mardi 18 juillet 2017

Sur ma joue.



35 degrés dehors, étouffant à l'intérieur. Je roulais la fenêtre ouverte en me rendant chez cette patiente qui m'avait donné du fil à retordre la veille avec sa perf' et j'avoue que je m'y rendais sans trop d'envie.

Je longeais un champ de blé pas encore moissonné et l'air par la fenêtre venait frapper sur ma joue des mèches de cheveux détachés de ma queue de cheval. Et puis, une mèche semble-t-il un peu plus forte est venue toucher ma pommette. Par réflexe j'ai porté mes doigts à mon visage et j'ai senti quelque chose de fragile coincé dans mes cheveux. Sur mon index, il y avait des pigments colorés et nacrés comme du fard à paupière.

Un papillon avait terminé sa course sur ma joue avant de trouver refuge dans une mèche de mes cheveux.

Je l'ai surveillé du coin de l'œil dans le rétroviseur jusqu'à mon arrivée chez ma patiente avant de le décrocher délicatement et de le déposer au creux de ma main. Il n'a pas survécu et il est mort là, comme ça au contact de ma peau... .
Je l'ai déposé dans le parterre de fleur à l'entrée de la maison de ma patiente. Ce parterre devant lequel son mari s'agenouille pendant des heures parce que la maladie de sa femme rend l'intérieur de sa maison un peu plus pesant chaque jour.

Je me dis que si il tombe dessus ce soir en grattant ses fleurs il se dira que la Vie est belle et fragile... Ou peut être qu'il ne verra rien et qu'il le jettera un peu plus loin parce que rien n'importe plus que ce qui se joue entre les murs de sa propre maison...

lundi 17 juillet 2017

Trois gorgées de bière et deux morceaux de fromage.



- Une bière ! Je te promets, j'étais à deux doigts de lui demander de me payer une bière !

J'étais en plein débriefe concernant la fin de ma tournée du soir avec mon conjoint. C'était notre petit rituel sur la terrasse et j'avoue que ce soir là, j'avais bien besoin de bière et de fromage de savoie pour décrocher de la tournée du soir qui avait débutée comme ça :


- Mais genre " maintenant maintenant " ou ça peut attendre la fin de ma tournée de soins ?

A priori ça pouvait attendre. Garée à l'arrache sur un trottoir, j'ai pris une fiche de route pour noter les informations de ma nouvelle patiente fraichement sortie de l'hôpital et dont les soins débutaient ce soir :

" Intramusculaire d'antibio' + sous cut' d'anticoagulant 
+ prise de sang x2 cette semaine + 
Pose de bandes de contention : tous les jours pendant 10 jours "


Cette série d'actes allait me forcer à solder une nouvelle fois mes soins étant donné que je ne pouvais pas facturer plus d'un soin et demi. J'ai profité de l'avoir au téléphone pour aborder avec ma patiente le fait que la pose de ses bandes de contention n'allaient pas lui être remboursé par la sécu' :

- Ah bon ? Mais j'ai pourtant une ordonnance de l'angiologue ! (grand classique du médecin non formé à la nomenclature...)

" C'est que la sécu refuse d'inclure la pose de bandes de contention dans la nomenclature qui nous permet de facturer nos soins. Je peux vous les poser, je suis formée pour, mais ça vous sera facturé non remboursé. C'est nul, je sais et ça m'énerve je vous le promet, mais..."

Mon téléphone a bipé, j'ai coupé court en promettant de passer la voir au plus tôt pour débuter ses soins et j'ai pris l'appel d'une patiente que j'avais perfusé le matin-même :

- Votre perfusion s'est... Déperfusée ?

