du soin)

"Si soigner c'est l'ennui, le gras c'est la Vie !" (Ça marche aussi pour les soirées glace-au-chocolat ou pizza-base-crème ou charcuterie-vin-rouge entre potes infirmières !).

Donc si dans quelques années vous croisez une nana à frange sur la plage en train de vendre du gras sous forme de chichis ou de beignets, faites moi signe !

mercredi 13 décembre 2017

Programmer les activités des vacances d'été.




... Dans la voiture, sur le chemin de l'école :

- Maman, pour les grandes vacances d'été, est ce qu'on pourrait faire un truc ?

Et là je me dis, non sans être teintée d'une certaine fierté, "Ma fille de 5 ans programme déjà les vacances d'été ! Elle va sûrement me demander si on pourrait diner le soir dehors en mangeant de la glace au dessert et en écoutant les grillons ou si on pourrait retourner dans le sud se baigner dans les gorges glacées ou tout simplement ressortir la vieille piscine 3 boudins qu'on met chaque année sur la terrasse près du hamac dans lequel j'adore bouquiner...".

Je me gare devant l'école, arrête le moteur et me retourne vers ma puce : "Oui poussin, dis moi ce que tu veux faire cet été ?" :

- J'aimerai bien qu'on lave ta voiture... Parce qu'elle est toute sale !

... Ok. Ma fille a au moins le mérite d'avoir noté le délai moyen qu'il me faut pour laver mon bureau mobile d'infirmière libérale !

dimanche 19 novembre 2017

Rentrer en avance.



Je m'étire le dos assise au bord de mon lit et je me fais craquer, sans le vouloir, cette épaule douloureuse qui d'un coup ne l'est plus. Dehors il fait froid et humide, j'enfonce mon nez dans le tour de cou que je viens de parfumer et je démarre la voiture. La route est déserte et pour une fois je ne suis pas retardée par des groupes de cyclistes. Les patients sont presque tous souriants et accueillants. Les soins s'enchaînent sans aucun couac, souci ou problème. Je suis efficace et je gère bien mon temps, je termine en avance. Ça n'arrive pas souvent...

Ma récompense ? Rentrer à temps pour voir mes filles avant la sieste. C'est tout con, mais c'est ce qui me fait surtout aimer les matinées de soins où tout se passe bien. Sur le chemin du retour, j'imagine mes puces crier "T'es déjà là ?!" en courant de la cuisine pour me faire un gros bisou-qui-serre-fort. C'est ma récompense-amour, mon pourboire-bisou qui me boost chaque matin à partir soigner avec l'envie d'être efficace et de vite rentrer !

jeudi 17 août 2017

Dessine-moi un coeur pailleté.



Il y a quelques semaines, je terminais le pansement de main de cette petite gamine par mon rituel "Bon alors, qu'est ce que je te dessine sur ton pansement aujourd'hui ?". C'était tout con, mais ce petit dessin de rien l'aidait à accepter son pansement qu'elle ne supportait plus vraiment.
 
La veille, elle m'avait demandé un bonhomme qui sourit et quelques jours plus tôt c'était un hamster que j'avais dû dessiner dans le creux de sa main. Paye ton défi chaque matin ! Et puis un jour elle m'a regardé et elle m'a dit : "Je veux un coeur avec des paillettes, parce que c'est chouette quand il y a des paillettes 💖 !". J'ai fait au mieux, c'était vraiment moyen mais ma petite patiente était contente, c'était le principal.
 
Et puis l'autre jour en vidant un tiroir de chez moi je suis retombée sur mon scotch rose-pailleté. J'ai repensé à cette petite gamine, à sa main bandée et dans un délire inexpliqué j'ai accroché le rouleau à mon sac à main avec l'idée d'en disperser un peu partout. Depuis, chaque jour je découpe, je colle et je disperse des coeurs pendant ma tournée de soins à chaque fois que le mien prend dur ou quand il s'illumine pendant un soin. Ainsi, je me dis que le lendemain si j'ai un coup de mou je tomberai dessus et je serai pailletée de nouveau.

