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vendredi 3 août 2018

Coup de gueule infi' #30 : Sois niée la violence.



Rien.

J’ai relancé Google. Remis les mêmes mots-clés glauques « infirmière – poignardée – Angoulême » et j'ai appuyé sur entrée. Seulement deux médias pour en parler, la Charente Libre et Sud-Ouest. Deux médias payants qui ne me permettent même pas de lire plus de dix lignes d’un article qui m’aurait peut-être permis de comprendre. De comprendre ce qu’il s’est passé, de comprendre comment ça a pu se passer. Avec mon index sur ma souris, je descends jusqu’en bas de la page de recherche Google :

6 Avril 2017 : Bas-Rhin, une infirmière poignardée à trois reprises par un patient qui l’attendait derrière sa porte. Novembre 2015 : Alès, après avoir tué sa mère il poignarde et tente de tuer son infirmière. Décembre 2015 : Verviers, l’infirmière se fait poignarder devant l’hôpital. Je continue. Mai 2016 : il s’en prend à une infirmière libérale dans la rue et la poignarde. Décembre 2004 : Pau, deux infirmières sauvagement assassinées à l’arme blanche. Et je n’ai pas tapé les mots clés « abattu » ou simplement « agressée » qui aurait faire remonter beaucoup de fais divers que nous, soignantes, avons encore en tête. 

Mardi dernier à Angoulême, une consœur infirmière libérale s’est fait agresser par un ancien patient. Poignardée à plusieurs reprises à l’abdomen, elle ne doit sa survie qu’à l’intervention d’un jeune homme en scooter qui a permis à la jeune femme de prendre la fuite pour se mettre en sécurité. Ce soir, je faisais des recherches pour voir ce qu’avait donné la comparution immédiate de son agresseur. J’étais aussi un peu curieuse de jauger l’intérêt des médias concernant les violences subies par les soignants. Et rien. Comme s’il ne s’était rien passé. Comme si c’était peu de chose finalement ou que c’était suffisamment banal pour que ça ne vaille pas la peine d’avertir l’opinion publique avec un article. Ce n’est qu’une infirmière après tout, qu’on a tenté d’assassiner en pleine rue. Parce que c’est bien de cela dont il est question. 

On a voulu tuer ton infirmière. 

L’infirmière d’Angoulême qui aurait pu mourir hier en pleine rue, c’est peut-être celle qui se déplacera chez toi pour te soigner demain. Celle que deviendra ta fille plus tard, celle qui tenait la main de ta mère il y a peu. Ou celle qui te souriait quand toi, tu n’en avais plus envie. Cette infirmière, ce pourrait être moi ou une des 660 000 autres qui prennent soin des gens habitant notre si jolie France. Les infirmières on les aime. On leur rappelle combien elles font un dur et beau métier. On concède que leurs conditions de travail sont difficiles et on leur rappelle combien elles sont utiles à l’équilibre précaire de notre santé. Mais on se détourne de ces soignantes quand elles se font insulter, violenter, agresser ou abattre parce qu’elles ont simplement voulu faire leur travail. Soigner les gens quitte à subir la violence. Dans l’indifférence. Sois niée la soignante violentée…

La violence indigne pourtant toujours les gens et les médias. Il suffit de voir à quel point une simple bagarre entre deux rappeurs dans l'espace public déclenche l’intérêt de tous un pays sur le net. Tous les médias s’y sont mis, même les plus sérieux. Des débats ont été lancé pour comprendre, décortiquer, analyser, critiquer le pourquoi du comment de cette baston. Mais pendant que deux mecs se la mettait en mode Duty-Free-Fight dans un aéroport, une infirmière libérale se faisait poignarder en pleine rue. Et personne n’en a parlé. Personne ne s’est indigné. Deux poids, deux mesures dans la violence, sa tolérance et sa reconnaissance. 

Ne banalisons pas la violence faite aux soignants.

Parlons-en.

mercredi 15 novembre 2017

Sans un bruit.



