vendredi 8 septembre 2017

Être mort, c’est comme être con.




- Mettez vous bien sur deux rangs s'il vous plait messieurs dames...

Et j’avance, petits pas par petits pas. Je n’aime pas quand ça n’avance pas. Surtout quand je n’ai qu’une envie, celle d’aller vite vers toi et me barrer… Je me décale légèrement de la file d’attente et je te vois au loin, tout sourire et encadré. Je fais une mou un peu ridicule, je crois que je n’ai plus envie d’y aller. Je me retourne, l’allée est blindée, je suis coincée. Je vais avoir l’air con si je rebrousse chemin « c’est qui cette nana qui refuse d’aller lui dire au revoir ?! ». Alors j’avance, petits pas par petits pas.

Les mains dans les poches, je regarde mes boots en cuir : tiens, il y a une tâche. Ça fait moyen, j’aurais pu l’essuyer… Mais c’est un truc que tu ne m’aurais jamais reproché toi, alors je m’en fiche un peu. Une fois, en m’ouvrant la porte de ta maison tu m’avais surpris en train de m’essuyer le bout de ma chaussure sale contre mon mollet genre flamand-rose-toqué-de-la-tâche et tu m’avais dit « Hey Michel (tu appelais les gens Michel avant de raconter une blague), tu crois que tu viens soigner Rothschild ? T’en fait pas va, les vraies tâches ne passent pas ma porte ! Entre, je suis au téléphone j’en ai pour deux secondes. Tu te sers un thé ? ». Je connaissais par coeur ta maison, le placard avec les sachets de thé et ton chat qui grimpait sur l’évier pour que je lui caresse la tête. Je regarde ma tâche, je pense à Rothschild que tu aurais surement appelé Michel, à ton chat, au thé noir et j’avance…

Dans ma poche je sens mon papier froissé et humide à force d’être serré dans ma main moite. Cette feuille que j’ai cherché au fond de mon sac avant de venir ici parce que j’avais besoin de l’avoir contre moi. Pour avoir un peu de toi rien qu’à moi. Les gens devant moi te saluent, la file se réduit et je continue d’avancer. J’entends le bruit des goupillons reposés dans la coupelle sur pied doré. Ce n’est tellement pas toi tout ça. Encore un pas. L’assistant funéraire nous rappelle de bien nous mettre sur deux rangs. Rien qu’un tout petit pas pour te toucher...

J’ai délaissé le goupillon qu’on m’avait tendu pour lui préférer le contact dur et froid de ta boite. J’ai enserré doucement de ma main l’angle de bois ciré et parfaitement vernis. Mes yeux se sont perdus sur le cadre posé sur ton cercueil. Un sourire ouvrait ton visage en plissant tes yeux qu’on devinait vert clair. Mon cœur s’est serré aussi fort que si l’on avait voulu le froisser comme une feuille pour en faire une boule dure et moche. Je suis sortie sans regarder ni mes chaussures ni ceux qui m’entouraient. Je voulais juste une clope et puis je me suis souvenue que j’avais arrêté de fumer.

Dehors, je me suis rapprochée d’un groupe de fumeurs pour profiter en toute impunité de leurs fumées. J’ai regardé le ciel nuageux et le clocher qui sonnait ton départ. Et d’un coup, un peu vide de tout, je me suis dit « A quoi bon ? A quoi bon tout ça si ça doit se terminer dans une boite avec le cœur froissé ? ». J’ai ressorti la feuille de ma poche, celle que tu m’avais offerte lors de notre rencontre il y a quatre ans pour le premier soin : 

lundi 4 septembre 2017

Et ce soir je trinque...





... À toi 💖.

À toi qui m'attendais sur le pas de ta porte tous les jours depuis 4 ans.
À toi qui a fait face avec courage à cette maladie qui te faisait peur.
À toi dont j'ai tenu la main il y a peu, sans te mentir, sans te dire que tout irait mieux.
À toi à qui je vais dire au revoir, pour de bon demain...

Je trinque à toi mon tout-premier-chouchou, mon patient si spécial que je ne sais plus comment qualifier, vraiment.

Et puis le cœur lourd, je trinque à la Vie que tu aimais tant. À celle qui te faisait déboucher des bouteilles de vin avec ces potes dont tu aimais t'entourer, à ce bonheur de t'avoir si souvent trouvé avant le soin dans ton garage auprès de ta bagnole de collection ou autour d'une belle table avec les tiens, les huitres, le vin blanc et cette sauce au beurre blanc que je n'ai jamais su aussi bien faire que toi. À cette vie que tu croquais avec plaisir et que tu avais tellement de peine à quitter.

Je trinque à la Vie des autres, à la vie des tiens, à la mienne aussi que je remercie chaque jour de me permettre de rencontrer des gens comme toi. Tu me manques déjà...

Je suis fière d'être ton infirmière. Même si ce soir j'ai le coeur lourd, même si ce soir je trinque... Laisse moi encore une fois parler de toi au présent, encore une fois, avant demain. Avant que je te dise au revoir, mon patient si spécial...

vendredi 1 septembre 2017

La Réa, pas la Réa !!



- Mais qu'est ce qui vous a fait quitter l'hôpital ?
- La réa !!

C'est sorti aussi net de ma bouche. Pour dire vrai, je pensais répondre quelque chose de plus construit à la journaliste (ce que j'ai fait par la suite) mais le premier mot qui est sorti de ma bouche tenait en 3 pauvres lettres : R.É.A.

Je n'aime pas les cousins (oui les cousins, je sais), les cons, le foie de veau mais si il y a bien une chose que je déteste encore plus, c'est de travailler en réanimation. Et la nuit qui a suivi l'interview, j'ai bossé le temps d'un cauchemar, dans ce service là :

- Pour compenser de ne travailler qu'une semaine sur deux, vous allez travailler en plus en Réa Chirurgie.
- Mais je fais déjà des semaines de 60 heures en libéral c'est quasi un temps plein !