Et puis qui sait, un passant tombera peut être dessus à son tour et pensera comme ma toute petite patiente que les cœurs c'est décidément plus chouette quand il y a des paillettes ! 😁💖

dimanche 30 juillet 2017

Les laisser, un peu.




- R'garde Maman, c'est trop drôle !!

Les DVD Pixar et les gosses ça marchent toujours, surtout en fin de journée quand tu veux être tranquille... 😊

J'ai loupé la vanne soit disant drôle du film que regardaient mes poussins parce que mes yeux étaient rivés sur mes boots que j'étais en train de lasser. Je devais retourner bosser, repartir soigner mes gens.
Certains aiment travailler le dimanche pour sa tranquillité, moi je préfère rester chez moi, tranquillement auprès des miens, auprès de mes poussins... Ce soir j'ai la flemme, j'ai pas envie de les quitter.


- La tournée est légère, je ne rentre pas tard mes biches. Je vous laisse, un peu. Pas longtemps...

samedi 22 juillet 2017

Quand je regarde ma fille jouer...



... Je me dis que c'est bien une fille d'infirmière ! 😊

En ce moment, j'ai un tout petit gamin que je vois plusieurs fois dans la semaine pour des pansements. A chaque fin de soin, je lui mets la pince kocher et la pince à disséquer en plastique du set de pansement dans un petite compresse. C'est son "Cadeau du courageux " pour le remercier pour sa patience pendant son pansement douloureux. Je crois qu'il va finir par avoir une sacrée collection de pinces d'ici la fin de sa série de soins !

En attendant, à la maison mes puces ont des pinces kocher et des seringues pour soigner ou torturer _ des fois on en est pas loin_  leurs jouets !

vendredi 14 juillet 2017

Se former pendant la sieste.



...Et tenter de rester concentrée.

J'ai une formation obligatoire de 7h à boucler absolument avant... Demain !
Donc pas le choix, je profite de la sieste de ma plus petite pour me remettre le nez dans les cours de cardio' afin de boucler ma formation sur la prise en charge des anticoagulants.

C'est comme à l'époque de l'IFSI, sauf que les sièges mous en faux cuir déchirés de l'amphi sont remplacés par mon canapé supra-confortable, que mes potes-voisines-confidentes-pendant-les-heures-de-cours ont été remplacé par ma fille et que l'écran géant à la qualité médiocre sur lequel on ne voyait rien a été remplacé par mon PC. Mon ordinateur et son lot de sites saboteurs de motivation.

Bilan, je n'ai pas avancé des masses sur ma formation. J'ai quand même appris que le coeur battait 100 000 fois par jour, qu'il pompait 8 litres par minute et que tous les vaisseaux (gros et petits) de l'humain mis bout à bout permettraient de faire 2 fois et demi le tour de la terre. Et ouais ! J'ai aussi appris qu'il y avait des soldes de ouf qui me permettraient de faire deux fois et demi le tour de mon salon en sautillant de joie.

Conclusion, le coeur est un organe fascinant et j'ai acheté une paire de baskets avec des paillettes et ça c'est grave chouette !! 💖

samedi 1 juillet 2017

Les pieds en l'air et la tête ailleurs.



J'ai cru que j'allais louper le coucher de ce soir. La tournée de fin de journée, je ne la sentais pas... La tête ailleurs, auprès de lui, auprès de toi. Pas facile de voir partir un patient qu'on adore... Et puis finalement, je suis arrivée à temps à la maison. En retard, mais suffisamment à l'heure pour voir mes puces se coucher... Les voir partir la tête déjà dans les rêves et moi, la tête toujours un peu ailleurs...

Mais ces moments avec mes filles, je ne les échangerais pour rien au monde tellement ils sont précieux. De la paillette par conteneurs entiers pour me ravitailler quand j'en ai besoin, comme ce soir...