J'ai rajouté "Arf !" mais dans ma tête ça sonnait "Fait chier !" et je lui ai répondu que je venais au plus vite. J'ai fait un soin rapide qui était sur la route et puis avant d'entrer chez ma patiente rebelle-de-la-perf j'ai envoyé un texto à ma nourrice pour prévenir que ma mère viendrait chercher mes filles, retard oblige. J'ai constaté le cathéter déperfusé, j'ai re-préparé une perf', j'ai repiqué et reperfusé en les quittant d'un joyeux "Si je dois repasser tout à l'heure, vous me préparez l'apéro !" avant de refermer leur maison. 30 minutes de retard.

J'ai continué ma route pour me garer devant chez ma nouvelle patiente non prévue. On a rediscuté de la pose des bandes de contention : elle acceptait de payer la pose tout en admettant que c'était con, pour elle et pour moi que la nomenclature ne soit pas mieux adaptée. Je n'ai pas pu la contredire et j'aurais adoré avec la Ministre de la Santé sous un bras et le grand patron de la Sécu sous l'autre..

Je suis repartie de chez elle au ralenti, un peu fatiguée. Ce premier jour de reprise prenait fin et pourtant la fin de ma tournée me semblait loin, mais loin ! Encore 18 jours... Les vacances semblaient bien loin d'un coup.

J'ai retraversé deux communes pour me rendre chez ma dernière patiente, ma grognon-chronique. Toujours de mauvaise humeur, un peu-beaucoup alcoolique, toujours en colère contre la vie, franchement démente, et ce soir... Complètement imbibée d'alcool, jusque dans son lit qu'elle avait trempée d'urines. 
Il faisait chaud elle avait bu, mais pas de l'eau. Elle, ce qu'elle aimait c'était le vin rouge, celui qui tâche ses robes à fleurs. Ma patiente était perdue de ne plus savoir si c'était la fin de journée ou le matin et j’ai maudit le soleil qui la perturbait autant les soirs d'été. Elle était agacée de me voir arriver en retard et j'ai maudit sa démence-alcoolisée qui me reprochait mes avances, mes retards et peut-être ma présence tout court. Moyennant négociation, j'ai réussi à la mettre au propre et je l'ai quitté en pleine guerre contre les mouches qui envahissaient toute l'année cette maison qui sentait l'urine de chat et la pâté pour son vieux chat roux.

Déjà 45 minutes de retard, j'avais envie de rentrer bisouiller mes filles pour bien clôturer ma journée avant qu'elles aillent se coucher et puis mon téléphone a sonné :

- Devinez quoi... Qu'est ce que vous aimez boire à l'apéro ? ... Je me suis re-redéperfusée.

Oui, débriefer de tout ça valait bien trois gorgées de bière et deux morceaux de fromages.

vendredi 14 juillet 2017

Se former pendant la sieste.



...Et tenter de rester concentrée.

J'ai une formation obligatoire de 7h à boucler absolument avant... Demain !
Donc pas le choix, je profite de la sieste de ma plus petite pour me remettre le nez dans les cours de cardio' afin de boucler ma formation sur la prise en charge des anticoagulants.

C'est comme à l'époque de l'IFSI, sauf que les sièges mous en faux cuir déchirés de l'amphi sont remplacés par mon canapé supra-confortable, que mes potes-voisines-confidentes-pendant-les-heures-de-cours ont été remplacé par ma fille et que l'écran géant à la qualité médiocre sur lequel on ne voyait rien a été remplacé par mon PC. Mon ordinateur et son lot de sites saboteurs de motivation.

Bilan, je n'ai pas avancé des masses sur ma formation. J'ai quand même appris que le coeur battait 100 000 fois par jour, qu'il pompait 8 litres par minute et que tous les vaisseaux (gros et petits) de l'humain mis bout à bout permettraient de faire 2 fois et demi le tour de la terre. Et ouais ! J'ai aussi appris qu'il y avait des soldes de ouf qui me permettraient de faire deux fois et demi le tour de mon salon en sautillant de joie.

Conclusion, le coeur est un organe fascinant et j'ai acheté une paire de baskets avec des paillettes et ça c'est grave chouette !! 💖

mercredi 12 juillet 2017

Faire un chèque.