On m'a mis une blouse blanche sur le dos et puis moi, mes crocs et mon angoisse avons commencé à arpenter les longs couloirs de la réa. Des pousses seringues, les lignes à purger, des patients intubés qui ne parlent pas et des collègues qui parlent trop... Des produits à injecter, des calculs de dose à effectuer et moi qui me dit "Je vais finir par tuer quelqu'un si je me trompe !".

La peur d'avouer que je suis dyscalculique parce j'ai peur qu'on me retire mon diplôme d'infirmière pour dangerosité. C'est possible, dis, qu'on me retire mon diplôme parce que mon cerveau bug devant un chiffre ? C'est possible dis, d'être un danger pour les maths et une bonne infirmière quand même ? J'ai longtemps cru que j'étais juste bête, ne me dite pas maintenant que je suis dangereuse...

J'ai jamais voulu travailler en Réa moi, virez-moi cette blouse blanche et laissez moi retourner auprès de mes gens dans mon petit village. Loin des blouses, des bips, loin du stress des grands couloirs, des maths et de ces services dans lesquels je me suis sentie si bête...

J'ai fini par me réveiller, trempée. La peur aux tripes, l'angoisse au cœur... Je ne suis peut être pas douée en maths mais je suis sûr que la réa n'est pas pour moi, aussi sûrement que 1et 1 font 3.

mardi 29 août 2017

Couper du travail et essuyer sa bouche.




- Et sinon, vous arrivez à couper avec votre travail pendant votre repos ?

C'était une question au milieu d'autres que la journaliste m'avait posé pour étayer son interview. J'ai posé ma tasse de thé, un peu embêtée par la question à laquelle je n'avais pas vraiment de réponse. Enfin si, j'en avais bien une mais je crois qu'elle ne me plaisait pas vraiment : "Je ne suis pas sûr de réussir à couper en fait...".

- ... Mais bon, continuais-je, c'est quoi en fait la définition de "couper avec le travail" ? 

D'un coup, je me suis demandée si "couper avec le travail" c'était de ne plus penser du tout à mon métier d'infirmière libérale. Ne plus y penser alors que j'avais profité de mon jour de repos pour aller déposer mes chèques à la banque en emmenant mes filles chez le coiffeur. Ne plus se prendre la tête en pensant aux papiers à traiter pour le cabinet alors que mon agenda qui pèse trois kilo et demi, gît, là sur ma table basse depuis le début de mes vacances et que j'intime mentalement d'aller se faire voir à chaque fois qu'il attire mon attention. Couper et ne pas se dire "Tiens, elle est belle la Marjolaine de Marie-Jo' cette année !" ou "Le Fushsia de Monique est superbe !" à chaque fois que je me promène dans mon jardin et que je croise les plantes accompagnées d'un écriteau aux noms de mes patients-donnateurs. Et je ne parle pas du cageot de prunes transformées en confitures offert par celui à qui j'ai injecté le dernier anticoagulant, des potirons, des tomates, des salades ou des chocolats offerts par ceux que je soigne lorsqu'ils me raccompagnent à la porte de chez eux et qui égayent les goûters et les autres repas de toute ma famille...

Couper avec le travail... Ne plus penser à ceux que je soigne et essuyer la bouche de ma fille... "Lapin ! Lapin Maman !". De son petit doigt potelé elle me montre le lapin brodé sur son bavoir rose pâle. Elle l'adore et moi tellement plus encore... 

Couper avec le travail... Et ne plus penser qu'au goûter de ma fille et puis d'un coup repenser à elle avec ce sentiment qui tape pile dans les pensées émues et joyeuses, tu sais ce ressenti bizarre qui te fait cette petite pointe au cœur lorsque tu repenses à quelqu'un que tu as aimé et perdu. Elle, celle qui est devenue une patiente-bonus, une patiente-chouchou, une patiente-Amie venue tacler sans crier gare cette relation soignant-soigné qu'on veut préserver avec une distance qu'on pense nécessaire. Avec elle, j'ai vécu le bonheur et l'enfer ponctué d'annonces joyeuses et terribles, de grossesse et de cancer, de naissance et de mort, de nausées et de thé avec toi à discuter de rien, de "Bonjour !" et de " A demain !" jusqu'à ce jour où j'ai dû te dire au revoir sans plus jamais repasser la porte de chez toi...

J'ai finit d'essuyer la bouche de ma fille et j'ai repensé à mon retour après mon congé maternité. Des semaines que je ne t'avais pas vu. Tu étais tellement mal et en même temps tellement heureuse de me revoir. Nos tasses de thé étaient posées sur la table basse et je sentais flotter dans ton salon cette odeur de pain grillé et de cire pour meuble caractéristique de cette ambiance cosy que j'aimais tant chez toi. J'étais assise à tes côtés sur le canapé, tes mains entouraient les deux miennes dans lesquelles tu avais déposé un petit cadeau emballé : un joli bavoir rose pâle sur lequel était brodé un lapin.

Couper avec le travail, je ne sais pas faire parce que j'ai l'impression qu'il me fait en partie voire toute entière parfois. Parce que je travaille auprès de personnes qui ont ce magnifique pouvoir de me rendre un peu plus différente chaque jour, et en mieux. Tout me rappelle à ce métier, comment l'oublier... Alors non, je ne sais peut-être pas couper, mais pour être honnête, je ne sais même pas ce que cela veut dire. Je suis heureuse d'être infirmière et je ne le suis pas moins d'être en repos quand bien même je pense à ceux que je n'ai plus, à ceux que je suis en train de perdre et à ceux que je ne connais pas encore mais qui changeront d'une manière ou d'une autre celle que je suis aujourd'hui.

vendredi 18 août 2017

J'ai la trouille.




Cette poignée je la regarde et je n’ose même pas y toucher. C’est con quand on sait combien de poignées de porte mon métier d’infirmière libérale me fait toucher. Il y a les portes qui grincent, celles qu’il faut forcer un peu, celles qui nécessitent un petit coup d’épaule, celles qui s’ouvrent sans trop d’effort, et il y a la tienne. 
Le service est calme et j’entends à peine les soignantes discuter au fond du couloir. J’ai pris une grande inspiration et je me suis avancée le bras tendu pour toucher la poignée, et d’un coup la porte s’est ouverte. Celle qui sortait de ta chambre a ouvert de grands yeux quand elle m’a vu, un peu surprise peut-être de me voir ici, ta mère.