Des " bisou, encore un bisou !" et moi qui me demande comment tu vas dormir dans ta chambre d'hôpital ce soir. Mes doigts filant entre leurs cheveux fins et sur leurs fronts tout chauds et mes pensées vers tes proches qui doivent être au plus mal. Les portes de leurs chambres qui se referment et je la tienne que j'ai refermé et que je n'ouvrirais plus...

J'ai parfois l'impression d'être une demi-mère et une demi-soignante, dans un être tout entier et souvent pommé dans ce qui l'est juste de faire, de dire ou de ne pas montrer...

Ce soir, j'ai le coeur en vrac, je ne sais plus vraiment où j'en suis et je suis triste et en colère, si tu savais... Mais j'ai couché mes poussins et c'est déjà pas mal...

dimanche 25 juin 2017

Love sunday.




- Les filles vous venez ? On va nourrir les poissons !

Les mains sont potelés et leurs cous ont ce petit pli et le duvet fin des bébés que je ne suis pas pressée de les voir quitter...

Alors qu'elle secouait sa main au dessus du bassin pour faire tomber la nourriture à poisson dans l'eau, ma grande m'a dit : "Tu pars au travaille après maman?"

Elle me le demande souvent, elle est un peu perdu dans mon roulement ma puce. J'ai caressé son cou tout doux, lui ai dit que cette semaine c'était repos et je lui ai encore donné un peu de nourriture pour les poissons dans le creux de sa main...

Un dimanche sur deux pour profiter d'elles deux, ça peut paraître peu... Alors profitons en ! J'aime tellement les dimanches-repos près du bassin 😊💙

vendredi 23 juin 2017

Une maman infirmière, c'est mieux que rien.






Hier je discutais avec une journaliste et on abordait l'aspect familial dans ma profession :

- Est ce que vous avez parfois le sentiment qu'il vous est difficile de concilier votre travail et votre vie familiale ?

Je n'ai pas répondu tout de suite parce que je connaissais la réponse et j'avoue qu'elle ne me plaisait pas. Pendant mon roulement, mes filles voient plus leur nourrice que moi, quand je rentre le soir je suis fatiguée et pas toujours patiente, je loupe les réveils et puis parfois les couchers, les dessins de l'école, les kermesses et certains noël aussi...
J'ai répondu à la journaliste que je m'étais souvent demandé si ce ne serait pas mieux de ne pas être une Maman-infirmière. Je le pensais sincèrement... Sauf ce soir.

Au moment du coucher, mon poussin-cascadeur s'est pris une porte, genre sans l'ouvrir avant. J'ai juste entendu mon conjoint me dire "Elle s'est ouverte le front, il faut des strips !"

J'ai couru à ma voiture prendre ma mallette de soins, remonter les marches, SHA, compresses, biseptine, stéristrips, bisou-calin, pansement-special-courageux (que je mets également à mes patients les plus vieux 😁) re-bisou-calin.

Mon ainée regardait ses parents soigner sa petite soeur qui était fière d'avoir un pansement de pirate. Mon grand-poussin regardait l'intérieur de ma mallette et elle avait ce regard plein de paillettes. Ce même regard qu'elle a quand on va dans un magasin acheter un jouet pour ses copines.

Magique ! 
Une Maman-infirmière, c'est mieux que rien finalement 
😁

vendredi 16 juin 2017

Le dernier soin d'hygiène.








Aider sa dernière patiente à être propre pour la nuit, fermer la porte de sa maison, remonter dans sa voiture, rouler... Et passer la porte de chez soi assez tôt pour participer au tout dernier soin d'hygiène de la journée.

Celui avec des crêtes en mousse sur la tête, celui avec des bras potelés et des petits pieds qui le sont tout autant, celui avec "Regarde Maman je fais la fontaine avec ma bouche", celui avec des cris et des rires, des bulles et de l'eau qui déborde.

Mes enfants, mes puces d'Amour c'est ma rephase à moi, mes piles qui me rechargent, mes petits coeurs quand le mien semble s'être un peu trop vider...

