mercredi 17 septembre 2014

Le silence, les vaches et mon thermos de thé.

Il y a des jours où je suis fatiguée. Les yeux lourds de ces nuits trop courtes, de ces matinées trop longues. Mais il faut y aller. 

Je me décide à quitter la maison et tous ces occupants encore endormis. Seul le chat m’accompagne à la sortie, gagnant au passage une caresse avant de se détourner rapidement pour regagner la chaleur de la couette. « Clac ». Le son de l’ouverture centralisée de ma voiture m’agace l’oreille. Ce bruit me rappelle les nombreux sons répétés que je vais devoir supporter et les gestes reproduits comme des rituels qui me fatiguent d’avance. Oui, je suis fatiguée, je suis ronchon. Non, je ne fatigue pas d’être ronchon le matin.
En fait je n’ai jamais été du matin et je dois à chaque fois utiliser un pied de biche pour me sortir du lit. Pour m'aider un peu, je sélectionne une musique sur mon téléphone, ce matin ce sera "meet me there" de Nick Mulvey. Peu à peu le son envahi l'habitacle et apaise mes sens énervés, pourtant si peu agressés.



La route est longue et courte à la fois, il n’y a plus vraiment d’espace-temps. Le soleil se lève tout juste et la nature se réveille en douceur. Les oiseaux du matin semblent renaître et incitent les oiseaux de nuit à regagner leurs nids, en chantant ces mélodies légères typiques du lever du jour.  Le ciel bleu foncé s’efface devant les couleurs roses et orangées des matinées de septembre. Que c'est beau. Tout est calme. J’ouvre ma fenêtre et laisse entrer l’air frais dans l’habitacle. J’aime sentir l’odeur presque neutre du matin. Tout y est léger, simple. 
De bonne heure, en pleine campagne, j’ai l’impression de marcher sur une plage que personne n’aurait encore foulé. C'est comme si ce qui m'entourait c'était mis en pause rien que pour moi, pour ne pas trop me brusquer, pour réveiller en douceur. Il n'y a personne, je suis seule sur la route.



Ma voiture traverse la brume qui, à cette heure, enveloppe encore la route bordant les champs. Je reprends une gorgée de thé chaud de mon thermos. Les vaches imperturbables me regardent passer, et comme chaque matin je les salue de la main. Ce sont les premières à qui j'offre mon "bonjour" et l'esquisse d'un sourire du coin de la bouche.


les imperturbables




Je me stationne devant la première maison. Il va falloir se lancer, sortir de ce cocon silencieux et doux. Premier sourire, premier "C'est l'infirmière, bien le bonjour !", premier "comment ça va ce matin ?". Tous ces petits moments d’avant, tous ces petits instants où le temps s’arrête me permettent tous les jours d’aller travailler sans regret.

La première porte qui s’ouvre à moi déclenche automatiquement mon sourire. J'avoue que parfois, j'ai un peu besoin de me motiver, mais au premier patient mon sourire ne me quitte plus... Jusqu'au premier pied de biche du lendemain matin.

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