mardi 14 mars 2017

Les tout petits détails de la vie... Qui te la font voir avec des coeurs dans les yeux.





Ce matin, j'avais ce sacré coup de barre qui m'a fait regretter d'avoir à peine pris le temps de petit-déjeuner. J'étais un peu bougonne parce que je sortais de chez cette patiente-grognon-chronique dont le mal être colle à la couenne surtout les jours où ta peau d'infirmière semble fine et fragile.

Et puis je suis tombée sur Toi. Sur la marche devant chez ma patiente qui ne souriait même pas du beau temps qu'elle pestait depuis des mois de ne pas voir.

C'est con tu me diras, parce que ce n'est qu'un tout petit-escargot-mignon mais moi, ça m'a fait ma matinée en me permettant de voir la vie avec des cœurs dans les yeux ! Comme quoi, il ne me faut parfois pas grand chose.

Belle journée ensoleillée mes chatons !

lundi 13 mars 2017

Et puis le mimosa.




- Ah. Bon bah… Merci alors.


Ce n’était pas vraiment la réponse à laquelle je m’attendais. De mes mains, j’ai resserré le tour de cou en laine qui me protégeais de la fraicheur de la pluie. J’ai souhaité à la jeune femme une belle journée et je suis partie. En refermant le portail de fer, j’ai relevé les yeux vers ta maison, la porte était déjà refermée. Ton « allez, au revoir, à la prochaine hein ! » habituel quand tu me regardais amusée pester contre le loquet de ton portillon me manquait. Plus que je ne l’aurais pensé.

J’avais terminé ma tournée de soins par ta maison. Depuis deux jours, les volets étaient à nouveau ouverts. Depuis deux jours, je me disais qu’il faudrait que je m’arrête pour saluer tes enfants qui semblaient être là pour faire le ménage en ouvrant grand les fenêtres. Et puis je passais dans ta rue sans m’arrêter, et puis je me disais que je n’y avais plus ma place, et puis j’ai pensé au mimosa qui était sur mon siège passager et je me suis dit que je devrais plutôt le déposer sur ta stèle. Scotché avec un bout de sparadrap en prenant soin d’en mettre un aussi pour ton mari qui me manquait aussi, souvent.


- Trop tôt.


Ces deux mots, ta fille n’a eu de cesse de les répéter à chacune de ses phrases la dernière fois que je l’ai vu. « Trop tôt », pour parler de ton départ. De ces moments qu’elle voudrait encore passer avec toi, de ces confidences sur le canapé que je n’étais pas la seule à aimer partager avec toi. Trop tôt.


Trop tôt comme ces prises de sang que tu me demandais de décaler un peu plus tard pour te laisser le temps de dormir encore un peu. Ta robe de chambre, le bruit de la bouilloire et mon bol déjà près sur la table de ta cuisine un peu trop sombre. Ces moments sacrés d’après le soin où je te montrais sur mon téléphone les photos du coucher de soleil de la veille, de ma petite dernière toujours aussi potelée ou de mon jardin qui te rappelai le tiens dans lequel tu n’allais plus vraiment.


Trop tôt, trop tard, on ne sait plus trop… 


« Trop tard », c’est ce que je me suis dit lorsque je me suis garée devant l’église ce jour-là. Plus personne sur le parvis, tout le monde était déjà entré. J’ai couru sous la pluie en me disant que j’aurais dû me débrouiller pour être à l’heure. Tu vois, je n’étais pas fichue d’être ponctuelle pour tes prises de sang, je ne le suis pas plus pour ton enterrement… Et puis il y avait eu cette patiente et son pansement de méchage fait dans l’angoisse et la douleur d’une plaie béante qui coule et qui fait peur. J’avais pris le temps pour elle en me disant que j’en aurais moins pour toi... J’ai ouvert la grosse porte en bois et je me suis engouffrée rapidement dans l’église avant de me stopper net, devant ton cercueil posé dans l’entrée, à deux mètres de moi.  


Tout le monde était debout, recueilli autour de toi. J’ai voulu me faire discrète et j’ai cherché du regard un coin où me dissimuler parce que je ne voulais pas qu’on me voit. Et puis la foule s’est écartée pour la laisser passer. Ta fille s’est avancée vers moi avec de grands bras ouverts pour me prendre tout contre elle :


- Oh, tu as pu venir. Merci, merci… 

mercredi 8 mars 2017

Coup de gueule infi' #27 : Ne nous oubliez pas.





" (...) Je sais pas ce qu'attendent les politiques, je ne sais pas ce qu'attendent les médias pour vraiment s’intéresser à nous mais il va vraiment falloir qu'ils comprennent quelque chose : c'est que vous ne pouvez pas vous passer de nous. Parce que quand vous venez au monde, c'est entre les mains des soignants que vous venez sur terre, parce que quand vous êtes malades c'est nous que vous avez à vos côtés, quand un de vos proches est en train de terminer ses jours c'est nous qui nous occupons de lui et quand votre vie se terminera, c'est nous que vous aurez à vos côtés."