- Oh ! Vous êtes venus le voir ! 

En fait je ne venais pas vraiment te voir, je venais te dire au revoir. Ta mère est tellement belle et triste si tu savais. Elle a toujours cet air de star de cinéma, mais avec aujourd'hui ce côté Deneuve en deuil. Appuyée contre le mur tout près de moi elle me chuchote des mots terribles à entendre de la bouche d’une mère, même quand le fils aurait l'âge d'être grand-père. Mort, enfant, peine, tristesse, et puis Amour aussi et tendresse beaucoup.
Avec ta mère, je reste à discuter de longues minutes de la mort, de la tienne en fait. Elle s’inquiète et se demande comment ça va se passer. Moi je lui explique ce que j’ai vu lorsque je travaillais en soins palliatifs. Je lui explique qu’une fois le corps en souffrance apaisé, il y a comme une prise de conscience de l’inconscient, que l’âme semble dénouer les derniers nœuds d’une existence et que l’esprit semble prendre du recul, un recul sur sa vie :


- La mort, je la vois un peu comme l’ultime lâché prise d’une vie. On peut lâcher prise et sauter à l’élastique, partir à l’autre bout du monde ou tout plaquer et recommencer en mieux, mais je crois que le lâcher prise le plus difficile dans une vie reste celui de devoir quitter la sienne.

- ... Je crois que je lâcherais plus facilement prise sur ma propre vie que sur celle de mon fils…

jeudi 17 août 2017

Dessine-moi un coeur pailleté.



Il y a quelques semaines, je terminais le pansement de main de cette petite gamine par mon rituel "Bon alors, qu'est ce que je te dessine sur ton pansement aujourd'hui ?". C'était tout con, mais ce petit dessin de rien l'aidait à accepter son pansement qu'elle ne supportait plus vraiment.
 
La veille, elle m'avait demandé un bonhomme qui sourit et quelques jours plus tôt c'était un hamster que j'avais dû dessiner dans le creux de sa main. Paye ton défi chaque matin ! Et puis un jour elle m'a regardé et elle m'a dit : "Je veux un coeur avec des paillettes, parce que c'est chouette quand il y a des paillettes 💖 !". J'ai fait au mieux, c'était vraiment moyen mais ma petite patiente était contente, c'était le principal.
 
Et puis l'autre jour en vidant un tiroir de chez moi je suis retombée sur mon scotch rose-pailleté. J'ai repensé à cette petite gamine, à sa main bandée et dans un délire inexpliqué j'ai accroché le rouleau à mon sac à main avec l'idée d'en disperser un peu partout. Depuis, chaque jour je découpe, je colle et je disperse des coeurs pendant ma tournée de soins à chaque fois que le mien prend dur ou quand il s'illumine pendant un soin. Ainsi, je me dis que le lendemain si j'ai un coup de mou je tomberai dessus et je serai pailletée de nouveau.

Et puis qui sait, un passant tombera peut être dessus à son tour et pensera comme ma toute petite patiente que les cœurs c'est décidément plus chouette quand il y a des paillettes ! 😁💖

mardi 15 août 2017

La petite mort.


Rentrer de l'hôpital et la trouver là, au sol dans mon salon, ses plumes dispersées autour d'elle... Maudire mon chat et son instinct aussi.

Ouvrir la porte de ta chambre et te trouver d'un coup si petit et fragile dans ce grand lit d'hôpital. Perdu dans ces draps qui ne sentent pas cet adoucissant qu'adore ta femme, tu sais le "fraîcheur des montagnes" dont tu t'amusais à me dire qu'il te rappelait vos vacances au ski. Et puis maudire la mort, et la vie aussi.

Tenir la fragile mésange encore tiède et souple au creux de ma main, les plumes de ses ailes prêtes à s'ouvrir, mais les yeux clos et les serres fermées.

Reposer ta main sur la couverture, me dire que c'est la dernière fois que je la sentirais aussi chaude sous ma paume et enlever de mon esprit l'image glauque de ta mort qui n'a jamais été aussi proche pourtant.

Être triste de ces Adieu et laisser exprimer mon bonheur ressenti d'avoir eu a te soigner. Ma fierté d'être ton infirmière, sans oser en parler au passé. Tes larmes que je te demande de ne pas verser en te rappelant le sourire que tu as eu en me voyant te tenir la main à ton réveil.

Tenir la presque mort sous ma paume et la bien réelle au creux de mes deux mains jointes. Deux morts fragiles qui a l'échelle de la Vie importe tellement ou tellement peu finalement...

Mon métier je l'aime et je le déteste tellement dans ces moments là, quand il me donne au fond de la gorge des goût de petites morts, des goûts de plus jamais, d'au revoir qu'on ne sait jamais conclure autrement qu'en reposant sa main sur la couverture.

lundi 14 août 2017

C'est l'infirmière, le livre !





Gros YOUPI et danse de la joie ! 💖

C'est avec une immense joie, qu'est ce que je dis : "une euphorie incontrôlable avec le coeur qui bat fort toussa toussa" que je vous annonce la sortie de mon livre "Bonjour, c'est l'infirmière !" ! 😁

Ralala, comment ça a été dur de ne rien vous dire alors que je planche dessus depuis la fin de l'année dernière ! Depuis qu'une éditrice de Flammarion m'a contacté pour me proposer de sortir un livre chez eux. Flammarion quoi !! 😁 (Gniiiii-débile dans la voix !)

Depuis hier, mon livre est en impression et il sera disponible dans vos librairies fin septembre ! (Re-Gniiiiii-fierté-flippée cette fois). Il me tarde de le sentir, tu sais l'odeur fabuleuse du livre neuf ! C'est con mais je crois que c'est uniquement à ce moment que je capterai que j'ai vraiment écrit un bouquin !

Et puis, je me dis que vous aussi vous allez le sentir, trouver qu'il sent bon peut-être. Que vous allez le lire sûrement aussi... Et j'ai peur. Parce que je sais peut être écrire des brèves, mais un livre, c'est autre chose...

