mercredi 2 décembre 2015

Coup de gueule infi’ #14 : la chasse est ouverte ! (je grappille des euros et je ne fais pas que des heureux)





- Oui bonjour, c’est encore l’infirmière ! Je me permettais de laisser sur votre répondeur ce sixième message afin de vous demander à nouveau de bien vouloir me régler encore une fois les quarante euros que vous me deviez il y a déjà plusieurs mois… Le temps passe vite hein !

Manque de bol pour le mec, en ce moment l'activité est calme. Très calme. Du coup, j'ai tout mon temps pour me lancer dans un harcèlement téléphonique. Mon compte en banque joue les grandes marées, mais version descendante. Mon activité serait en quelque sorte les vagues qui se retirent de plus en plus loin et les petits coquillages sur le sable mes revenus que les mouettes (mes charges) viennent bouffer coûte que coûte, même si il n'y en a plus beaucoup...
Alors moi, armée de mes magnifiques méduses transparentes et de ma pelle en plastique, j'arpente la plage de mes soins et je fouille le sol à la recherche des coquillages qui n'auraient pas encore montré le bout de leur nez. La chasse aux trésors est ouverte : délogeons les bigorneaux !

J’ai bien tenté de le contacter sur son fix mais sa ligne était suspendue, dommage. Je me suis déplacée à son domicile, mais il a refusé de m’ouvrir sa porte, comme c'est dommage. J’ai facturé les soins avec sa carte vitale dès la fin de la prise en charge ce qui veut dire qu’il a été remboursé depuis belle lurette pour des soins qu’il n’a du coup, même pas payé : « Je vous déposerais le chèque dans votre boite aux lettres dès demain ! ». Et demain matin et bien, c’était pas hier... Comme c'est vraiment dommage !

Soit le mec est consciencieux, parce qu’il est adepte du « DIY » (Do It Yourself) et qu’il prend son temps pour me fabriquer de ses propres mains un chèque grand format pailleté genre « Félicitations : vous avez gagné le gros lot ! », soit le mec est complètement pommé et il erre toujours dans le bourg à la recherche de ma boite aux lettres qui se trouve tout de même à 600 mètres de chez lui et à dix pas de mon cabinet, soit le mec me prend une conne. Bizarrement, et bien que cela ne me fasse pas plaisir, je crois que le mec n’est ni perdu entre deux ruelles ni les doigts collés par un projet de chèque géant (même si je trouve l’idée trop cool), non. Je crois qu’il s’est simplement dit qu’il ne me paierait pas et que je finirais par lâcher l’affaire avec le temps.

Mais si « lâcher l’affaire » revient à dire que je me suis déplacée gratuitement pour le soigner et que je lui aurais donc offert mon essence, mes sets à pansements, mes compétences et mon expérience… Alors je suis désolée pour lui et pour les autres mais non, je ne lâcherais pas l’affaire. Parce que tout travail mérite salaire sauf si on est une nonne, et ça fait bien longtemps qu’on ne porte plus de cornettes…

Vous noterez que j’ai dis « pour les autres », parce d’autres bigorneaux enfouis bien profond dans le sable semblent avoir eu des difficultés à faire entrer leur chèque géant dans ma décidément trop petite boite aux lettres...
Il y a cette patiente qui, pétrie de mauvaise foi, avait fini par me dire qu’elle avait dû me régler en espèce mais que l’argent avait certainement dû glisser dans la boite aux lettres d’en dessous, bah tiens ! Il y a celui qui m’a assuré m’avoir payé en mains propres remettant en doute ma comptabilité de pointe basée sur un système infaillible de « soins-fluorés-si-payés ». Il y a le vieux bigorneau errant qui perd un peu la tête, qui s’assoit dans ma salle d’attente quand il vient voir le médecin ou qui entre chez moi quand il voit de la lumière, mais juste parce qu’il a vu de la lumière. Il me doit 4€50, mais il ne s’en rappelle jamais. Bon lui, il a une démence, il a une bonne excuse. Et enfin, il y a la grosse palourde que j'ai toujours du mal à déloger du sable : la CPAM. Oui oui, la CPAM…


- Oui bonjour, c’est l’infirmière. Voilà, je vous appelle parce que vous m’avez rejeté trois vaccins contre la grippe que j’ai facturé en demi-tarif en même temps que d’autres soins techniques (rappelez vous nos soldes annuelles : 1er soin payé intégralement, le 2ème à 50% et les 3ème et suivant gratuits)… Pourquoi je ne suis pas payé de ces soins ?

« Mais c’est parce qu’il faut les coter à demi tarifs madame ! » Genre, tu n’as pas écouté ce que je viens de te dire, genre tu penses que je suis suffisamment stupide pour avoir oublié que je devais facturer un demi vaccin alors que je l’avais injecté entièrement, genre j’ai ma cornette qui est en train de repousser sur ma tête !

- C’est ce que j’ai fais ! J’ai même mes factures sous les yeux… Pendant que je vous ai, j'ai trois autres dossiers en attente dont je ne comprend pas vraiment l'enfouissement dans le sable là...

La dame de la sécu’ s’est excusée, me disant que c’était une erreur de leur part, qu’ils allaient me payer les 3€15 par soins qu’ils me devaient. Et hop, trois bigorneaux de plus dans mon panier ! Ce sont de petites sommes, des petits coquillages perdus dans le sable et ce n’est pas grand-chose vous me direz, mais au risque de passer pour quelqu’un de vénal, je ne veux pas lâcher l’affaire. Ne serait-ce que pour le principe de pouvoir marcher tranquillement pieds nus sur la plage de mes soins sans m'esquinter le pied sur un coquillage à moitié enfoui...

J'ai donc remonté mes manches et j'ai pris mon téléphone. J'ai fais un ourlet à mon jean pour ne pas le mouiller et je me suis attelé à prendre du temps sur mes repos non rémunérés pour tenter de récupérer l'argent de mon travail non payé. Malheureusement, la pêche aux moules est souvent infructueuse, tachons malgré tout de garder la frite !

1 commentaire:

Eliane a dit…

Comme c,est bien dit...j'ai presque envie de mordre, mais comme il y a de l,humour sourions en serrant les dents,

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