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vendredi 26 février 2016

Coup de gueule infi' # 17 : DSI : Document Sans Intérêt (Pour certains médecins)





- Il l'a jeté ou il l'a perdu ?... Il sait plus ?! Sérieusement ? P*tain mais m*rde quoi ! Si ça avait été sa feuille d’imposition t’inquiète pas que celle-là il ne l'aurait pas jeté !

J’hallucinais. Mon collègue profitait des transmissions de passation de tournée pour m’annoncer qu’il avait relancé le médecin traitant que j’avais moi-même relancé plusieurs fois déjà. J’attendais depuis trois semaines qu’il me renvoi la DSI (Démarche de Soins Infirmiers : LE papier hyper important pour argumenter le pourquoi du comment on se déplace chez les patients pour les aider à se laver entre autre) que je lui avais remplis, même daté pour lui mâcher le travail, c’est dire. J’avais joins une enveloppe timbrée sortie de ma poche avec un courrier pour qu’il comprenne bien l’importance qu’avait ce document pour moi. 
Mais depuis trois semaines je me rendais quotidiennement chez cette dame pour l'aider dans ses soins d'hygiène et je ne pouvais toujours pas être payé : parce que le médecin traitant avait oublié / perdue / jeté / origamée ma DSI. 

Parce qu’il me faut le fameux papier, c’est la dame de la sécu qui me l’a dit : « Pas de DSI, pas d’argent ». C’est un peu comme avec les bras et le chocolat, sauf que là je dois me taper en plus un traitement de rejet de la CPAM si malgré tout je tentais de me faire rémunérer le tiers payant sans le fameux papier. Manquerait plus qu’on m’accuse de fraude… De quoi être constiper sans même à avoir à manger de chocolat.

Mais voilà, il avait égaré le papier. Genre je te mets dans un coin de mon bureau, genre je m’en fous, genre on verra plus tard, genre je vais carrément te recycler ou t'utiliser pour caler mon bureau qui est bancal. Je me retrouvais donc contrainte d’imprimer une nouvelle DSI, de la renvoyer avec un nouveau timbre et croiser les doigts de pieds pour que ce courrier là ne finisse pas à la broyeuse…

Encore un coup de fil pour rien... Enfin pas vraiment puisqu’il m’aura confirmé que ce médecin se fiche totalement que je ne sois pas payé et ma patiente pas remboursée. C’est que je commence à être fatiguée d’engueuler mon téléphone à défaut d’oser incendier ceux que j’ai au bout du fil, comme l'autre jour :

- Oui oui, c’est tout à fait ça, il ne faut pas tenir compte du courrier d’avertissement !

J’étais sur le cul. Enfin pour de vrai je veux dire. J’étais à mon bureau avec mon agenda sous le coude, mon portable dans la main gauche et un stylo dans la bouche bien serré entre mes deux mâchoires. J’ai frôlé l’éclatement du quatre-couleurs entre les dents lorsque j’ai entendu la réponse de la nana du RSI (la caisse d’assurance des indépendants). Je les relançais parce que je venais de recevoir un courrier fort peu aimable me demandant de régulariser au plus vite la situation.

Un envoie de DSI avec encore un timbre de ma poche (parce que la sécu est dans le département voisin et qu'il ne fournissent pas d'enveloppe T) avait été fait à cette caisse pour lancer le début des soins chez ce vieux monsieur. Et puis deux semaines plus tard une nouvelle DSI avait rédigée par le médecin parce que l’état du pauvre petit père se dégradait ce qui nécessitait une nouvelle rédaction hypra-argumentée pour ne pas qu’on me reproche ensuite d’avoir surcoter mes soins. 
Toujours pas payée deux semaines plus tard je ne m’inquiétais pas trop. Et puis il y a eu ce courrier : « Nous n’avons pas reçu la DSI des soins que vous avez facturés, merci de réguler au plus vite la situation ». Genre peut-être que le courrier a été perdu dans leurs services, genre peut-être qu'il a été volé par le facteur qui en a fait un avion en papier, genre c’est de ma faute et on m’accuse de ne pas l’avoir envoyé… Genre j’ai commencé à flipper. 

Parce que j’aime pas ces courriers qui te filent des frissons dans l’échine, parce que je suis du genre hyper-toquée-du-papier et que je suis hyper-vigilante-de-ce-genre-de-chose !
J’ai donc appelé. On m’a fait patienter neuf minutes. Neuf longues minutes d'une musique insupportable et facturée huit centimes d’euros la minute alors que c’est une plateforme faite pour les professionnels de santé obligés de payer les appels pour être payé derrière, vous me suiviez ? Attention, j’ai encore moins logique :

- Bonjour, je vous appelle parce que j’ai reçu un courrier de relance pour une DSI que vous n’avez à priori pas reçu.

«  Vous l'avez envoyé ? »

mercredi 17 février 2016

L'entraide : le b.a.-ba du soin tsoin tsoin. En principe.




- Est-ce que tu peux t’occuper de mon couloir cinq minutes le temps que je descende fumer une clope s’il te plait ? J’ai tout checké et tout le monde va bien (enfin, le "tout le monde va bien" était relatif étant donné que j’étais infirmière dans une unité de soins palliatifs…).

Ça c’était moi il y a quelques années à l’époque où je bossais enfermée dans ce service aux couloirs interminables et pâles, éclairés par des néons qui donnaient à tous les soignants qui y travaillaient ce teint blafard. Comme si nos tenues blanches ne suffisaient pas déjà…
J’allumais ma cigarette, appuyée contre le mur dehors, en plein soleil. Il faisait beau. Mon visage tourné vers le ciel bleu, je fermais les yeux en laissant ma peau se réchauffer et se rétracter sous l’effet des rayons. La lumière chaude traversait mes paupières, ce qui me faisaient voir rouge, et mon regard ne se perdait plus dans le noir. Ça faisait tellement de bien. Et j’étais tellement fatiguée… 
Ce n’est pas comme si l’après midi avait été difficile ou que l’endormissement devait d’urgence se faire tacler par une cigarette au soleil, non. J’étais juste fatiguée d’être enfermée toute la journée, contrainte d’arpenter avec mes crocs aux motifs coccinelles ce couloir interminable pour aller répondre pour la dixième fois en deux heures à la dame qui se trouvait au bout, tout au bout du couloir et dont le pouce avait dû fusionner avec la sonnette au vu le nombre de fois où elle s’acharnait à l’utiliser… Heureusement ma collègue du jour le comprenait bien, et me laissait sans problème m’échapper pour aller respirer l’air de dehors à coup de clopes et de bains de soleil vite expédié. 

Elle m’aidait, je l’aidais, tout le monde s’aidait. C’était comme ça, c’était la logique pour qu’un service fonctionne bien et n’ai pas trop à souffrir de ses soignants fatigués. L’entraide : le b.a.-ba du soin tsoin-tsoin.


- Mais m*rde, sans d*conner, ils pensent que j’ai que ça à faire ?!

La douce Elo'

- Elle était d’une douceur, tu sais… Je n’en doutais pas et je ne savais pas quoi lui répondre… Quels mots pouvais-je bien trouver...