Mais j'ai tellement hâte de le savoir entre vos mains ! 😁💜
.
Il y aura une dédicace-rencontre de prévue à Angers, ma ville (Anjou-Powa ! 💖) et peut-être que d'autres suivront, ça dépendra de vous et de vos demandes auprès de vos libraires !

Je vous embrasse et je vous remercie pour tout, parce que sans vous, ce livre n'existerait tout simplement pas ! ME R C I mes Chatons-Mignons !! 💜💚💙💛 (ça commence à faire beaucoup de cœurs...)

Je vous tiens au jus pour la suite (couverture, date de sortie, médiatisation, moi sur Paris face aux médias, toussa toussa !) Bisou 😙 et un dernier Gniiii-💙 pour la route !

mardi 1 août 2017

Quatre poires et des soucis.





- Tiens ! R’garde donc ce que j’ai bêché pour toi ce matin !


Une motte de soucis dans un sac à légume préparée pour la toute dernière fois que je venais la voir. J’étais ravie parce que je lorgnais sur le parterre de fleurs jaunes de ma vieille patiente depuis des semaines, depuis qu’elle m’avait appelé un dimanche pour me dire :


- Charline, tu pourrais passer me voir s’il te plait ? J’essaie de soigner ma jambe toute seule depuis des jours, mais je sens bien que ça ne va pas !


Une large plaie découpait son tibia tout maigre mais la vieille dame tenace n’avait pas voulu déranger le médecin pour si peu. Et puis le « si peu » s’était transformé en quelque chose de douloureux, rouge et infecté et nécessitait maintenant un passage chez le médecin et ma visite régulière à son domicile pour refaire ses pansements. Mes gants, mes pinces et mes mains pour m’occuper de cette toute petite vieille dame de 93 ans qui vivait seule au milieu de ses fleurs et qui s’en voulait presque de me déranger pour un accident qu’elle trouvait bien bête. 
La bêche c’était pourtant son truc à elle. Tous les matins après avoir bu son café, elle partait dans son jardin pour gratter ses parterres, biner son potager et puis l’autre jour, c’était sur son tibia qu’elle avait ripé : 


- Tu parles d’une histoire toi, se bêcher la jambe au lieu de bêcher la terre, qu’elle idée !

dimanche 30 juillet 2017

Les laisser, un peu.




- R'garde Maman, c'est trop drôle !!

Les DVD Pixar et les gosses ça marchent toujours, surtout en fin de journée quand tu veux être tranquille... 😊

J'ai loupé la vanne soit disant drôle du film que regardaient mes poussins parce que mes yeux étaient rivés sur mes boots que j'étais en train de lasser. Je devais retourner bosser, repartir soigner mes gens.
Certains aiment travailler le dimanche pour sa tranquillité, moi je préfère rester chez moi, tranquillement auprès des miens, auprès de mes poussins... Ce soir j'ai la flemme, j'ai pas envie de les quitter.


- La tournée est légère, je ne rentre pas tard mes biches. Je vous laisse, un peu. Pas longtemps...

dimanche 23 juillet 2017

L’infirmière qui valait 5 points.




- Ah, mais vous êtes partout ! Je vais en gagner des points cette semaine !

Elle avait bonne mine. La dame tout juste septuagénaire portait de jolis vêtements qui lui allaient bien, elle avait le teint plus clair et ce sourire discret bien plus présent que la toute première fois que je l’ai vu, il y a plusieurs mois. C’était semble-t-il l’amie d’une de mes patientes dont les pansements d’ulcères coulaient au point de nécessiter une réfection quotidienne. 

Celle qui avait bonne mine et qui comptait les points était une dame que je voyais tous les trimestres pour des prises de sang. Toujours chez elle, jamais à mon cabinet. Parce que chez elle ça sentait le café et le cocon rassurant d’une maison vide qui avait abrité la vie de toute une famille. Parce que venir au cabinet voulait dire affronter le dehors, le regard de ceux qui ne vous calculent pas et les sourires des voisins qu’elle ne connait plus.
Elle avait accompagné pendant de nombreuses années son mari dont la maladie chronique et dégénérative ressemblait à un carcan, une grosse carapace qui avait enfermé en dedans lui l’homme qu’elle ne reconnaissait plus vraiment. Un Alzheimer bien cogné qui avait creusé d’énormes trous dans le passé en laissant ma patiente vivre le présent aux côtés d’un homme qui n’avait plus d’identité.  Le couple avait fini par se couper du monde en ne partageant plus rien de la vie du dehors. Par peur des regards, par fatigue de devoir toujours tout réexpliquer à ceux qui ne comprendront jamais et par pudeur de ne pas étaler aux yeux de tous l’état de santé d’un homme qui ne la reconnaissait plus et qui se demandait qui était cette femme qui disait être la sienne.


- Ça fait dix ans, et pourtant c’est comme si c’était hier. J’ai l’impression que je vais crever dans cette maison. Elle m’étouffe mais j’ai peur d’en sortir. Je ne sais plus comment faire avec les autres… 

La dépression c’est terrible. C’est comme être au fond d'un puits aux parois toutes lisses. On se dit qu’on va finir par retrouver la surface mais il n’y a rien pour s’agripper et aider à remonter. Son puits à elle était très profond, mais genre vraiment profond, au point qu’une fois elle avait décidé de ne plus relever la tête en cherchant la lumière et avait préféré crever au fond de son trou, avec des cachetons dans une main et de l’alcool dans l’autre. Elle avait appelé son médecin et je m’étais retrouvé chez elle le lendemain avec ma mallette de soins, ma boite à prise de sang et mon échelle de corde sous le bras.

