S’il est un sentiment qui ne me
quitte jamais lorsque j’entre seule dans la maison d’un nouveau patient, c’est
la petite peur, peut être irrationnelle, de ne jamais réussir à en sortir. Mais
cette peur, je la refoule au plus profond de moi, de crainte qu’elle ne
m’empêche d’exercer convenablement mon travail d’infirmière.
Cette crainte de l’agression,
j’en ai pris conscience dès mes premiers contacts avec les patients que je
soignais alors étudiante. L’accumulation de ces situations, les médias et leurs
faits divers ont eu raison de moi et de mon innocence qui ne m’avait pas encore
complètement quittée avant d’entrée dans le milieu du soin.
Etudiante, les services
hospitaliers, les maisons de retraites et les habitations me sont apparus comme
des concentrées de représentations sociales, un microcosme avec ses bons côtés
et ses travers.
Étais je si naïve à l’époque que j’ai pu croire un instant que
mes soins ne seraient prodigués qu’à de gentilles personnes reconnaissantes ?
Rapidement j’ai compris que notre profession n’était pas toujours respectée.
Les insultes, les coups, les regards noirs m’ont mis face à l’humain et à son
côté le plus sombre : la violence.
Dans un premier temps, c’est la
démence qui m’a ouvert les portes de cette agressivité folle.