... À contre-coeur 😉

A chaque fois que je dois payer une prune ou quelque chose qui ne me fait pas plaisir je mets à la place du lieu d'habitation "À... Contre-coeur" (une fois j'ai même noté "À... lors que je ne roulais même pas vite !!" Pour payer un petit excès de vitesse ^^ )

Pour les chèques-cadeau-de-noël-que-tu-sais-pas-quoi-acheter je note "À...vec Plaisir ♡" (avec un cœur ouais, les cœurs ça marche aussi ^^).

Je ne sais pas où se trouve ce fameux lieu "À... Contre-coeur", mais je peux te dire qu'il a hébergé pas mal de mes chèques et que je ne suis pas prête d'y passer mes vacances !

Maintenant je vais "à Contre cœur" partir à la recherche de la vraie caisse de ma patiente et je sens que ça ne va pas se faire "Avec plaisir".

vendredi 7 juillet 2017

Le petit signe du jour.



Un papillon au creux de la main et un accompagnement de fin de vie express.

Tout à l'heure, alors que j'étais en train d'ouvrir le coffre de ma voiture pour y fourrer ma mallette de soins, un joli papillon a volé autour de moi. Un beau noir et blanc, un Demi-Deuil, j'en ai plein mon jardin.

Il s'est posé au sol, tout près de ma chaussure. Il battait des ailes au soleil, un peu mal en point peut être. Je l'ai pris délicatement pensant le mettre en sécurité un peu plus loin, de peur qu'il ne se fasse écraser. Je l'ai mis dans le creux de ma main et je l'ai regardé... Les yeux d'un papillon sont noirs et ronds, et sont entourés d'un petit velours foncé. C'est beau.

Le Demi-Deuil s'est tourné sur le côté en refermant ses ailes au dessus de son dos, il a replié ses pattes dessous son corps. Et il est mort. Là, comme ça. Au creux de ma main. Mort.

C'est con, mais ça m'a fait bizarre. Je me suis demandée pourquoi ce papillon avait choisi de tourner autour de ma tête pour battre une dernière fois des ailes et pourquoi il s'était éteint au creux de ma main.

La Vie est étonnante des fois

mercredi 5 juillet 2017

Soirée comptabilité : You-pi.



Chouette.

J'applaudirais bien des deux mains, mais j'ai un relevé de compte sans justificatif dans l'une et une bière dans l'autre. 😒

J'ai ma compta pro' à préparer pour mon comptable plus celle du cabinet et de la SCM rattachée... Voilà le genre de soirée qui me fait regretter le salariat. .
Deux fois par an, mon comptable me laisse un message sur mon répondeur sur un ton aimable / agacé / fatigué (rayer les mentions inutiles, ou pas) pour que je lui rende "au plus vite" ma compta'...

Deux fois par an, j'ai la flemme. Mais genre balaise la flemme, et du coup je m'y prends au dernier moment. Enfin "on" s'y prend au dernier moment. Oui parce que mon homme étant lui aussi en libéral, et ayant lui aussi une belle grosse flemme, il a droit également à sa bière. On se motive comme on peut (en s'alcoolisant oui... Mais je mange de la salade !!)

Paye tes soirées de couple. Je crois qu'on a rien trouvé de mieux comme contraceptif...

Allez à la votre ! (Pour les amateurs de bière : la IPA c'est du bonheur pur-malté )

lundi 3 juillet 2017

Soyez courageuse Madame… Et démerdez-vous.







- Tu veux du sucre ou du miel dans ton thé ?


