vendredi 5 décembre 2014

Coup de gueule infi’ # 3 : elle est où ma licence d'infirmière ?



Vous vous êtes peut-être surprise à dire aux nouveaux diplômés ou aux étudiants que vous encadrez « En mon temps, on savait ce qu’était la peur de la MSP !» ou encore « A mon époque, on jouait nos trois années et demi d’études sur une seule journée, le jour de notre diplôme ! ». Cette époque, ce diplôme, qu’on aime à rappeler à la mémoire des nouveaux _ au risque de nous faire passer pour des vieilles chouettes de soignantes _ ne doit pas nous faire oublier un avantage qu’ils ont sur nous : ils pourront nous répondre « Oui, mais nous, on a une licence ! »

Promotion 2002-2005 de l'IFSI de Fluitange-sur-Berouille

Car oui, c’est une triste réalité : nous avons étudié pendant un peu plus de trois ans et nous ne sommes pas reconnu par l’éducation nationale comme ayant obtenue la licence en soins infirmiers, mais tout juste comme un Bac +2. Comment cela se passerait-il si je souhaitais passer un master nécessitant un Bac+3 alors que mon « vieux » diplôme n’est pas une licence ? J’ai donc fait mon enquête… 

A vrai dire, j’ai eu du mal à trouver des sources, tant le sujet ne semble pas passionner les foules ! Je me suis donc retournée vers la loi et notamment le décret n° 2010-1123 du 23 septembre 2010.
Il est aussi clair qu’une ordonnance rédigée par un médecin presbyte hypotendu, et au delà du fait qu'il ai rappelé à ma mémoire mes cours de droit récités par un professeur tout aussi imbuvable que les textes qu’il nous lisait, j’y ai appris une chose : on ne parle absolument pas de l’ancienne réforme ! 
Clairement, selon les textes de loi, le grade de licence ne peut être donné qu’aux infirmier(e)s ayant eu leur diplôme après 2011. Bien, on est vachement avancé...

J’ai cherché d’autres textes de loi récent... C’est le seul.
Mais ne nous avouons pas vaincu et voyons la perf' à moitié pleine et non à moitié vide ! Quel moyen donne-t-on aux « vieilles infirmières » _ façon de parler _  restant pour le moment la très grande majorité des diplômées en cours d‘exercice et qui souhaiteraient passer un master ? Les universités voudraient-elles d’elles?
Alors j’ai cherché du côté de ces institutions et je me suis rendu sur le site du Registre National des Certifications Professionnelles (RNCP) auquel se réfèrent les universités françaises. Sur la fiche du métier d’infirmier(e) on se rend compte que la certification dépend encore du Ministère de l’intérieur et non de l’éducation nationale et qu’il n’est fait aucune distinction entre ancien et nouveau diplôme. Il semblerait donc que les universités pourraient accepter nos anciens diplômes... Mystère.

Il est vrai qu’il aurait été plus simple que les hautes instances nous pondent un texte officiel pour confirmer que les anciens diplômes sont à présent reconnus niveau II (Bac +3)… Du flou, encore du flou en provenance direct de ceux censés nous représenter… Et pourquoi ça ne m’étonne même plus ?


Il faut également noter une chose importante : on parle depuis le début d’obtenir un « grade » de licence… Pas de « diplôme » de licence, et ça, ça fait une énorme différence, notamment pour les infirmier(e) salarié(e)s. Pour le reconvientionnement salarial, c’est le diplôme qui conditionne le salaire et non le grade. En gros, les infirmières salariées n'y gagnent pas grand chose...
Comme l’explique le SNICS (Syndicat National des Infirmier(e)s Conseiller(e)s de Santé) dans un de ses articles :
« Un grade de licence revient à une universitarisation partielle de la formation infirmière : c’est une reconnaissance de niveau. [...] En outre, le grade ne permet pas de cohérence entre la licence et le master d’une part, et avec la filière de formation spécifique d’autre part. Il ne permet de fait que des choix individuels de poursuites d’études, et non une reconnaissance officielle de la filière et donc des spécialités. ».

... Alors on l’a dans l’os ou sera-t-il possible de passer du grade à la licence ?

2009, IFSI Pleurouille-sur-Mandegouze

Et bien pour cela il faudrait une filière en science infirmière. Une licence générale propre à la formation infirmière avec des passerelles d’accès à d’autres formations de santé ou universitaires.

Comme l’explique le SNICS : 

« Une licence générale inclurait les enseignements propres à la formation infirmière et des enseignements transversaux (communs à la licence des sciences de la vie, des sciences humaines…). Le programme des examens pour le diplôme infirmier serait inclus dans cette licence générale. Cette proposition lève l’obstacle de l’absence de sélection pour entrer à l’université, l’admission se faisant sur titre (BAC ou Equivalence).
En effet du fait du numerus clausus, les étudiants devront avoir été reçus au concours d’entrée de la formation infirmière pour pouvoir bénéficier des unités d’enseignements qui sont propres à cette formation mais ils pourront s’inscrire aux unités d’enseignements transversaux.
Cette proposition a l’avantage d’une inscription choisie d’emblée pour les études d’infirmières et non par échec au concours d’entrée (des études médicales par exemple) comme on aurait pu s’y attendre lorsqu’une première année commune pour toutes les professions de santé avait été envisagée. 
La formation infirmière « bi-diplômante » est donc possible : diplôme de licence et diplôme d’Etat. »

Possible, mais non mis en œuvre pour l’instant. Voilà où nous en sommes : des propositions, et toujours beaucoup de questions sans réponses de nos institutions ! 
... Affaire à suivre !

5 commentaires:

Cathy la Malice a dit…

Très intéressant ton article... et effectivement une thématique sans fond institutionnel...

C'est l'infirmière ! a dit…

je pensais pouvoir donner une réponse à cette question qui m'avait été posé sur facebook... je suis bien embêtée !

Anonyme a dit…

C'est rigolo ce matin, on en parlait avec une collègue, de ces fameuses msp, qui nous stressaient tant

C'est l'infirmière ! a dit…

C'est vrai que c'était une grosse source de stress !

tite marie a dit…

merci quand même !

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Merci pour le petit mot ! ^^