- …

Un peu sonnée, j’ai relevé le visage vers celui de ma patiente, mi-satisfaite, mi-vexée de voir que je ne souriais pas à l’énoncé de son dernier potin fraichement rapporté du bourg dans lequel elle était allé chercher son pain. Elle le savait pourtant depuis le temps que je la soignais que les ragots m’agaçaient plus qu’ils n’excitaient ma curiosité. C’était son truc à elle et elle me les faisait partager à chaque soin bien malgré moi. J’ai toujours détesté écouter les gens parler de la vie des autres, surtout quand la phrase commence par un « Oh, et puis vous ne savez pas la dernière ? » et qu’elle se termine par un « Rooooh » guttural et satisfait d’une bouche qui semble se nourrir du malheur de l’autre. Je lui ai seulement répondu « C’est bien triste… ». 
Trois petits mots qui se voulaient pudiques, comme pour garder un peu de toi en en partageant le moins possible avec la mangeuse de malheurs. Trois petits mots pour résumer trois années à tes côtés, c’est vrai, c’est bien triste.

Comme pour me protéger de ce qu’elle pourrait me dire de toi, je me suis enfermée dans ma bulle tout en restant à disposition de ma patiente dont je défaisais les bandages sales. Et puis, alors que j’enroulais la compresse stérile autour ma pince kocher avec un geste rapide et sûr, j’ai repensé à toi et à la toute première fois que tu m’avais vue le faire. Un « Oooh !» admiratif était sorti de ta bouche devant ce geste qui était devenu pour moi une habitude mais qui faisait toujours son petit effet la première fois. Tu avais souri en grand quand je t’avais répondu « Ah bah c’est un métier Monsieur, trois ans d’études pour apprendre ça ! ». Ton sourire, c’était un peu ta marque de fabrique. Le temps, tu t’en fichais pas mal. Qu’il fasse beau ou qu’il fasse moche tu souriais au ciel. Mes retards, t’importaient peu car tu savais que d’une manière ou d’une autre, je finirai par franchir la porte de ta maison en m’excusant platement avec ce sourire de travers comme pour m’excuser d’une connerie que j’aurais faite. Et toi, tu souriais et tu m’accueillais en serrant avec force et douceur ma main en m’appelant ta Petite Charline alors que je te dépassais d’au moins deux têtes.

mardi 26 avril 2016

Le bruit du silence.



- Ouiiiiiiiii !!

Je ne savais pas qui de la sonnette ou de celle qui vivait entre ses murs émettait le son le plus agaçant. Peut-être était-ce un combiné des deux, un spécial-combo-strident-à-t’en-faire-grincer-les-dents. Tous les matins j’avais le droit à cette voix pas franchement accueillante, qui répondait à cette sonnette qui me vibrait jusqu'à l’index, à son « Ah c’est toi que v’là ! » comme si mes deux passages journaliers depuis trois ans n’avaient pas suffis à lui faire intégrer ma présence, et au bruit omniprésent de cette télé qui semblait saturer les derniers pourcentages de silence qui aurait dû reposer mes oreilles à peine réveillées.

La télé. Je ne la regarde pas vraiment chez moi et je la tolère encore moins chez mes patients. Surtout chez elle. Pour dire vrai, je n'ai jamais trop su pourquoi. Était-ce dû à ces fois où je devais m’époumoner pour lui demander de baisser le son ? Était-ce parce que je ne comprenais pas qu’on puisse pouffer de rire devant une pub pour les couches qui bizarrement passais à chacun de mes soins ? Était ce parce que les programmes qu’elle regardait semblaient tous la prendre pour une demeurée ? De quoi se faire un Combo-spécial-Couches-Lagaff’Bip Bip-pitoyable et voir combien de temps vous mettrez à vous arracher les globes oculaires pour vous les fourrer bien profond dans les oreilles.

Mais soyons clair. Si je peste c'est uniquement contre la télévision, pas contre celle qui détient la télécommande. 

Parce que j'ai finis par comprendre que sa foutue télé, c'était tout ce qu'elle avait. C’était son regard sur le monde alors qu’elle n’avait jamais voyagé. C’était son échappatoire alors que son corps ne lui permettait plus de passer le seuil de sa porte d’entrée. C’était son lien social alors qu’elle ne recevait jamais de visite. Son téléviseur c’était le seul qui réussissait à rompre son isolement, à lui donner le sourire et à redonner vie à cette maison dans laquelle ne résonnait plus les rires de ses enfants.

vendredi 20 février 2015

Il y a des jours où un texto vous éraille les yeux et le cœur.



