dimanche 9 octobre 2016

Faire la queue à la pharmacie et se prendre la tête dans sa voiture, ça c'est fait...




- Nan mais c’est parce qu’il fait froid ‘pis il va bientôt y avoir la grippe tout ça… Qu’est-ce qu’on peut faire, dites-moi, pour pas avoir la grippe ?

Mais plein de choses madame ! Voilà ce qu’avait répondu la pharmacienne à la vieille dame telle une petite marchande prête à lui proposer moult produits pouvant lui éviter de finir au lit ou dans une boite en sapin. 
C’était mon jour de repos, je faisais la queue à la pharmacie et j’attendais mon tour pour acheter deux trois médicaments pour calmer la vieille toux de ma fille. J’étais à quelques mètres de cette charmante petite mamie qui dépassait à peine le comptoir auquel elle s’agrippait et je la regardais, impatiente d’entendre ce que la pharmacienne allait pouvoir lui proposer pour lui éviter la méchante grippe dont elle se serait bien dispensée cette année.

« Le vaccin ! Je réponds le vaccin !! » Enfin, ça c’était moi et la réponse que je lui aurais crié aux oreilles si on m’avait posé la question. C’est que je me faisais tellement suer plantée là à attendre mon tour entre le rayon des dentifrices à la menthe et celui du paracétamol au cappuccino que je les imaginais toutes les deux dans un jeu télévisé :


- Attention Martine… Top ! Je suis une petite mamie de 80 ans et plus qui s’inquiète de cet hiver qui la fera renifler, peut-être se moucher, voire même être carrément grippée au fond de son lit recouvert de ce magnifique édredon en plume de canard et qui se demande ce qu’elle pourrait bien prendre pour ne pas attraper cette fichue grippe qui tue chaque année autant qu’une bonne grosse canicule, je prends, je prends, je prends ???

« De l’homéopathie ! » Hein ? Ouais. Des granules…

La pharmacienne est alors sortie de derrière son comptoir pour montrer le magnifique présentoir fraichement installé par le représentant en granules. Une dose par semaine pendant la saison hivernale et une dose à reprendre deux à trois fois par jour avec six heures d’intervalle en cas d’état grippal. J’ai senti la vieille dame aussi pommée que moi dans les explications de la pharmacienne. Mais confiante, la cliente a sorti son porte-monnaie et a payé les 29€95 demandés avant de partir avec sa boite de 30 doses de granules.

Je pensais que la pharmacienne lui proposerait le vaccin anti-grippe moyennant la prescription que sa vieille cliente avait dû recevoir par la poste puisqu’elle avait plus de 65 ans. Qu’il lui suffirait de demander à une infirmière de le lui injecter pour 6€30 et qu’elle serait ainsi protégée jusqu’au printemps. Non. La pharmacienne lui a demandé de retirer sa carte bleue du lecteur et elle lui a seulement souhaité une belle journée. Moi je lui ai mentalement souhaité qu’elle ne fasse pas parti des 18 300 grippés décédés l’hiver dernier.


Mon tour est arrivé. Pendant que la pharmacienne traitait mon ordonnance je regardais le bel étalage des granules oranges et ce qu’il y avait marqué derrière les boites : du concentré de foie et de cœur. Comme quoi, je devrais manger les abats plutôt que de les refiler à mon chat...


- Il vous fallait autre chose ?

« Oui, pouvez-vous me dire combien coûte le vaccin contre la grippe s’il vous plait ? Un patient m’a posé cette colle la semaine dernière et je serais assez curieuse de savoir combien il coûte. » Pour être honnête, c’était complètement faux. Les patients s’intéressent rarement au prix de ce qui ne leur coûte rien. 

- 6€10. (J’ai fait un rapide calcul : 6€10 de vaccin + 6€30 d’acte infirmier = 12€40 pour un traitement contre la grippe, deux fois et demi moins cher que les granules). Vous allez vous faire vacciner vous ? Ok... Moi ? Non, je l’ai fait une fois il y a plusieurs années et j’ai été tellement malade… Du coup, ce vaccin contre la grippe là, je n’y crois pas vraiment !