Elles sont magiques mes filles, vraiment, et elles envoient grave de la paillette !
😁💙💚

jeudi 1 juin 2017

Mes poussins.




- Maman, on a qu'à dire que tu travailles pas, d'accord ?

"D'accord !". Voilà ce que j'aurais aimer dire à ma fille alors que je venais de me rappeler que samedi c'est la fête de son école et que je travaille ce week end là.
- Au mieux, je ferais au mieux...

Voilà ce que je lui ai répondu. 

"Au mieux...", j'ai l'impression de dire ça à tout le monde. Au mieux, à mes patients quand j'essaie d'excuser à l'avance un retard évident pour leur soin du lendemain. Au mieux, à la nourrice de mes filles lorsque je lui annonce à l'avance que la tournée du soir va me prendre du temps et que je serais en retard pour récupérer mes enfants. Et au mieux à toi, mon Poussin, qui ne comprend pas encore pourquoi je ne suis jamais vraiment à l'heure et pas toujours là pour les moments importants...

Dimanche ta soeur aura deux ans et je sais que, lorsqu'elle ouvrira les yeux, je ne serais pas là pour déposer sur chacune de ses joues potelées le rituel-bisou-d'anniversaire que j'aime tant.

Je l'aime mon travail, vraiment. Mais j'ai parfois peur que mes filles m'en veulent de toujours faire au mieux sans réussir à vraiment faire tout court...

mercredi 31 mai 2017

On a tous un colon.




... Même quand on a à peine 5 ans.
- Et puis ici tu vois Maman, c'est le caca qui passe dans le colon et qui part après dans sa chambre le rectum et qui sort par sa porte l'anus. Mais j'ai pas dessiné la porte... Par contre j'ai fait des paillettes, parce que c'est chouette les paillettes !

C'est vrai Poussin, c'est chouette les paillettes. Elle a tourné les pages de son cahier de dessin et puis elle a relevé son menton potelé en direction de son copain qui était assis en face d'elle et qui crayonnait un bonhomme avec des pieds gigantesques :
- Hein vas y répète à ma Maman ce que tu as dit l'autre jour ! T'as dit que c'est pas vrai, on a pas de colon et y'a pas de porte dans les fesses !

En entendant "Colon" et "Fesses", la maîtresse a tourné la tête dans notre direction, mi étonnée, mi inquiète. En chuchotant auprès de leurs naïves oreilles je n'ai pu m'empêcher de leur expliquer :
- C'est pas vraiment une porte, c'est un sphincter et si, on a bien un colon et encore plein de choses dedans qui te permettent de faire caca tu demanderas à tes parents ce soir (avant de rajouter plus fort) mais les paillettes c'est bien Poussin !

Encore une année avant de quitter la catégorie des parents de maternelle et je pense que je suis encore loin de pouvoir entrer dans le sacro-saint cercle des parents qui discutent ensemble à la sortie de l'école. Mais je m'en fiche parce que ma fille elle, elle voit la vie avec des paillettes et ça c'est chouette !

dimanche 23 avril 2017

Un dernier tour avant la tournée du soir.




 
- Mais Maman, on a qu'à dire que tu vas pas au travail, d'accord ?

Chiche ! Et je demande à ma boss si je peux rester faire de la balançoire avec mes poussins plutôt que de retourner travailler ce soir !

J'avoue, des fois j'aimerais lui répondre autre chose que "Mais tu sais poussin, les gens sont aussi malades le soir...".
J'avoue parfois j'aimerais que mes patients ne soient plus malades du tout comme ça ils pourraient venir faire de la balançoire avec nous !

dimanche 9 avril 2017

Quand on te réveille avec des fleurs...






- Maman... (Elle chuchotte) Ma-maaan (elle chuchote un peu plus fort)...

J'ouvre un œil. Mon poussin de presque cinq ans me met sous le nez deux tulipes un peu fatiguée, cueillies dans le jardin :

- C'est parce que moi je sais que t'aime les fleurs... C'est pour te donner du courage de maman-firmière !