 […] et puis pour finir, j’ai une mauvaise nouvelle à t’annoncer… »


Comme à chaque fois que je me rends chez toi, j’entre sans attendre après avoir fais tinter la cloche de la façade, comme l’indique le mot écrit de ta main et qui barre la sonnette que je n’ai jamais vraiment vu fonctionner. Toi, la bricole ça n’a jamais été ton truc. Tu te rappelles du vieux tournevis rouillé que tu m’avais sorti du fond de ton jardin pour m’aider à ouvrir la pompe à chimio de ta femme ? Certainement un vestige d’une vieille envie de bricolage, on avait bien ri toutes les deux devant ton air de bricoleur-fier !

La première fois que j’ai passé le pas de ta porte, tu m’as salué d’un « Bonjour mon p’tit cœur ! », et tu m’avais même fais la bise en m’enserrant les épaules avec toute la tendresse possible que le permettaient tes grandes mains. La bise, le tutoiement et le sourire qui va avec, c’est ta façon à toi de montrer que tu tiens aux gens et que tu prends plaisir à les accueillir dans ta maison. 

Alors que je traverse la cuisine, en m’enivrant au passage des odeurs de café, de thé et de pain grillé, je me laisse guider par le son de France Inter émanant de la salle à manger où m’attend « ta petite femme chérie » comme tu aimes l’appeler. Je devine, sans encore l’avoir vu, qu’elle sera installée dans son fauteuil face à la baie vitrée donnant sur votre joli jardin plein de mésanges engraissées au tartines de pain grillé-beurré. Qu’elle sera en train de lire le canard enchainé, et qu’elle lèvera les yeux vers moi pour me saluer de son large sourire. Je m’occuperai d’elle, et comme à ton habitude, tu t’assiérais à nos côtés pour « taper la discut’ ». D’ailleurs c’est ce tu sais le mieux faire : te poser et discuter avec les gens, et ça dans le village, on le sait tous.
J’aime bien venir vous voir, et me poser le temps d’un soin dans votre maison dans laquelle on se sent tellement chez nous. Comme à chaque fois, tu vas me proposer un thé, que je ne pourrais refuser parce que ton Earl-Grey est succulent et parce que le temps passe vite à vos côtés et que je voudrais en profiter encore un instant.

 « […] tu sais, il était hospitalisé… Il s’est dégradé… »

Je me rappelle encore la première fois où tu es venu faire une prise de sang au cabinet. Tu t'étais présenté en pyjama, en robe de chambre et en chaussons. J’avais un peu halluciné, mais toi tu m’avais dis que c’était pour « gagner du temps de sommeil, tu verras mon p’tit cœur quand tu auras mon âge ! ». Je n’avais pas cherché plus loin, tout comme le boulanger qui m’en avait parlé et à qui tu avais fais le même coup. A chaque fois, je me demandais, quel pyjama allait me faire honneur, et je dois avouer que j’avais une préférence pour celui avec l’ourson sur la poche côté cœur.

vendredi 9 janvier 2015

Il y a des jours où les plaintes divisent et où les larmes unissent. (Je suis Charlie)



- Ooooh, ils nous font suer avec ça ! Ça intéresse personne de toute façon !!

Le « ça », c’était l’édition spéciale en direct sur les deux prises d’otage au lendemain du carnage de Charlie Hebdo, et qui l’empêchait de voir son jeu-télé préféré devant lequel elle adorait se gausser, faisant rebondir son opulente poitrine. 
Elle, c’était une de mes patientes "plaintive chronique". Chez elle, rien n’allait jamais. Pour elle, rien n’était suffisamment bien. Autour d’elle, rien n’était jamais comme elle le voulait. Cette vieille dame était une plainte à elle toute seule, enserrée dans une robe à fleur à moitié cachée par une blouse verte au liseré bleu. 
Elle était rendue à un âge où le nombre d’années l’éloignait de plus en plus de sa naissance pour la rapprocher de ce qu’elle devait percevoir comme une délivrance, tant sa vie lui semblait être un fardeau. Une existence remplie de plaintes qui l’empêchaient certainement de profiter des petits bonheurs que la vie aurait pu lui offrir. Je ne sais pas si cette vieille femme avait un jour aimé sa vie. Quoi qu’il en soit, elle avait fait le choix de ne pas partager celle des autres, celle de ceux qui l’entoure ou qui vivent de l’autre côté de l’écran. Elle avait préféré éteindre la télévision.

