lundi 6 mars 2017

Coup de gueule infi' #26 : Le sourire des politiques, la grimace des soignants (Pourquoi je n'irais pas manifester demain)




- Ce petit mail pour prendre de vos nouvelles, j’espère que vous allez bien. Je me demandais si vous aviez l’intention de prendre part à la grève de demain ?


Mes mains étaient posées sur mon clavier et à vrai dire, je ne savais pas quoi répondre au journaliste de l’Obs’. Je regardais mes doigts tendus. J’avais tenté le vernis, sans grand succès. C’était moche, ce n’était pas moi. Je m’étais plus appliqué à vernir les ongles de mes mains aujourd'hui qu’à m’impliquer à lever le poing dans la rue demain. Ce n’était pas moi...

La dernière fois que le journaliste m’a contacté, c’était cet été pour me laisser exprimer un coup de gueule sur le suicide des infirmiers. Je sentais bien que le mec voulait que j’en fasse tout autant pour le mouvement de grève de demain. Et puis rien, pas la niaque. Pas l’envie. B*rdel, j’ai perdu mon âme revancharde on dirait...

Je suis hyper partagée. Voilà ce que je lui ai dit. Mais je n’ai pas été honnête avec lui. Parce que je n’étais pas « partagée », j’étais « toute entière » et sûre de ne pas participer à la grève de demain. Pas envie. Je sais, c'est nul.

J’avais pris part à celle du 8 novembre dernier. J’en avais relayé le mouvement avant, pendant et après cette grève auprès des 20 000 personnes qui me suivaient à l’époque sur Facebook. L’engouement avait été grand et nous avions mis beaucoup d’espoir dedans. Il y avait eu une énergie de dingue, un levier incroyable qui laissait penser qu’à nous toutes perdues dans nos cabinets de libérales, nous étions capable de nous fédérer pour nous faire entendre, toutes ensemble et d'une seule voix en même temps. C'était beau si tu avais vu ça. Et puis nous nous sommes fait « Trumpisé » par les élections présidentielles américaines du lendemain.

Peu d’échos dans les médias. Jusque dans le magazine de la santé de France 5 qui ne nous avait offert que 2min d’un reportage contre 9 pour la politique de santé de Trump… Dégoutée…

Du coup, j’avoue, aujourd’hui je suis défaitiste. Et je m’en suis presque excusée auprès du journaliste. Ce n’est pas comme ça que les choses changeront c’est certain. Mais j’ai la mauvaise conviction que nous ne serons entendu par aucun des partis politiques, encore une fois. L’amer impression que tout le monde s’en fout. C’est triste quand on sait que nous sommes 600 000 infirmières en France pour combien de soignants en tout ? Nous devrions voir notre nombre comme une force, comme un poids électoral. Mais la réalité, c’est qu’on ne fait peur à personne. A aucun politique, à aucun média. Et malheureusement, et d’autant plus par les temps qui courent, il semble qu'il n’y ait que l’intimidation, le climat de peur et la malhonnêteté qui priment. En déplaise à toutes les Pénélope et autres attachés parlementaires payés à respirer de l’air pendant que moi, infirmière, je m’époumone à essayer de me faire entendre des politiques.

Alors les soignants… Tant qu’il y en aura, personne ne s’inquiètera pour nous...

Même si nous nous suicidons dans les toilettes de nos services, même si nous sautons des étages de ceux dans lequel nous allons travailler toutes les nuits, même si nous pleurons, gueulons, hurlons que nous allons mal. J’ai l’impression que les français préfèreront toujours se déplacer au Trocadéro pour soutenir un homme politique tout-sourire qui se targuait sur Twitter en novembre dernier « Que pour faire de la politique il faut être irréprochable ! » plutôt que de soutenir leurs soignants qui se demandent décidément ce qu’ils ont pu faire pour être dédaignés à ce point.

Il prête à sourire ce manque d’intérêt pour la santé, quand on y pense. Mais moi, infirmière, je grimace.


Parce que je ne connais aucun homme politique français, aucun journaliste, aucune Pénélope, aucun manifestant à serre-tête et pantalon côtelé qui n’aura pas un jour besoin de nous, les soignants. 
Vous êtes nés entre nos mains, vous serez soignés grâce à nous, vous trouverez l’écoute et le réconfort près de nous et le jour où la vie vous abandonnera ce sera nous, que vous aurez à vos côtés. Pas vos millions d’électeurs et d'euros sur vos comptes bancaires, pas vos carrières, pas vos châteaux dans la Sarthe ou vos attachés parlementaires, non. Non, ce seront les blouses blanches mal taillées dont vous pensiez pouvoir vous passer.

Je ne sais pas ce qu'attendent les politiques. Je ne sais pas ce qu'espèrent les journalistes. Je ne sais même plus ce que je suis en droit d'espérer de vous, les cols blancs.

Mais si vous me lisez messieurs dames des Hautes Instances, sortez de vos bureaux et portez un œil attentifs aux soignants qui fouleront le sol de vos rues demain et tendez l’oreille aux blouses blanches qui espéreront enfin être entendu… Vous comprendrez pourquoi, moi, je n'ai plus envie de sourire. Pourquoi je suis à ce point désolée pour vous que vous gardiez le vôtre.

2 commentaires:

colibrirossi a dit…

J'avoue ne même pas savoir qu'il y avait une grève de prévue demain, c'est vous qui me l'apprenait. ..cela en dit long sur le peu de conviction qui m'anime. Je n'y crois même plus à notre force. Le nombre ne fait plus la force, en déplaise à certains ��

Unknown a dit…

Comme je comprends ce désarroi....des années aussi que je suis là à informer autour de moi, dans les structures où j'ai travaillé, où je travaille encore. Tant d'indifférence voire de mépris, c'est à désespérer....J'essaie d'y croire encore, une dernière fois que ce soit pour ce mouvement de grève ou pour ces élections. Mais c'est la der des der pour moi. Après? Après nous verrons bien, mais j'envisage même l'exil. Ce ne sera peut être pas mieux, mais je ne subirai plus le pire ici. Courage chère collègue!

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