Elle a versé l’eau chaude dans ma tasse et s’est assise en face de moi en remettant une mèche de cheveux derrière son oreille. Les coudes appuyés sur le bord de la table, elle se réchauffait les mains en entourant de ses paumes sa tasse de café chaud. Elle m’est apparu toute petite d’un coup, et fatiguée. Non, épuisée. Depuis que son mari était hospitalisé, elle soufflait un peu, même si sa pudeur lui interdisait de le confier. Je savais que les derniers jours avaient été difficiles pour elle et je profitais de la fin de ma tournée pour passer prendre de ses nouvelles :


- C’est pas bien ce qu’ils ont fait…


« Ils » c’étaient les médecins de l’hôpital. Elle a détourné les yeux vers son chat qui se frottait contre le pied de la table. Elle avait dit ces quelques mots avec une voix douce, presque susurrée par l’épuisement. Accompagner son conjoint vers la fin de son existence, ce n’est pas rien. C’est un peu comme si ta vie à toi tout entière était en pause. Comme si l’espace-temps qui entourait la maison importait peu alors que, pour être honnête, tu lui en veux tellement à ce putain de temps. 
A ces minutes terribles où, impuissante, tu le regardes vomir. A ces heures interminables dans ton lit où tu fixes le noir de ton plafond, et que tu attends. A ces nuits blanches où tu tends l’oreille en te disant que c’est peut-être fini, et puis tu l’entends et tu te dis qu’il va encore falloir attendre... Ce putain de temps qui te fais culpabiliser de trouver ça long. Le temps qui distend les sentiments en les rendant fins, forts et fragiles à la fois. Le temps, dont tu manques pour profiter de lui, alors même que tu l'implores de passer plus vite, parce que tu n’en peux plus… 

Elle a caressé la tête de son chat qui avait fini par s’installer sur ses genoux.

J’ai soufflé machinalement sur mon thé qui n’était même plus chaud et en relevant les yeux sur elle, je me suis dit que c'était du gâchis. Parce que la maladie leur avait un peu voler la fin de leur vie de couple. Parce qu'elle leur avait épuisé le peu de temps qu'ils avaient à vivre à deux. A l'hôpital, ils n'avaient pas l'air de comprendre ce que c'était que de voir son mari dépérir dans ce lit dans lequel ils ont surement adoré faire l'amour et dans lequel ils ont certainement peur d'attendre la mort. A deux. Toujours.

Depuis les dernières transmissions de mon collègue, j’étais dans une colère dont j’avais du mal à me séparer, solidement accrochée à ma couenne de soignante car engluée dans une tristesse que j’avais du mal à cacher. Celle de voir partir un des patients auquel je tenais le plus…
 

-  Ils l’ont ramené à la maison alors que je les implorais de le garder. Les ambulanciers sont arrivés et on m’a dit qu’il fallait que je fasse preuve de courage pour les prochains jours...


samedi 1 juillet 2017

Les pieds en l'air et la tête ailleurs.



J'ai cru que j'allais louper le coucher de ce soir. La tournée de fin de journée, je ne la sentais pas... La tête ailleurs, auprès de lui, auprès de toi. Pas facile de voir partir un patient qu'on adore... Et puis finalement, je suis arrivée à temps à la maison. En retard, mais suffisamment à l'heure pour voir mes puces se coucher... Les voir partir la tête déjà dans les rêves et moi, la tête toujours un peu ailleurs...

Mais ces moments avec mes filles, je ne les échangerais pour rien au monde tellement ils sont précieux. De la paillette par conteneurs entiers pour me ravitailler quand j'en ai besoin, comme ce soir...

Des " bisou, encore un bisou !" et moi qui me demande comment tu vas dormir dans ta chambre d'hôpital ce soir. Mes doigts filant entre leurs cheveux fins et sur leurs fronts tout chauds et mes pensées vers tes proches qui doivent être au plus mal. Les portes de leurs chambres qui se referment et je la tienne que j'ai refermé et que je n'ouvrirais plus...

J'ai parfois l'impression d'être une demi-mère et une demi-soignante, dans un être tout entier et souvent pommé dans ce qui l'est juste de faire, de dire ou de ne pas montrer...

Ce soir, j'ai le coeur en vrac, je ne sais plus vraiment où j'en suis et je suis triste et en colère, si tu savais... Mais j'ai couché mes poussins et c'est déjà pas mal...