Ce jour là, j’enchainais ma quatorzième journée travaillée sans interruption. J’étais fatiguée. Ce matin là, je m’étais réveillée les yeux lourds, le cœur creux, l’âme meurtrie et l’esprit perdu comme un lendemain de deuil. Je n’avais pourtant perdu personne de ma famille. Je venais seulement de perdre un peu plus foi en l’humain. 
La veille, douze personnes d’une rédaction tombaient sous les balles d’armes automatiques parce que leurs idées, leurs dessins, n’étaient pas partagées par ceux qui les pointaient de leurs armes. Cette cruauté, cette censure n’était pas nouvelle. Combien d’autres ont été pris en otage ou abattu en dehors de nos frontières? On en entend régulièrement parler sur les grandes chaines, mais soyons honnêtes, lorsque cela se déroule à l’étranger, rien n’est pareil, ça n’a pas le même impact. 
C’est malheureux, mais il m’aura fallu attendre cette nuit, l’obscurité de ma chambre et mon regard perdu cherchant mon plafond dans le noir, pour prendre conscience que je n’avais peut être pas assez ouvert mon cœur à ce qui pouvait se passer de l’autre côté de mon pays, à ceux qui subissaient la censure de l’autre côté de ma si jolie France. Cette nuit là, je me suis sentie privilégiée et en danger dans ma liberté de penser. Je me suis sentie égoïste, seule et impuissante. Mes yeux se sont embués. J’ai mal dormi.

mercredi 12 novembre 2014

La violence se cache derrière un foulard, un regard ou une porte de maison.




- Mais que voulez vous que je fasse ?!

« Enfuyiez-vous. »

Elle tenait la poignée de la porte qui la séparait de l’extérieur. J’ai posé ma main sur son bras et je lui ai conseillé, je l’ai imploré de partir, de quitter son foyer, sa maison. Elle a levé les yeux vers moi et j’ai compris à son regard qu’elle ne le ferait pas.

Je m’occupais de son mari depuis des mois. Son diabète m’ouvrait la porte de leur maison plusieurs fois par jour. Il y a des foyers desquels il est parfois difficile de repartir tant le temps semble s’y être arrêté. Il existe des maisons où l’on prend plaisir à entrer et où l’on sait que le moment partagé sera agréable. Ce n’était pas le cas ici.


lundi 20 octobre 2014

L’apprentissage du soin se fait dans la violence.




S’il est un sentiment qui ne me quitte jamais lorsque j’entre seule dans la maison d’un nouveau patient, c’est la petite peur, peut être irrationnelle, de ne jamais réussir à en sortir. Mais cette peur, je la refoule au plus profond de moi, de crainte qu’elle ne m’empêche d’exercer convenablement mon travail d’infirmière. 
Cette crainte de l’agression, j’en ai pris conscience dès mes premiers contacts avec les patients que je soignais alors étudiante. L’accumulation de ces situations, les médias et leurs faits divers ont eu raison de moi et de mon innocence qui ne m’avait pas encore complètement quittée avant d’entrée dans le milieu du soin.

Etudiante, les services hospitaliers, les maisons de retraites et les habitations me sont apparus comme des concentrées de représentations sociales, un microcosme avec ses bons côtés et ses travers.
Étais je si naïve à l’époque que j’ai pu croire un instant que mes soins ne seraient prodigués qu’à de gentilles personnes reconnaissantes ? Rapidement j’ai compris que notre profession n’était pas toujours respectée. Les insultes, les coups, les regards noirs m’ont mis face à l’humain et à son côté le plus sombre : la violence.

Dans un premier temps, c’est la démence qui m’a ouvert les portes de cette agressivité folle.

mercredi 17 septembre 2014

Le silence, les vaches et mon thermos de thé.

Il y a des jours où je suis fatiguée. Les yeux lourds de ces nuits trop courtes, de ces matinées trop longues. Mais il faut y aller. 

