lundi 12 mars 2018

Et j'ai le coeur qui bat.




D’un trois fois rien parfois. 

Quand on me dit « J’ai pas de veine ! » et qu’au regard du pli d'un coude, je me dis que c’est moi qui n’en ai pas, de ne tomber que sur des veines impiquables. Quand on me montre le bébé, le tout petit enfant paniqué et son petit bras potelé qu’il faut prélever. Quand on me demande de me présenter pour une prise de sang et que derrière la porte il n’y a personne qui m’attend… D’un trois fois rien, j’ai le cœur qui bat. Un peu trop fort parfois.

J’ai passé la première en quittant ta maison vide dont la porte était étrangement ouverte et je me suis dit « C’est bizarre… ». J’ai regardé à gauche au stop et puis à droite et je me suis dit « C’est pas normal… ». Je me suis stationnée devant la maison du patient suivant et lorsque dans mon agenda j’ai rayé ton nom de la liste de ceux qu’il me restait à voir, je me suis dit « Quelque chose ne tourne pas rond… ». J’ai repensé à mon post-it rose collé sur ta télécommande qui disait « Je suis passée, mais il n’y avait personne… Rappelez-moi !» avec un gros point d’exclamation à la fin. Pour marquer l’urgence de rappeler, pour notifier l’agacement de m’être déplacée pour rien, pour signifier que ce n’était pas si grave. Au fond, c’est vrai qu’il y a tellement plus grave. Depuis toutes ces années à m’occuper de toi, j’étais bien obligée de le croire. Et puis ce n’était pas le premier lapin que tu me posais et à l’approche de la fin mars, je l’attendais un peu mon lapin de pâques.

D’un trois fois rien, mon cœur s’est mis à battre. Sans raison, sans comprendre vraiment pourquoi. Mais j’ai continué ma route. Je suis passée de veines en pansements et de pansements en injections. Et puis, alors que je sortais de chez un patient mon téléphone a sonné, c’était ton numéro mais je n’ai pas voulu décrocher. « Pour te faire patienter ». Comme si les patients n’étaient déjà pas assez patients. Je sais, c’est con. Tu n’as pas laissé de message sur mon répondeur comme tu le fais habituellement pour t’excuser, pour t’expliquer et pour gentiment me demander de repasser. J’aurais dit « J’arrive… » comme à chaque fois où tu m’as appelé au secours. 

Mais là, rien…

Mon téléphone a sonné à nouveau alors que je changeais de commune, sur les routes pourries d’ici entre les virages et les fossés humides. Je ne comprenais pas bien ce qu’il se disait, j’ai dû m’arrêter un peu à l’arrache sur le bas-côté. Il y avait des larmes, beaucoup de larmes dans une voix étranglée qui n’était pas la tienne. C’était ta sœur avec qui tu vivais « Il est mort... Mort. Il est mort... Ce matin. » Une heure avant que je passe te voir. J’ai repensé à ta maison en bordel, à la porte ouverte, au chat qui était bien trop calme pour une fois, à mon post-it rose et au gros point d’exclamation dessus. Et mon cœur s’est mis à battre. Un peu trop fort peut-être. J’en sais rien, je m’en fiche…

Tu n’es plus là. 

Je me sens con d’un coup avec mon point d’exclamation accusant un homme dont le cœur ne bat plus. Con que tu ne m’aies pas appelé au secours comme tu l’as si souvent fait. Con que ça se termine comme ça. Con d’avoir sous-entendu que rien n’était grave. J’ai le cœur qui bat fort, un peu trop fort peut-être. J’en sais rien, je m’en fiche… Je suis un peu triste. Tu n’es plus là. 

Et ce n’est pas pour trois fois rien.

5 commentaires:

Anonyme a dit…

Bien triste et plein de sensibilité. C est malheureusement ce qui me donne envie d arrêter .

Anonyme a dit…

Voilà ce qui fait que je quitte le libéral. Le coeur lourd . Les images de tous ces visages et sourires perdus. Les petits mots laissés sur les portes. Les pleurs et voix tremblotantes qui appellent avec des mots parfois difficiles à comprendre ; qui arrachent les tripes quand on insiste pour qu'ils soient répétés ; et un sentiment de douleur intense quand on comprend enfin ses mots...
Je compatis et t'envois des milliers de câlins pailletés.
Moi j'ai tiré ma révérence mais je continue mon métier avec mes gens comme tu le dis souvent car je les aime mes gens ....
Mais en structure et avec une équipe avec qui je peux enfin partager mais moment difficile et les leurs.
��������

Charlotte a dit…

Magnifique texte

Carolyn Polk a dit…
Ce commentaire a été supprimé par un administrateur du blog.
Lourdes Halliday a dit…

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