Je regarde mon portable, c'est l'heure. Je m'étire et sort mon corps endormie et fatigué de dessous la couverture. Ma fille est déjà repartie dehors. Je respire mes deux tulipes. Ça ne sent rien mais je m'en fiche parce que pour mon cœur, c'est le plus joli des parfums de fleur...

mercredi 5 avril 2017

Jouer à l'infirmière.




Maman, tu peux me donner un tube que je fasse une prise de sang à Luce s'il te plaît ?!

- Ok par contre, tu ne serres pas le garrot ! Tiens, j'te donne un bout de sparadrap (Et elle le lui colle sur le front... Bon..)

J'avais deux trois petits travaux à faire au cabinet. J'en ai profité pour emmener mes poussins. Elles adorent m'y accompagner.
~☆~Paillettes dans les yeux - rires dans le cabinet - aider la petite soeur à grimper sur le siège de prélèvement - pansement, prise de sang et petit bilan ~☆~

C'est mystérieux pour elles cet endroit où je pique, où je panse. Un endroit plein de trucs interdits qu'il ne faut pas toucher parce que ça pique et d'autres qu'on peut utiliser pour jouer à la prise de sang et faire comme maman

lundi 14 mars 2016

Pas de bras, pas de chocolat.





- Vraiment ?


Oui oui, vraiment. J’essayais d’expliquer tant bien que mal au père de famille que j’avais au bout du fil, que « Non, même à la maison avec les doudous toussa toussa, prélever un enfant de quatorze mois ce n’était pas possible. » Pour être plus clair : ce n’était plus possible pour moi.


J’avais bien essayé plusieurs fois de prélever des touts petits, des minitous de moins de trois ans. La plupart du temps ensommeillés et encore en turbulette, ils accueillaient avec un sourire grimaçant mes mains froides sur leurs petits avant-bras potelés, bien au chaud dans ceux de leurs parents souvent stressés. Je les faisais sourire avec mon garrot dinosaures plein de couleurs qui a un charme fou auprès de mes petites grands-mères. Tout en préparant mon matériel avec mes aiguilles aiguisées et mon alcool qui sent l’hôpital, je parlais de Jean-Patrick le moustique qui se pose sur le pli du coude pour prendre son petit déjeuner (voire à se taper en même temps le diner au vu du nombre de tubes à prélever parfois). Je cherchais la micro-veine avec ma micro-aiguille armée de ma maxi concentration… 


Mais la plupart du temps je ratais. Je ratais parce que la veine était si minuscule qu’elle était imperceptible ou trop ramollie par la crème anesthésiante. Je foirais parce que le parent n’osait pas bloquer suffisamment son enfant et qu’il bougeait. Pas forcément parce qu’il avait eu mal, mais parce qu’il avait eu peur. Des peurs et des pleurs parce qu’il n’avait pas compris ce que je lui faisais. 

Parce que j’ai l’impression qu’en dessous de trois ans, que tu lui parles moustique qui pique, garrot dinosaure ou que tu lui ouvres les portes d’un zoo tout entier ou celles d’un cirque à la piste étoilée, l’enfant de moins de trois ans restera toujours trop petit pour comprendre que tu voudrais simplement l’emmener loin, très loin de ce qui peut faire mal, loin de ce qui peut faire pleurer. 


Pourtant j’ai essayé de piquer l’impiquable. Histoire de ne pas refuser un soin, histoire de ne pas passer pour celle qui ne veut pas. J’ai accepté les doudous puant comme collègues de prise de sang, j’ai accepté les tablettes bruyantes aux comptines agaçantes comme support ludique pour prélever mon bilan. J’ai accepté de n’être payé que 6€08 pour passer parfois plus de trente minutes sur mon soin, parce qu’il n’existe pas de majoration pédiatrique même pour des petits bouts qui n’ont pas fêtés leur un an. J’ai accepté, trop souvent, de ne pas être payé du tout parce que le sang ne montait pas dans le tube. Parce que si pas de bras, pas de chocolat : pas de sang, pas d’argent. Alors à ce prix là, je préfère me taper une tablette pour me réconforter. 