Tout en préparant mon matériel nous avons parlé de son mari, de ces dix années qui avaient suivi sa mort et qui l’avaient fait descendre aussi bas. Et puis j’ai serré le garrot et nous avons parlé de sa déco et de ce tableau magnifique et coloré au-dessus du canapé. J’ai alcoolisé le pli de son coude avec un coton et nous avons parlé de l’odeur de café et je lui ai demandé ce qu’elle allait manger pour l’accompagner. J’ai piqué et j’ai parlé du chat qui dormait sur la chaise tout près d’elle et qui préférait habituellement le jardin à l’obscurité de sa maison. Sentant qu’elle se renfermait j’ai commencé à enfiler les tubes dans le corps de pompe et je lui ai parlé de son jardin. De sa sauge en fleur, magnifique et rose dans l’entrée et du Lila des Indes devant sa porte et qui aurait besoin d’être taillé si elle voulait qu’il refleurisse :


- Cet arbre-là ? Je ne savais pas comment ça s’appelait ! Mon mari l’a planté quand nous avons acheté la maison…

La nostalgie l’a reprise. Pour tailler l’arbre, il fallait sortir… Pour sortir, il fallait qu’elle en ai l’envie… L’envie de sortir du fond de son puits aux parois toutes lisses.
Alors que j’étais en train de prélever mon dernier tube, j’ai décidé de sortir mon échelle de corde. Une échelle aussi longue que la distance qui la séparait de la surface et je lui ai dit « Je vaux 5 points ». Elle a relevé son visage vers moi en relevant les sourcils sans vraiment comprendre ce que je venais de dire :


- Disons que vous allez passer un contrat avec vous-même. Il n’y a rien à gagner à part l’immense satisfaction d’avoir réussi toute seule à remonter à la surface via l’échelle de corde que je viens tout juste de balancer jusqu’au fond de votre trou. 

samedi 22 juillet 2017

Quand je regarde ma fille jouer...



... Je me dis que c'est bien une fille d'infirmière ! 😊

En ce moment, j'ai un tout petit gamin que je vois plusieurs fois dans la semaine pour des pansements. A chaque fin de soin, je lui mets la pince kocher et la pince à disséquer en plastique du set de pansement dans un petite compresse. C'est son "Cadeau du courageux " pour le remercier pour sa patience pendant son pansement douloureux. Je crois qu'il va finir par avoir une sacrée collection de pinces d'ici la fin de sa série de soins !

En attendant, à la maison mes puces ont des pinces kocher et des seringues pour soigner ou torturer _ des fois on en est pas loin_  leurs jouets !

vendredi 21 juillet 2017

Oh punaise!



- Ah ! Je me demandais si c'était bien vous qui veniez de vous garer devant chez moi !

Mon patient-plus-trop-patient s'est approché doucement de moi, curieux de comprendre pourquoi je me tenais accroupi devant ses fleurs avec mon portable à la main.

Une punaise des céréales (de la famille des Pentatomes), voilà pourquoi j'avais mis du temps à sonner à sa porte ! Mais j'avoue, ce n'était pas complètement vrai : j'étais accroupie avec une enveloppe bleue de la CPAM pris à la va vite dans mon agenda et le ciseau de mon sac à main pour piquer à mon patients des graines de Scabieuse (La couleur pourpre que je n'ai pas dans mon jardin) qui avait grainées sur le bitume devant chez lui... Et puis je l'ai vu : ma jolie punaise des céréales !

J'étais tombée sur la même il y a quelques jours accrochée à l'écorce de mon châtaignier. Mais elle tournait tout autour, pas décidée à se laisser photographier (sûrement une juvénile, les plus vieilles sont un peu plus dociles). Je ne pouvais pas louper cette nouvelle occasion à deux pas de la porte de celui qui attendait son injection.

Pour l'histoire, mon patient m'a avoué détester ces insectes mais quand je lui ai montré la photo il a avoué qu'elle était vraiment toute belle cette punaise et qu'il avait bien fait de ne pas désherber son parterre... Et moi, j'ai le sentiment d'avoir doublement gagné ma journée !

➡ Du-Bonheur-Pour-Ton-Coeur : si tu aimes les photos de punaise, de fleurs, de couchers de soleil et de nature toussa toussa je t'invite à me rejoindre sur mon compte Instagram en cliquant : ici !

mardi 18 juillet 2017

Sur ma joue.



35 degrés dehors, étouffant à l'intérieur. Je roulais la fenêtre ouverte en me rendant chez cette patiente qui m'avait donné du fil à retordre la veille avec sa perf' et j'avoue que je m'y rendais sans trop d'envie.

Je longeais un champ de blé pas encore moissonné et l'air par la fenêtre venait frapper sur ma joue des mèches de cheveux détachés de ma queue de cheval. Et puis, une mèche semble-t-il un peu plus forte est venue toucher ma pommette. Par réflexe j'ai porté mes doigts à mon visage et j'ai senti quelque chose de fragile coincé dans mes cheveux. Sur mon index, il y avait des pigments colorés et nacrés comme du fard à paupière.

Un papillon avait terminé sa course sur ma joue avant de trouver refuge dans une mèche de mes cheveux.

Je l'ai surveillé du coin de l'œil dans le rétroviseur jusqu'à mon arrivée chez ma patiente avant de le décrocher délicatement et de le déposer au creux de ma main. Il n'a pas survécu et il est mort là, comme ça au contact de ma peau... .
Je l'ai déposé dans le parterre de fleur à l'entrée de la maison de ma patiente. Ce parterre devant lequel son mari s'agenouille pendant des heures parce que la maladie de sa femme rend l'intérieur de sa maison un peu plus pesant chaque jour.

Je me dis que si il tombe dessus ce soir en grattant ses fleurs il se dira que la Vie est belle et fragile... Ou peut être qu'il ne verra rien et qu'il le jettera un peu plus loin parce que rien n'importe plus que ce qui se joue entre les murs de sa propre maison...

lundi 17 juillet 2017

Trois gorgées de bière et deux morceaux de fromage.



- Une bière ! Je te promets, j'étais à deux doigts de lui demander de me payer une bière !

J'étais en plein débriefe concernant la fin de ma tournée du soir avec mon conjoint. C'était notre petit rituel sur la terrasse et j'avoue que ce soir là, j'avais bien besoin de bière et de fromage de savoie pour décrocher de la tournée du soir qui avait débutée comme ça :


- Mais genre " maintenant maintenant " ou ça peut attendre la fin de ma tournée de soins ?