Je me décide à quitter la maison et tous ces occupants encore endormis. Seul le chat m’accompagne à la sortie, gagnant au passage une caresse avant de se détourner rapidement pour regagner la chaleur de la couette. « Clac ». Le son de l’ouverture centralisée de ma voiture m’agace l’oreille. Ce bruit me rappelle les nombreux sons répétés que je vais devoir supporter et les gestes reproduits comme des rituels qui me fatiguent d’avance. Oui, je suis fatiguée, je suis ronchon. Non, je ne fatigue pas d’être ronchon le matin.

mercredi 30 juillet 2014

On se sent seule dans sa voiture… Et dans sa profession. (Lettre ouverte à Marisol Touraine)





- Et sinon, vous avez entendu parler de l’infirmière libérale qui s’est faite rouée de coups par quatre mecs cagoulés, en pleine matinée alors qu’elle était en tournée dans un quartier sensible ?

C’était une question simple au détour d’un repas de famille, le genre de faits divers que l’on relate parce que le besoin d’en parler se fait sentir. Mais de réponse, je n’ai eu qu’un silence et des yeux écarquillés…

- Et celle qui a été accueillie par deux coups de fusils dans le thorax par un de ses patients, et qui est morte sur le coup… non  plus ?!

J’étais sidérée. Une de mes consœurs venait d'être assassinée et une autre sévèrement agressée, toutes deux en pleine fonction, à 4 jours d’intervalle et mes proches n’étaient pas au courant. Et la raison était simple : personne n’en a parlé ! Personne dans les grands médias. Personne dans le Gouvernement.

mercredi 14 mai 2014

Un combat se livre sous vos yeux.



Elle est adossée au mur bleu ciel de sa chambre avec la tête légèrement relevée vers le plafond et son visage est éclairé par le spot fixé au dessus d’elle. A la regarder ainsi éclairée par cette lumière blanche en contre plongé, on croirait voir une icône figée dans un cadre. Qu’elle est belle.

Les yeux embués de larmes, la lèvre du bas pincée entre ses dents, elle regarde son plafond blanc comme pour permettre à ses yeux fatigués de ne plus fixer. Cette femme vient d’apprendre que son cancer du sein récidivait. Alors qu’une décennie sans rechute lui redonnait l’espoir d’une réelle guérison, elle se retrouvait en quelque sorte au pied du mur. Encore une fois. Et elle craque.
Elle pleure, les épaules secouées par des sanglots. Elle renifle, s'essuyant le nez et les yeux avec son mouchoir en papier trempé. Et elle se tait. Ce long silence est inhabituel, mais nécessaire pour faire le point. Je laisse faire. Je la laisse ne rien me dire. Restant à ses côtés, pas trop proche, pas trop loin. Être là simplement, et ne rien dire. C’est peut être ce qui est le plus difficile finalement dans cette prise en charge.

vendredi 4 avril 2014

On dit " Au revoir " et où on s’entend dire " Adieu ".






- au revoir Monsieur ! Je vous laisse entre les mains de mon collègue pour la semaine, reposez vous bien, on se revoit la semaine prochaine.

En lui serrant la main, je me suis écouté lui parler et ce que j’ai entendu c’est : "je ne vous reverrai pas, vous serez certainement mort, je vous ai dis ça pour ne pas vous inquiéter.". J’ai remis sa main sous la couverture chaude et ai posé la mienne sur son épaule en lui souriant. J’ai trouvé ça horriblement cliché et je me suis demandé si mon trop plein d’empathie lui avait mis la puce à l’oreille. Mais il s’était déjà endormi. La tête légèrement penchée sur le côté, il était serein, laissant une femme plantée là, au pied du lit, bourrée d’angoisse à l’idée de voir mourir son amour. Elle avait compris ce que signifiait cette main sur l’épaule et ce sourire empathique qui pu la mort :

jeudi 27 février 2014

Ce n’est pas facile de ne pas juger.




Cette bonne dame n’est pas trop fertile. Depuis quatre ans ils tentent d’offrir une fratrie à leur ainée. «Pourtant ça avait bien marché pour la première, on comprend pas !». J’sais pas ma bonne dame, vous savez des fois, la nature a besoin d’un coup de pouce, ou d’injections dans les fesses pour que ça marche ! Depuis 7 jours elle supporte en grinçant des dents les injections censées relancer ses ovaires un peu feignants.

Et ce soir, c’est LA dernière injection : celle qui va peut être déclencher l’ovulation ! Celle qui va peut être permettre à un amas cellulaire de passer du stade de framboise, à ravioli de crevette puis, à Bébé !

La douce Elo'

- Elle était d’une douceur, tu sais… Je n’en doutais pas et je ne savais pas quoi lui répondre… Quels mots pouvais-je bien trouver...