Comme dit une des nanas qui me suit sur Facebook : "Quand Charline se met derrière l'écran c'est que rien ne va plus vraiment !", du coup voici une vidéo coup-de-gueule.

Une qualité aussi pourrie que les mots sur lesquels j'accroche et le cœur aussi lourd que le manque d'intérêt des médias à notre encontre... Mes chatons, je suis fatiguée et un peu triste aussi. Je n'ai pas eu le cœur à écrire ce soir. Alors j'ai retourné mon téléphone et je lui ai parlé. Comme si je lui parlais à elle, à lui et puis à toi. Parce que je suis épuisée qu'on ne nous entende pas, mais que, malgré tout, parce que j'ai encore envie d'y croire...

lundi 6 mars 2017

Coup de gueule infi' #26 : Le sourire des politiques, la grimace des soignants (Pourquoi je n'irais pas manifester demain)




- Ce petit mail pour prendre de vos nouvelles, j’espère que vous allez bien. Je me demandais si vous aviez l’intention de prendre part à la grève de demain ?


Mes mains étaient posées sur mon clavier et à vrai dire, je ne savais pas quoi répondre au journaliste de l’Obs’. Je regardais mes doigts tendus. J’avais tenté le vernis, sans grand succès. C’était moche, ce n’était pas moi. Je m’étais plus appliqué à vernir les ongles de mes mains aujourd'hui qu’à m’impliquer à lever le poing dans la rue demain. Ce n’était pas moi...

La dernière fois que le journaliste m’a contacté, c’était cet été pour me laisser exprimer un coup de gueule sur le suicide des infirmiers. Je sentais bien que le mec voulait que j’en fasse tout autant pour le mouvement de grève de demain. Et puis rien, pas la niaque. Pas l’envie. B*rdel, j’ai perdu mon âme revancharde on dirait...

Je suis hyper partagée. Voilà ce que je lui ai dit. Mais je n’ai pas été honnête avec lui. Parce que je n’étais pas « partagée », j’étais « toute entière » et sûre de ne pas participer à la grève de demain. Pas envie. Je sais, c'est nul.

J’avais pris part à celle du 8 novembre dernier. J’en avais relayé le mouvement avant, pendant et après cette grève auprès des 20 000 personnes qui me suivaient à l’époque sur Facebook. L’engouement avait été grand et nous avions mis beaucoup d’espoir dedans. Il y avait eu une énergie de dingue, un levier incroyable qui laissait penser qu’à nous toutes perdues dans nos cabinets de libérales, nous étions capable de nous fédérer pour nous faire entendre, toutes ensemble et d'une seule voix en même temps. C'était beau si tu avais vu ça. Et puis nous nous sommes fait « Trumpisé » par les élections présidentielles américaines du lendemain.

Peu d’échos dans les médias. Jusque dans le magazine de la santé de France 5 qui ne nous avait offert que 2min d’un reportage contre 9 pour la politique de santé de Trump… Dégoutée…

Du coup, j’avoue, aujourd’hui je suis défaitiste. Et je m’en suis presque excusée auprès du journaliste. Ce n’est pas comme ça que les choses changeront c’est certain. Mais j’ai la mauvaise conviction que nous ne serons entendu par aucun des partis politiques, encore une fois. L’amer impression que tout le monde s’en fout. C’est triste quand on sait que nous sommes 600 000 infirmières en France pour combien de soignants en tout ? Nous devrions voir notre nombre comme une force, comme un poids électoral. Mais la réalité, c’est qu’on ne fait peur à personne. A aucun politique, à aucun média. Et malheureusement, et d’autant plus par les temps qui courent, il semble qu'il n’y ait que l’intimidation, le climat de peur et la malhonnêteté qui priment. En déplaise à toutes les Pénélope et autres attachés parlementaires payés à respirer de l’air pendant que moi, infirmière, je m’époumone à essayer de me faire entendre des politiques.

Alors les soignants… Tant qu’il y en aura, personne ne s’inquiètera pour nous...

Même si nous nous suicidons dans les toilettes de nos services, même si nous sautons des étages de ceux dans lequel nous allons travailler toutes les nuits, même si nous pleurons, gueulons, hurlons que nous allons mal. J’ai l’impression que les français préfèreront toujours se déplacer au Trocadéro pour soutenir un homme politique tout-sourire qui se targuait sur Twitter en novembre dernier « Que pour faire de la politique il faut être irréprochable ! » plutôt que de soutenir leurs soignants qui se demandent décidément ce qu’ils ont pu faire pour être dédaignés à ce point.

Il prête à sourire ce manque d’intérêt pour la santé, quand on y pense. Mais moi, infirmière, je grimace.