jeudi 7 juillet 2016

La petite voix vs La grosse procrastination




- Ah parce qu’il y a aussi ce bilan là à prélever ? J’ai pas le tube qu’il faut… ‘Faut que je retourne au cabinet pour aller en chercher un pour pouvoir vous faire votre prise de sang…



Ouais j’avoue, j’ai grogné. 

Intérieurement hein, j’ai pesté. Mais pas contre ce petit père que j’adorais et qui avait oublié de me prévenir de l’existence de cette prise de sang non prévue nécessitant un tube improbable non, je grognais contre moi-même. Parce que la veille dans mon cabinet, une petite voix m’avait dit « Prends donc un de ces tubes que tu n'utilises jamais, on ne sait jamais ! ». J’étais passée devant les fameux tubes et j’avais même tendu la main pour en prendre deux ou trois avant de me raviser et de filer. Ma procrastination à la voix beaucoup plus grave et imposante que celle de ma conscience m’avait susurrée à l’oreille : « Oooh, laisse tomber, personne n’aura besoin de ce genre de tubes d’ici que tu refasses le plein de ta mallette après demain ! ». 

La grosse procrastination : 1 – La petite voix : 0. 


Quand j’étais étudiante infirmière en service, les anciennes me disaient « Quand on a pas de tête, on a des jambes ! », et autant vous dire qu’en trois ans d’études, je me suis grave musclé les cuisses. Ma devise en tant que libérale s’est légèrement modifiée : « Quand t’as pas de tête, que tu as une flemme monstre ou le sens d’orientation d’un pigeon mort, tu remontes dans ta voiture et tu reprends la route pour courir le monde après ton destin comme un cheval sauvage ! ». Ouais ok, j’avoue, j’ai piqué la fin à dirty dancing, mais en gros on y est : je ne compte plus les allers-retours inutiles que j’impose à ma voiture et à mon planning de soins pourtant serré. 


Le petit-père semblait aussi embêtée pour moi que je l’étais pour ma petite voix que je n'avais, une nouvelle fois, pas écouté.


En repartant, j’ai croisé sa femme dans le jardin. Elle était penchée sur son parterre d’œillets avec toute la souplesse que lui permettaient ses hanches pleines d’arthrose :



- Tu repars déjà ? … Ah…Tu reviens alors ? … Ah tu sais quand on a pas de tête…


On a une voiture, oui je sais… 

Depuis que je suis libérale, j’ai fait l’impasse sur la musculature de mes cuisses. J’ai pris trois tubes d’avance, on ne sait jamais. En repartant je suis passée devant la caisse pleine de boites à prise de sang. Une petite voix m’a dit « Tu devrais peut-être en prendre une pour mettre dans ta voiture vu que tu viens de prendre la dernière pour ton petit-père… ». Mais la tournée était déjà bien entamée, mes prises de sang déjà toutes prélevées, non, vraiment, avant demain, aucun risque d’en avoir besoin. Alors j’ai passé mon chemin…


Je me suis présentée pour la deuxième fois chez mon petit couple en tenant fièrement le fameux tube entre les doigts. Je me suis affairé à trouver dans le pli mou de son coude une veine suffisamment vaillante pour me donner de quoi remplir mes tubes de sang. Comme à mon habitude, je suis repartie de chez eux avec un chocolat dans la bouche, un autre dans la main « Parce qu’on sait que c’est ton pêché mignon le chocolat, hein ! » et un bouquet d’œillets « Parce que ça va te donner des couleurs dans la voiture pendant ta tournée ! ». Ils sont tellement adorables mes gens...


Les soins se sont égrenés tout au long de la matinée et à chaque coup d’œil sur mon agenda je prenais entre mes mains le magnifique bouquet d’œillets rouges, violets et roses. Je plongeais mon nez dans les fleurs délicates dont les bords semblaient avoir été découpées au ciseau. Elles sentaient le champignon aux épices. Étrange, je n’avais jamais remarqué…


Un peu plus tard dans la matinée, je me suis présentée chez une patiente pour lui refaire son pansement :



- Bah vous n’avez pas pris de boite à prise de sang ? … Nan, c’est vous qui m’avez dit il y a deux jours qu’il fallait absolument la faire aujourd’hui…


 Quand on a pas de tête… En voiture et 2-0 pour La Grosse Procrastination ! ^^

Bonus-chouchou- : Les fameux œillets colorés de mon couple de chouchou. Retrouvez moi sur Facebook et découvrez les bonus de mes tournées :


5 commentaires:

Julie Rousset a dit…

Et moi à force de l'entendre "qd on n'a pas de tête, on a des jambes" j'ai qd même réussi à le sortir chez un patient tétraplégique. ...qui a bien rigolé en voyant ma tête déconfite avec ce que je venais de dire. ...

Pierre V a dit…

Vous connaissez l'histoire du "cul-de-jatte" qu'on a décapité ?
Quand on a pas de tête..... (Bon ok je sors... Oui, oui, je file dans ma chambre mais tapez pas...)
Bises amicales.

chaourcinette a dit…

Faut être pris; pour être appris... " il faut savoir s'asseoir sur ses cloques"..et celle ci que mon père nous serinait ! "c'est pas quand on a chié dans son froc, qu'il faut serrer les fesses ! "
Bon ! je sors aussi ! bises

Karine Robert a dit…

Je suis trop morte de rire en lisant vos commentaires. J'ai découvert votre blog avec l'émission dans les yeux d'olivier j'ai adoré que l'on parle ainsi de ma future profession. Je rentre en 3e année et je suis encore étonnée de me dire que j' arrive a suivre les cours et les stage et que j'en suis arrivée là. Mais je m'inquiète car il me reste encore un an à faire avant d'entamer cette super profession mais je ne me sens pas encore professionnel et est ce que l'on y est prêt lorsque l'on est diplômé?

Karine Robert a dit…

Je suis trop morte de rire en lisant vos commentaires. J'ai découvert votre blog avec l'émission dans les yeux d'olivier j'ai adoré que l'on parle ainsi de ma future profession. Je rentre en 3e année et je suis encore étonnée de me dire que j' arrive a suivre les cours et les stage et que j'en suis arrivée là. Mais je m'inquiète car il me reste encore un an à faire avant d'entamer cette super profession mais je ne me sens pas encore professionnel et est ce que l'on y est prêt lorsque l'on est diplômé?

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