vendredi 4 septembre 2015

Mes larmes ont le goût de la mer…

[illustration de Mathou ]

Je n’arrive pas à détourner le regard de ce t-shirt rouge, de ces vagues venant frapper les joues de cet enfant échoué. Je lutte mais je transfère, et je pense à ma fille de trois ans qui a découvert la mer pour la première fois cet été, jouant et courant au bord de « La grande piscine maman ! », comme elle adorait la nommer. Elle ne se doute pas un instant, petite mère, que de l’autre coté de l’eau se joue des combats de parents cherchant à provoquer l’infinie petite chance d’offrir un avenir à leurs enfants, loin des guerres, de la violence et des larmes... 

Les vagues viennent frapper encore et encore ce petit corps que la mer à rejetée. Notre propre terre ne veut plus de nous et c’est la mer qui nous noie… Notre si belle planète bleue ressemble tout à coup à un minuscule terrain sur lequel certains tourneraient en rond à la recherche d’un refuge. Elle me parait hostile alors que je me sens tellement en sécurité. Elle est meurtrière et je ne me sens absolument pas en danger. 
Je suis « l’ambivalence » de ceux qui vivent dans les pays convoités par ceux qui se noient sur nos côtes. Je suis celle qui pleure derrière son ordinateur. Je suis celle qui incarne le futur que n’aura pas Aylan. Et je crie, et j’écris, et je pleure…

Je lis l’indignation de tous. Je lis la colère, la peur et la haine de certains. Des relents de Charly Hebdo. Nous allons tous pleurer, manifester notre peine et bientôt nous n’en parlerons plus. Nous aurons ponctionné un temps l’hémorragie par nos dessins et nos écrits, pour finalement accepter d’enlever notre point et laisser à nouveau couler le sang… Et tourner notre dos. Et je me sens mal. 
J’ai l’impression de perdre un peu plus foi en l’humanité chaque jour. Et pourtant je continue à le soigner. Celui qui pleure devant ce T-Shirt rouge. Celui qui se plaint des immigrés qu’il n’a jamais croisé. Et celui qui a passé les frontières et qui vit caché dans un appartement prêté par une association d’aide aux réfugiés…

Trois étages me séparaient de leur appartement. Quarante huit marches d’une ascension vers la précarité de cette cité sensible. Les étages étaient saturés d’odeurs de nourritures grasses, de multiples chaussures laissées sur les paillassons, de poussettes et d’odeur de pisse.
J’avais été appelé pour intervenir chez une enfant atteinte d’un grave cancer. Une prise de sang deux fois par semaine à réaliser sur sa chambre implantable située en dessous de sa toute petite clavicule. J’allais devoir percer la peau d’un bébé de six mois avec du matériel aussi gros qu’une aiguille à laine, le tout en maintenant une stérilité parfaite. Plus je montais les marches, et moins j’en menais large. Mon métier me fait parfois relever des défis dont je me passerai volontiers… Mais j’avais entendu parlé de cette famille dans les médias locaux et j’étais curieuse de rencontrer celle que les journaux appelaient « la mère courage ».

Elle et son mari ingénieur avaient traversé l’Europe tout entière avec leur bébé dans les bras. Ils venaient d’apprendre que leur fille souffrait d’un cancer du foie qui la condamnait s’ils restaient dans leur pays. Ils ont marchés pendant deux mois, fais du stop, monté clandestinement dans des camions, pris des risques inconsidérés pour finir par arriver à l’entrée de cette grande ville de France un soir pluvieux, en plein hiver. Cette mère, seulement vêtue d’un t-shirt, d’une culotte, de claquettes et d’un anorak, tenait sous son long manteau, tout contre elle, un bébé de quatre mois gravement malade.

La douce Elo'

- Elle était d’une douceur, tu sais… Je n’en doutais pas et je ne savais pas quoi lui répondre… Quels mots pouvais-je bien trouver...