mercredi 26 février 2014

Il y a des jours, où une simple discussion peut vous faire tressauter le cœur.


- vous m’avez dis que votre nom c’était quoi ?



" Héry " (les noms ont été changés afin de conserver l'anonymat). Pendant que je m’affaire à prélever le sang de son mari dans divers petits tubes, la petite mamie cherche, elle me regarde, fronce les sourcils, elle y met du sien et veut savoir qui je suis, d’où je viens. Elle venait de me dire qu’elle regrettait de ne plus avoir à faire à son ancienne infirmière. Et à la regarder, c’était évident que je ne pouvais pas faire le poids face à celle qui intervenait chez eux depuis près de 30 ans. Héry, Héry… Devant son envie d’en savoir plus, je lui ai conté mes racines...

Mes arrières grands-parents ont travaillé en tant qu’intendants au château de la Lemonnière, dans la commune d'à côté. A peine avais-je prononcé le nom du domaine qu’elle a relevé son visage vers moi : ses yeux pétillaient et son regard avait 20 ans.


- Vous êtes la petite fille de Camille ? Incroyable…
Arrière petite fille pour être précise. Grand-mère Camille est décédée lorsque j’avais 13 ans. C’était une femme de caractère. Une travailleuse, une femme d’affaire. Elle menait l’intendance du château d’une poigne de fer, et même vieille et aveugle, je garde d’elle le souvenir d’une femme au caractère incroyablement tenace. C’était une sorte de féministe qui avait gagné son mariage en jouant aux cartes. Elle avait joué son avenir, simplement comme ça. Mon existence est due en quelque sorte à sa bonne main. Je suis née, car elle a eu de la chance. Effectivement, incroyable.

- J’allais apporter des œufs deux fois par semaine au château pour Camille. C’était une cuisinière époustouflante... Vous savez, votre arrière grand-mère était quelqu’un de reconnu et très respecté dans le coin !
 
Ça m’a fait du bien de parler de Camille, de papi, de mamie, des seuls grand parents que j’ai connu et qui sont mort depuis déjà une dizaine d’années… J’ai eu l’impression de les connaitre à l’âge que j’ai maintenant. En écoutant la petite mamie, j’imaginais Camille, aveugle et excédée de se prendre les chaises déplacées par ses petits enfants trop turbulents, avec mon père dans le lot en culotte courte. L’imaginer dans sa cuisine, en train de désosser ce fameux lapin transformé en rôti, en tâtonnant avec ses doigts d’experte, les yeux tournés vers le plafond et figés par sa cécité.
D’imaginer à quel point mes grands-parents avaient pu être aimé m’a ému. J’ai grandi à leurs côtés, je m’accomplis désormais sans eux, mais finalement aussi, un peu grâce à eux.

Tout ce que je pensais que Camille m’avait donné petite, c’était des pièces d’un franc pour acheter des menthes à l’eau dans le distributeur de la maison de retraite. Mais au moment de leur serrer la main, j’ai compris qu’elle m’avait légué bien plus : j’étais, la petite fille de Camille. Et cela valait bien plus à leurs yeux que 30 années d’ancienneté chez eux.

Il y a des jours où on se rend compte avec fierté que nos racines sont solides, et que les disparus, même absents nous permettent de nous maintenir droit.


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