A priori ça pouvait attendre. Garée à l'arrache sur un trottoir, j'ai pris une fiche de route pour noter les informations de ma nouvelle patiente fraichement sortie de l'hôpital et dont les soins débutaient ce soir :

" Intramusculaire d'antibio' + sous cut' d'anticoagulant 
+ prise de sang x2 cette semaine + 
Pose de bandes de contention : tous les jours pendant 10 jours "


Cette série d'actes allait me forcer à solder une nouvelle fois mes soins étant donné que je ne pouvais pas facturer plus d'un soin et demi. J'ai profité de l'avoir au téléphone pour aborder avec ma patiente le fait que la pose de ses bandes de contention n'allaient pas lui être remboursé par la sécu' :

- Ah bon ? Mais j'ai pourtant une ordonnance de l'angiologue ! (grand classique du médecin non formé à la nomenclature...)

" C'est que la sécu refuse d'inclure la pose de bandes de contention dans la nomenclature qui nous permet de facturer nos soins. Je peux vous les poser, je suis formée pour, mais ça vous sera facturé non remboursé. C'est nul, je sais et ça m'énerve je vous le promet, mais..."

Mon téléphone a bipé, j'ai coupé court en promettant de passer la voir au plus tôt pour débuter ses soins et j'ai pris l'appel d'une patiente que j'avais perfusé le matin-même :

- Votre perfusion s'est... Déperfusée ?

J'ai rajouté "Arf !" mais dans ma tête ça sonnait "Fait chier !" et je lui ai répondu que je venais au plus vite. J'ai fait un soin rapide qui était sur la route et puis avant d'entrer chez ma patiente rebelle-de-la-perf j'ai envoyé un texto à ma nourrice pour prévenir que ma mère viendrait chercher mes filles, retard oblige. J'ai constaté le cathéter déperfusé, j'ai re-préparé une perf', j'ai repiqué et reperfusé en les quittant d'un joyeux "Si je dois repasser tout à l'heure, vous me préparez l'apéro !" avant de refermer leur maison. 30 minutes de retard.

J'ai continué ma route pour me garer devant chez ma nouvelle patiente non prévue. On a rediscuté de la pose des bandes de contention : elle acceptait de payer la pose tout en admettant que c'était con, pour elle et pour moi que la nomenclature ne soit pas mieux adaptée. Je n'ai pas pu la contredire et j'aurais adoré avec la Ministre de la Santé sous un bras et le grand patron de la Sécu sous l'autre..

Je suis repartie de chez elle au ralenti, un peu fatiguée. Ce premier jour de reprise prenait fin et pourtant la fin de ma tournée me semblait loin, mais loin ! Encore 18 jours... Les vacances semblaient bien loin d'un coup.

J'ai retraversé deux communes pour me rendre chez ma dernière patiente, ma grognon-chronique. Toujours de mauvaise humeur, un peu-beaucoup alcoolique, toujours en colère contre la vie, franchement démente, et ce soir... Complètement imbibée d'alcool, jusque dans son lit qu'elle avait trempée d'urines. 
Il faisait chaud elle avait bu, mais pas de l'eau. Elle, ce qu'elle aimait c'était le vin rouge, celui qui tâche ses robes à fleurs. Ma patiente était perdue de ne plus savoir si c'était la fin de journée ou le matin et j’ai maudit le soleil qui la perturbait autant les soirs d'été. Elle était agacée de me voir arriver en retard et j'ai maudit sa démence-alcoolisée qui me reprochait mes avances, mes retards et peut-être ma présence tout court. Moyennant négociation, j'ai réussi à la mettre au propre et je l'ai quitté en pleine guerre contre les mouches qui envahissaient toute l'année cette maison qui sentait l'urine de chat et la pâté pour son vieux chat roux.

Déjà 45 minutes de retard, j'avais envie de rentrer bisouiller mes filles pour bien clôturer ma journée avant qu'elles aillent se coucher et puis mon téléphone a sonné :

- Devinez quoi... Qu'est ce que vous aimez boire à l'apéro ? ... Je me suis re-redéperfusée.

Oui, débriefer de tout ça valait bien trois gorgées de bière et deux morceaux de fromages.

vendredi 14 juillet 2017

Se former pendant la sieste.



...Et tenter de rester concentrée.

J'ai une formation obligatoire de 7h à boucler absolument avant... Demain !
Donc pas le choix, je profite de la sieste de ma plus petite pour me remettre le nez dans les cours de cardio' afin de boucler ma formation sur la prise en charge des anticoagulants.

C'est comme à l'époque de l'IFSI, sauf que les sièges mous en faux cuir déchirés de l'amphi sont remplacés par mon canapé supra-confortable, que mes potes-voisines-confidentes-pendant-les-heures-de-cours ont été remplacé par ma fille et que l'écran géant à la qualité médiocre sur lequel on ne voyait rien a été remplacé par mon PC. Mon ordinateur et son lot de sites saboteurs de motivation.

Bilan, je n'ai pas avancé des masses sur ma formation. J'ai quand même appris que le coeur battait 100 000 fois par jour, qu'il pompait 8 litres par minute et que tous les vaisseaux (gros et petits) de l'humain mis bout à bout permettraient de faire 2 fois et demi le tour de la terre. Et ouais ! J'ai aussi appris qu'il y avait des soldes de ouf qui me permettraient de faire deux fois et demi le tour de mon salon en sautillant de joie.

Conclusion, le coeur est un organe fascinant et j'ai acheté une paire de baskets avec des paillettes et ça c'est grave chouette !! 💖

mercredi 12 juillet 2017

Faire un chèque.



... À contre-coeur 😉

A chaque fois que je dois payer une prune ou quelque chose qui ne me fait pas plaisir je mets à la place du lieu d'habitation "À... Contre-coeur" (une fois j'ai même noté "À... lors que je ne roulais même pas vite !!" Pour payer un petit excès de vitesse ^^ )

Pour les chèques-cadeau-de-noël-que-tu-sais-pas-quoi-acheter je note "À...vec Plaisir ♡" (avec un cœur ouais, les cœurs ça marche aussi ^^).

