lundi 17 juillet 2017

Trois gorgées de bière et deux morceaux de fromage.



- Une bière ! Je te promets, j'étais à deux doigts de lui demander de me payer une bière !

J'étais en plein débriefe concernant la fin de ma tournée du soir avec mon conjoint. C'était notre petit rituel sur la terrasse et j'avoue que ce soir là, j'avais bien besoin de bière et de fromage de savoie pour décrocher de la tournée du soir qui avait débutée comme ça :


- Mais genre " maintenant maintenant " ou ça peut attendre la fin de ma tournée de soins ?

A priori ça pouvait attendre. Garée à l'arrache sur un trottoir, j'ai pris une fiche de route pour noter les informations de ma nouvelle patiente fraichement sortie de l'hôpital et dont les soins débutaient ce soir :

" Intramusculaire d'antibio' + sous cut' d'anticoagulant 
+ prise de sang x2 cette semaine + 
Pose de bandes de contention : tous les jours pendant 10 jours "


Cette série d'actes allait me forcer à solder une nouvelle fois mes soins étant donné que je ne pouvais pas facturer plus d'un soin et demi. J'ai profité de l'avoir au téléphone pour aborder avec ma patiente le fait que la pose de ses bandes de contention n'allaient pas lui être remboursé par la sécu' :

- Ah bon ? Mais j'ai pourtant une ordonnance de l'angiologue ! (grand classique du médecin non formé à la nomenclature...)

" C'est que la sécu refuse d'inclure la pose de bandes de contention dans la nomenclature qui nous permet de facturer nos soins. Je peux vous les poser, je suis formée pour, mais ça vous sera facturé non remboursé. C'est nul, je sais et ça m'énerve je vous le promet, mais..."

Mon téléphone a bipé, j'ai coupé court en promettant de passer la voir au plus tôt pour débuter ses soins et j'ai pris l'appel d'une patiente que j'avais perfusé le matin-même :

- Votre perfusion s'est... Déperfusée ?

J'ai rajouté "Arf !" mais dans ma tête ça sonnait "Fait chier !" et je lui ai répondu que je venais au plus vite. J'ai fait un soin rapide qui était sur la route et puis avant d'entrer chez ma patiente rebelle-de-la-perf j'ai envoyé un texto à ma nourrice pour prévenir que ma mère viendrait chercher mes filles, retard oblige. J'ai constaté le cathéter déperfusé, j'ai re-préparé une perf', j'ai repiqué et reperfusé en les quittant d'un joyeux "Si je dois repasser tout à l'heure, vous me préparez l'apéro !" avant de refermer leur maison. 30 minutes de retard.

J'ai continué ma route pour me garer devant chez ma nouvelle patiente non prévue. On a rediscuté de la pose des bandes de contention : elle acceptait de payer la pose tout en admettant que c'était con, pour elle et pour moi que la nomenclature ne soit pas mieux adaptée. Je n'ai pas pu la contredire et j'aurais adoré avec la Ministre de la Santé sous un bras et le grand patron de la Sécu sous l'autre..

Je suis repartie de chez elle au ralenti, un peu fatiguée. Ce premier jour de reprise prenait fin et pourtant la fin de ma tournée me semblait loin, mais loin ! Encore 18 jours... Les vacances semblaient bien loin d'un coup.

J'ai retraversé deux communes pour me rendre chez ma dernière patiente, ma grognon-chronique. Toujours de mauvaise humeur, un peu-beaucoup alcoolique, toujours en colère contre la vie, franchement démente, et ce soir... Complètement imbibée d'alcool, jusque dans son lit qu'elle avait trempée d'urines. 
Il faisait chaud elle avait bu, mais pas de l'eau. Elle, ce qu'elle aimait c'était le vin rouge, celui qui tâche ses robes à fleurs. Ma patiente était perdue de ne plus savoir si c'était la fin de journée ou le matin et j’ai maudit le soleil qui la perturbait autant les soirs d'été. Elle était agacée de me voir arriver en retard et j'ai maudit sa démence-alcoolisée qui me reprochait mes avances, mes retards et peut-être ma présence tout court. Moyennant négociation, j'ai réussi à la mettre au propre et je l'ai quitté en pleine guerre contre les mouches qui envahissaient toute l'année cette maison qui sentait l'urine de chat et la pâté pour son vieux chat roux.

Déjà 45 minutes de retard, j'avais envie de rentrer bisouiller mes filles pour bien clôturer ma journée avant qu'elles aillent se coucher et puis mon téléphone a sonné :

- Devinez quoi... Qu'est ce que vous aimez boire à l'apéro ? ... Je me suis re-redéperfusée.

Oui, débriefer de tout ça valait bien trois gorgées de bière et deux morceaux de fromages.

1 commentaire:

Piuf a dit…

Je me doutais que le boulot d'infirmière libérale était dingue. Mais je dois dire que je j'imaginais pas l'ampleur.
Passion ? Vocation?
Alors courage et surtout merci de ce que tu fais!

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Merci pour le petit mot ! ^^