Stupéfiant. Je comprenais mieux pourquoi elle n’avait même pas proposé le vaccin anti grippe à la vieille dame. J’avais moi-même été malade une fois mais jamais je n’avais osé remettre en question la vaccination qui avait bien fonctionné pour moi depuis dix ans.
Je suis remontée dans ma voiture. En mettant le contact, France Inter a résonné dans l’habitacle. C’était une émission dans laquelle la représente de l’Ordre des pharmaciens remettait sur le tapis l’histoire de la vaccination en officine à grand coup d’étude officielle. 

En se basant sur un sondage réalisé auprès de 983 personnes, elle estimait pouvoir augmenter la couverture vaccinale de près de 8 millions de Français en leur permettant de se faire vacciner à la pharmacie. Six français sur dix (enfin, des 983 sondés hein, pas de la France entière) semblaient favorables à se faire vacciner dans leur pharmacie parce qu’il leur semblait plus simple d’aller se faire vacciner pour 10€ dans une des 22 000 pharmacies du territoire plutôt que de prendre rendez-vous avec une des 100 000 infirmières libérales de France.

« Et puis c’est une question de confiance aussi ». Le mot était lâché. Il faisait bizarrement écho dans ma tête ce mot « confiance ». J’ai vu un facteur avec du courrier dans la main entrer dans la pharmacie devant laquelle j’étais toujours garée. Mais c’est bien sûr !


 - Le saviez-vous ? 92 % des Français disent faire confiance à leur facteur !

Cette phrase, je l’avais lu la veille dans un article du Ouest-France. A partir de janvier 2017, les facteurs livreront les piluliers au domicile de leurs clients : « Bonjour Madame, je vous donne votre pilulier refait avec des traitements auquel vous ne captez rien mais c’est pas grave parce que moi non plus, bonne journée ! ». C’était la nouvelle offre pour 19€90 par mois que proposait maintenant la Poste en partenariat avec les pharmacies locales… 

Les piluliers, je les réalise déjà à domicile. Une sorte de kit-complet de soins et de surveillance hebdomadaire durant lequel je check la pression artérielle, le pouls, la saturation en oxygène, le poids, éventuellement l’état cutané, l’alimentation, les risques encourus au domicile et où je surveille l’observance des traitements et les éventuelles erreurs de prise pour un recadrage et d’éventuelles transmissions au médecin traitant. Tout ça pour 13€10 par semaine. 

Comment j’allais faire le poids moi, toute petite infirmière de campagne, contre les pharmacies et leur confiance derrière le guichet et contre les facteurs et leur 19€90 par mois ? Comment j’allais argumenter l’utilité de conserver ce lien à domicile pour éviter les erreurs de prise, pour éviter que mes patients ne deviennent que des piluliers distribués entre leur facture EDF et leur commande Damart ? 

J'ai passé la première et je me suis dit qu'entre les HAD qui ont récupérée les perfusions à domicile et les SSIAD qui font de plus en plus de soins d'hygiène. Qu'entre les pharmacies qui vont vacciner dès l'année prochaine et les facteurs qui vont maintenant distribuer les piluliers, j'allais devoir jouer sur autre chose qu'une simple «confiance» avec mes patients pour que ma spécialité ne soit pas vouée à disparaitre au profit du profit... 

3 commentaires:

Unknown a dit…

eh oui tout le monde eut une part du gâteau qui ne somme pas clafoutis mais :maladie;La maladie qui fait gagner tant d'argent à chaque pro de la santé non pardon de la maladie!!!

Maïlys, ESI a dit…

C'est vraiment sérieux cette "offre" de la Poste ? Je trouve ça dangereux ! Pour toutes les raisons évoquées du coup, les médicaments ne sont pas des bonbons... Je peux éventuellement comprendre le côté "pratique", mais niveau sécurité/observance tout ça tout ça, je n'adhère vraiment pas !
Je trouve ça triste de voir la profession si peu respectée :(

Mathieu Léane a dit…

Bonjour
A quand la vente des VAG au supermarché avec injection faite par la caissière ?
Ce serait tellement plus simple.
Le HAD chez moi est pour le partage du travail et la collaboration, il nous laisse les interventions de nuit et de week-end, c'est merveilleux !!!!!

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