Je ne sais pas où se trouve ce fameux lieu "À... Contre-coeur", mais je peux te dire qu'il a hébergé pas mal de mes chèques et que je ne suis pas prête d'y passer mes vacances !

Maintenant je vais "à Contre cœur" partir à la recherche de la vraie caisse de ma patiente et je sens que ça ne va pas se faire "Avec plaisir".

vendredi 7 juillet 2017

Le petit signe du jour.



Un papillon au creux de la main et un accompagnement de fin de vie express.

Tout à l'heure, alors que j'étais en train d'ouvrir le coffre de ma voiture pour y fourrer ma mallette de soins, un joli papillon a volé autour de moi. Un beau noir et blanc, un Demi-Deuil, j'en ai plein mon jardin.

Il s'est posé au sol, tout près de ma chaussure. Il battait des ailes au soleil, un peu mal en point peut être. Je l'ai pris délicatement pensant le mettre en sécurité un peu plus loin, de peur qu'il ne se fasse écraser. Je l'ai mis dans le creux de ma main et je l'ai regardé... Les yeux d'un papillon sont noirs et ronds, et sont entourés d'un petit velours foncé. C'est beau.

Le Demi-Deuil s'est tourné sur le côté en refermant ses ailes au dessus de son dos, il a replié ses pattes dessous son corps. Et il est mort. Là, comme ça. Au creux de ma main. Mort.

C'est con, mais ça m'a fait bizarre. Je me suis demandée pourquoi ce papillon avait choisi de tourner autour de ma tête pour battre une dernière fois des ailes et pourquoi il s'était éteint au creux de ma main.

La Vie est étonnante des fois

mercredi 5 juillet 2017

Soirée comptabilité : You-pi.



Chouette.

J'applaudirais bien des deux mains, mais j'ai un relevé de compte sans justificatif dans l'une et une bière dans l'autre. 😒

J'ai ma compta pro' à préparer pour mon comptable plus celle du cabinet et de la SCM rattachée... Voilà le genre de soirée qui me fait regretter le salariat. .
Deux fois par an, mon comptable me laisse un message sur mon répondeur sur un ton aimable / agacé / fatigué (rayer les mentions inutiles, ou pas) pour que je lui rende "au plus vite" ma compta'...

Deux fois par an, j'ai la flemme. Mais genre balaise la flemme, et du coup je m'y prends au dernier moment. Enfin "on" s'y prend au dernier moment. Oui parce que mon homme étant lui aussi en libéral, et ayant lui aussi une belle grosse flemme, il a droit également à sa bière. On se motive comme on peut (en s'alcoolisant oui... Mais je mange de la salade !!)

Paye tes soirées de couple. Je crois qu'on a rien trouvé de mieux comme contraceptif...

Allez à la votre ! (Pour les amateurs de bière : la IPA c'est du bonheur pur-malté )

lundi 3 juillet 2017

Soyez courageuse Madame… Et démerdez-vous.







- Tu veux du sucre ou du miel dans ton thé ?


Elle a versé l’eau chaude dans ma tasse et s’est assise en face de moi en remettant une mèche de cheveux derrière son oreille. Les coudes appuyés sur le bord de la table, elle se réchauffait les mains en entourant de ses paumes sa tasse de café chaud. Elle m’est apparu toute petite d’un coup, et fatiguée. Non, épuisée. Depuis que son mari était hospitalisé, elle soufflait un peu, même si sa pudeur lui interdisait de le confier. Je savais que les derniers jours avaient été difficiles pour elle et je profitais de la fin de ma tournée pour passer prendre de ses nouvelles :


- C’est pas bien ce qu’ils ont fait…


« Ils » c’étaient les médecins de l’hôpital. Elle a détourné les yeux vers son chat qui se frottait contre le pied de la table. Elle avait dit ces quelques mots avec une voix douce, presque susurrée par l’épuisement. Accompagner son conjoint vers la fin de son existence, ce n’est pas rien. C’est un peu comme si ta vie à toi tout entière était en pause. Comme si l’espace-temps qui entourait la maison importait peu alors que, pour être honnête, tu lui en veux tellement à ce putain de temps. 
A ces minutes terribles où, impuissante, tu le regardes vomir. A ces heures interminables dans ton lit où tu fixes le noir de ton plafond, et que tu attends. A ces nuits blanches où tu tends l’oreille en te disant que c’est peut-être fini, et puis tu l’entends et tu te dis qu’il va encore falloir attendre... Ce putain de temps qui te fais culpabiliser de trouver ça long. Le temps qui distend les sentiments en les rendant fins, forts et fragiles à la fois. Le temps, dont tu manques pour profiter de lui, alors même que tu l'implores de passer plus vite, parce que tu n’en peux plus… 

Elle a caressé la tête de son chat qui avait fini par s’installer sur ses genoux.

J’ai soufflé machinalement sur mon thé qui n’était même plus chaud et en relevant les yeux sur elle, je me suis dit que c'était du gâchis. Parce que la maladie leur avait un peu voler la fin de leur vie de couple. Parce qu'elle leur avait épuisé le peu de temps qu'ils avaient à vivre à deux. A l'hôpital, ils n'avaient pas l'air de comprendre ce que c'était que de voir son mari dépérir dans ce lit dans lequel ils ont surement adoré faire l'amour et dans lequel ils ont certainement peur d'attendre la mort. A deux. Toujours.

Depuis les dernières transmissions de mon collègue, j’étais dans une colère dont j’avais du mal à me séparer, solidement accrochée à ma couenne de soignante car engluée dans une tristesse que j’avais du mal à cacher. Celle de voir partir un des patients auquel je tenais le plus…
 

-  Ils l’ont ramené à la maison alors que je les implorais de le garder. Les ambulanciers sont arrivés et on m’a dit qu’il fallait que je fasse preuve de courage pour les prochains jours...


samedi 1 juillet 2017

Les pieds en l'air et la tête ailleurs.



