jeudi 27 février 2014

Ce n’est pas facile de ne pas juger.




Cette bonne dame n’est pas trop fertile. Depuis quatre ans ils tentent d’offrir une fratrie à leur ainée. «Pourtant ça avait bien marché pour la première, on comprend pas !». J’sais pas ma bonne dame, vous savez des fois, la nature a besoin d’un coup de pouce, ou d’injections dans les fesses pour que ça marche ! Depuis 7 jours elle supporte en grinçant des dents les injections censées relancer ses ovaires un peu feignants.

Et ce soir, c’est LA dernière injection : celle qui va peut être déclencher l’ovulation ! Celle qui va peut être permettre à un amas cellulaire de passer du stade de framboise, à ravioli de crevette puis, à Bébé !
Elle regarde alors derrière elle, semble s’assurer que son cher et tendre ai bien quitté la pièce pour me confier en chuchotant : «on va devoir faire "câlin" tous les soirs pendant une semaine pour que ça marche… Mais il bloque !». Monsieur ne veut plus la toucher. Je lui explique qu’effectivement, lorsqu’on médicalise la sexualité, il peut y avoir des difficultés à se retrouver intimement, surtout lorsque c’est programmé !

Je l’ai vu arriver, mollement, dans le salon, le pantalon de jogging informe moulant ce qui devait ressembler à des fesses de rai-Manta. J’ai arrêté de parler pour ne pas gêner la dame qui semblait vouloir garder cette conversation secrète. Il a jeté un œil vers moi pour tenter d’évaluer où j’en étais dans mon soin puis est allé se vautrer comme une otarie dans son fauteuil devant la télé. Une voiture est passée dans la rue ce qui a fait aboyer la chienne croisée rat-gondin. «Ta gueule !». La chienne est allée se cacher sous le Tancarville débordant de linge. Ambiance !

Alors que j’étais penchée sur les flacons, aiguilles et seringue, cette bonne dame m’avoue sans porter d’intérêt à son mari : «de toute façon, c’est moi qui ai des problèmes, lui, il a fait des tests _ en chuchotant : «d’ailleurs il a eu du mal aussi avec le prélèvement de vous savez quoi dans le p’tit pot»_ donc c’est à moi de faire en sorte que ça marche ! Mais quand même, quand il me dit que c’est trop de contraintes, on voit bien que ce n’est pas lui qui se prend des piqures dans le derrière !». La dernière phrase avait été dite tellement fort qu’elle semblait être destinée à l’être qui fusionnait désormais totalement avec son fauteuil.
J’ai alors tenté un regard furtif vers lui pour toiser la réaction : un haussement d’épaule, un p’tit «pfff» nasal et il a zappé sur NRJ 12.

Il y a des jours où on se dit au moment de piquer que certains hommes ne comprennent pas la chance qu’ils ont.

[photo : "le couple" sculpture réaliste et miniature de Ron Mueck ]

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