mardi 25 mars 2014

Il faut lire entre les lignes pour comprendre entre les maux.






Je sais pas si c’est la saison, l’hiver qui n’a que trop duré, les effets de la lune lorsqu’elle est pleine ou bien encore la fameuse crise nationale qui mettrait à mal le porte monnaie et le moral de ceux qui le remplissent, mais en ce moment, les patients semblent davantage se plaindre. Je me dois alors d’avoir, dès le matin, l’oreille aiguisée prête à écouter les confidences de mes patients, voire à creuser si besoin. Et alors que la seule chose que je voudrais creuser c’est un trou pour y enterrer mon réveil, je compte sur la radio censée capter mon attention et sur le thé chaud de mon thermos pour me maintenir éveillé.

Mais parfois, les maux sont aussi subtils que les mots, et il faut savoir écouter naïvement pour comprendre que quelque chose ne va pas.
C’est ainsi que j’ai senti en arrivant chez la petite mamie que quelque chose la chafouinait. Elle est du genre introverti, sauvage presque, et dur au mal. Je la connais bien, je m’y rends tous les jours depuis des mois et elle ne s’est jamais plainte. Née d’une génération où les gens n’ont pas appris à exprimer ce qu’ils ont dans le cœur, des gens qui parfois n’ont simplement pas les mots parce que le vocabulaire manque. 
 Parce que c’est comme ça, on ne dit rien. Alors quand elle se plaint de céphalées, j’insiste un peu, en douceur, pour ne pas la bloquer : « oui, non, c’est vrai j’ai mal dormi cette nuit… je ne sais pas pourquoi… non… oui, c’est vrai que j’ai eu mal au crâne toute la nuit… non non pourtant tout va bien…bon… c’est vrai… ma fille est hospitalisée et bon bin ça m’inquiète un peu même si elle est grande parce que si ça se trouve c’est le cancer … comme mon mari (qui en est décédé)». Voilà. S’en est suivi une tirade pleine des inquiétudes qui l’avaient empêché de dormir la nuit dernière. La peur d’une mère âgée, de voir sa fille devenir plus malade qu’elle. Et peu importe l’âge : ca n’est pas juste et ça inquiète. De quoi se prendre la tête au point d’en avoir mal.

Je suis fascinée par la somatisation et par le vocabulaire utilisé pour en décrire les symptômes. Alors on peut se tromper, mais au risque de passer à côté de quelque chose d’important, ça vaut le coup de s’interroger quand un patient se plaint de mots de tête. Et vous seriez étonnés du nombre d’expressions imageant la somatisation. « Je prends sur moi, ca me pèse, j’en ai plein le dos » : douleurs dans les épaules, douleurs dorsales, « je garde tout » : constipation, « ça me gonfle » : ballonnements, « ça ne passe pas, ça reste en travers » : maux de gorge, «je ne veux pas voir les choses en face » : migraines ophtalmiques, « ça me prend aux tripes » : douleurs abdominales… un mal, des mots et j’en passe !

Il y a des jours où on aurait tord de se limiter à écouter les maux alors que ce qui sort d’une bouche vaut parfois bien plus qu’un long diagnostique !

2 commentaires:

Mes Oignons a dit…

oh oui, la somatisation est fascinante, j'en sais quelque chose, ça me rappelle d'ailleurs ce médecin que j'étais allée voir pour des problèmes de constipation et qui m'avait dit cash "alors comme ça vous en avez plein de cul, mais qu'est ce qui ne va pas?" c'était pas faux

Martine a dit…

oui, la somatisation, le corps qui parle...
très bien écrit et décrit, Nounoue... :)

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