J'ai cru que j'allais louper le coucher de ce soir. La tournée de fin de journée, je ne la sentais pas... La tête ailleurs, auprès de lui, auprès de toi. Pas facile de voir partir un patient qu'on adore... Et puis finalement, je suis arrivée à temps à la maison. En retard, mais suffisamment à l'heure pour voir mes puces se coucher... Les voir partir la tête déjà dans les rêves et moi, la tête toujours un peu ailleurs...

Mais ces moments avec mes filles, je ne les échangerais pour rien au monde tellement ils sont précieux. De la paillette par conteneurs entiers pour me ravitailler quand j'en ai besoin, comme ce soir...

Des " bisou, encore un bisou !" et moi qui me demande comment tu vas dormir dans ta chambre d'hôpital ce soir. Mes doigts filant entre leurs cheveux fins et sur leurs fronts tout chauds et mes pensées vers tes proches qui doivent être au plus mal. Les portes de leurs chambres qui se referment et je la tienne que j'ai refermé et que je n'ouvrirais plus...

J'ai parfois l'impression d'être une demi-mère et une demi-soignante, dans un être tout entier et souvent pommé dans ce qui l'est juste de faire, de dire ou de ne pas montrer...

Ce soir, j'ai le coeur en vrac, je ne sais plus vraiment où j'en suis et je suis triste et en colère, si tu savais... Mais j'ai couché mes poussins et c'est déjà pas mal...

lundi 26 juin 2017

Le temps du repos.




La tête dans les papiers et les mains dans mes cheveux longs j'en ai marre de tous cette paperasse qui n'en finit pas...

Et en face de moi j'ai ça, enfin "Elle", Tina, et d'un coup, je n'ai plus du tout envie de me prendre la tête avec mes papiers... Tina s'en fiche pas mal de mes facturations tant qu'elle a des croquettes, Tina se fiche pas mal que je bosse même les jours de repos tant qu'elle peut sortir faire un tour, Tina se fiche bien que je sois claquée tant qu'elle peut se reposer...
Les chats, ces démotivateurs puissance 10 000... 
😡😘

dimanche 25 juin 2017

Love sunday.




- Les filles vous venez ? On va nourrir les poissons !

Les mains sont potelés et leurs cous ont ce petit pli et le duvet fin des bébés que je ne suis pas pressée de les voir quitter...

Alors qu'elle secouait sa main au dessus du bassin pour faire tomber la nourriture à poisson dans l'eau, ma grande m'a dit : "Tu pars au travaille après maman?"

Elle me le demande souvent, elle est un peu perdu dans mon roulement ma puce. J'ai caressé son cou tout doux, lui ai dit que cette semaine c'était repos et je lui ai encore donné un peu de nourriture pour les poissons dans le creux de sa main...

Un dimanche sur deux pour profiter d'elles deux, ça peut paraître peu... Alors profitons en ! J'aime tellement les dimanches-repos près du bassin 😊💙

vendredi 23 juin 2017

Une maman infirmière, c'est mieux que rien.






Hier je discutais avec une journaliste et on abordait l'aspect familial dans ma profession :

- Est ce que vous avez parfois le sentiment qu'il vous est difficile de concilier votre travail et votre vie familiale ?

Je n'ai pas répondu tout de suite parce que je connaissais la réponse et j'avoue qu'elle ne me plaisait pas. Pendant mon roulement, mes filles voient plus leur nourrice que moi, quand je rentre le soir je suis fatiguée et pas toujours patiente, je loupe les réveils et puis parfois les couchers, les dessins de l'école, les kermesses et certains noël aussi...
J'ai répondu à la journaliste que je m'étais souvent demandé si ce ne serait pas mieux de ne pas être une Maman-infirmière. Je le pensais sincèrement... Sauf ce soir.

Au moment du coucher, mon poussin-cascadeur s'est pris une porte, genre sans l'ouvrir avant. J'ai juste entendu mon conjoint me dire "Elle s'est ouverte le front, il faut des strips !"

J'ai couru à ma voiture prendre ma mallette de soins, remonter les marches, SHA, compresses, biseptine, stéristrips, bisou-calin, pansement-special-courageux (que je mets également à mes patients les plus vieux 😁) re-bisou-calin.

Mon ainée regardait ses parents soigner sa petite soeur qui était fière d'avoir un pansement de pirate. Mon grand-poussin regardait l'intérieur de ma mallette et elle avait ce regard plein de paillettes. Ce même regard qu'elle a quand on va dans un magasin acheter un jouet pour ses copines.

Magique ! 
Une Maman-infirmière, c'est mieux que rien finalement 
😁

jeudi 22 juin 2017

J'ai toujours mal au crâne mais j'ai mangé du Crunch.



Ce matin, je suis passée au cabinet pour mettre la main sur une boîte de paracétamol. L'impression d'avoir un t'as d'aiguilles au fond de la gorge, une serpillière dans les sinus et un boulet accroché à chacune de mes jambes. Malade, j'étais malade p*tain de clim' que j'ai osé mettre juste avant hier pour m'aider à supporter cette averse orageuse sous les 38°c extérieurs qui te donnent l'impression d'être dans une cabine de hammam version "j'ai un jean, des boots et un maquillage de juncky défoncée aux huiles essentielles qui ne marchent même pas !!".
 
J'ai posé mon sac à main à l'arrache dans mon cabinet et j'ai ouvert le tiroir : Bingo ! Du paracétamol et comble du bonheur : du Crunch, vestige de mon étudiante qui devait craindre que je saque son bilan de stage si je n'étais pas convenablement chocolatée.
Mais avant d'avaler mon cacheton, je me suis rappelé que je devais photocopier cette ordonnance, et puis appeler le labo pour qu'ils viennent chercher les boîtes de bilan sang, prendre des sets à pansements pour la voiture, rappeler le labo pour récupérer les résultats un bilan et filer parce que j'étais à la bourre...
 
En claquant la porte de ma voiture je me suis rendu compte que j'avais oublié le comprimé sur la paillasse du cabinet. Mais j'avais encore le goût de Crunch dans la bouche... J'ai mal à la tête, mais je suis hyper-chocolatée, ça devrait aller 😁
 
"Le chocolat c'est la vie, la pharyngite c'est l'ennui !"