vendredi 5 août 2016

21 jours, 49 h et 2254 kms : c'est la quille !





21 jours et 21 sonneries qui ont réveillés mes oreilles chaque matin avec toute la douceur d’une caresse au papier de verre. 21 « Pfff ! » dans le miroir de la salle de bain en regardant ma trogne, autant de chignons ratés et terminés en queue de cheval, autant de thés-hyper-infusés-ébouillantés à peine entamé et transvasé illico dans mon canard en plastique pour être bu froid pendant ma tournée du matin.


21 jours et 42 tournées de soins identiques et différentes à la fois, matin et soir. Des centaines et des centaines de soins, autant de « Bonjour ! », de « Au revoir à demain ! ». Des milliers de frictions de mains à la solution hydro-alcoolique qui me rappellent à chaque fois que je me suis coupé en ouvrant mon courrier de l’URSSAF.


42 tournées 49 h passées dans ma voiture pour me rendre chez mes patients, chez mes gens. Des portes ouvertes, des jardins fleuris, des odeurs de barbecue, des enfants qui jouent dans les jardins. Des patients contents de me voir et qui comptent, bien malgré moi, les jours qu’il me reste à travailler. Des décès, trop de décès en si peu de jours. Des funérailles, des fleurs et quelques larmes. Des rencontres incroyables et la crainte de voir certains de mes « vieux-chouchous » décéder pendant mes congés...


49 h derrière le volant et 2254 kms de routes avalées pour aller soigner. Des virages, beaucoup de virages. De la brume tôt le matin, des vaches et des bottes de paille dans les champs. Des lunettes de soleil, des débardeurs et mon bras sorti par la fenêtre que je balance comme une aile d’oiseau, comme une enfant. Des fossés approchés d’un peu trop près pour laisser passer les tracteurs, des heures à pester contre les cyclistes qui ne se rangent pas, contre les voiturettes qui n’avancent pas, contre le temps qui lui avance trop vite, contre le canard en plastique plein de thé-toujours-trop-chaud qui s’est renversé entre mes cuisses, contre le manque de réseau sans même une p*tain de barre pour appeler mon répondeur qui sonne encore et encore...


Je ferme mon cabinet et je remonte une toute dernière fois dans ma voiture. Je souffle, j'ai mal en bas du dos. Je détache mes cheveux. Je remets mes bagues oubliées dans le fond de ma poche depuis tout ce temps. Ces petits rituels tout con qui me font dire que j’ai presque finis, encore quelques papiers, encore quelques courriers. 21 jours. 21 jours non-stop et maintenant que je suis posée je ne me sens même pas en vacances. Trop crevée. Je vais probablement attendre d'être couchée pour débriefer avec moi-même des 21 dernières journées et me rendre compte à 23h que « Merde ! J'ai pas pensé à écouter mon répondeur ! ».

M'enfin... C'est la quille... Pendant 21 jours !

7 commentaires:

mickette a dit…

Bonnes vacances!!!! 😎😎😎

Dakotafou a dit…

Bonnes Vacances bien méritées !
Profites le soleil t'attend!

c'est l'infirmière a dit…

Merci merci à tous !^^

Cé74 a dit…

Excellentes vacances bien méritées, profitez bien!!!!
Pour ma part c'est la fin des vacances et 1er jour en tant que libérale demain dans ma nouvelle vie à la montagne!!!
Cé74

sysy32 a dit…

En lisant ce texte , cela m'a fait froid dans le dos ...cela m'a ramene 6 ans en arrière ou j'ai arrêté le libéral après 17 ans de service! J'ai beaucoup aimé mais inconsciemment j'y ai laissé pas mal de plumes ...preservez vous.Bonnes vacances

angélique .b. a dit…

je viens de voir le reportage "dans les yeux d'Olivier - l'infirmière à l'épreuve de la vie"
bravo pour votre courage et la façon dont vous traitez vos patients il y a trop peu d'infirmières hélas qui s'impliquent de la sorte
après mon opération pour mon cancer j'ai eu une infirmière pendant un mois pour une piqure tous les soirs et franchement le service était très "froid"
je sais bien que ce travail est très dur mais certaines personnes y gagneraient en étant un peu plus humaine tout comme vous l'êtes
bonnes vacances à vous :)

Philo a dit…

bonjour.j ai apprécié lire votre parcours, vos impressions d'infirmière au quotidien.Je me suis sentie moins seule..Après une courte expérience de 10 ans, dans un hôpital de Paris,j'ai démissionné en raison de la mutation de mon conjoint.j'ai eu des difficultés à retrouver les conditions et valeurs humaines autours desquelles j'ai pu travailler.Motivée, j'ai accepté d'être "jugée"au cours d'un entretien d'une heure et demi avec une responsable du personnel et une pyschologue comme une infirmière non affirmée, trop dans l'empathie centrée sur sa famille.aussi j'ai refusée un poste de nuit,car moi la nuit je suis capable de travailler mais je n'arrive pas à dormir le jour.Donc j'ai suivie un autre chemin que l'hôpital.J'ai travaillé en clinique bloc opératoire ou les relations entre le personnel flottaient entre rivalités et mésententes.Les anesthésistes m'ont dit lorsque je suis partie au bout d'un an "on a apprécié ta présence et ton aide.un peu dépitée,j'ai contituné à chercher d'autres postes parfois en CDD parfois en intérim ou je me donnais à fond, ce qui m'a valu des proposition de postes ou il me semblait ne plus vouloir me fixer sur un poste.Puis je me suis aperçue que les valeurs de respect des personnes avec lequelles on travail ainsi que l'humanitude auprès du patient disparaissaient.Est-ce ma naiveté que j'apercevais dans le miroir,mes convictions

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