samedi 18 juillet 2015

Coup de gueule infi’ # 12 : " la CPAM et le congé maternité " ou comment se faire payer à coups de forceps !



[ il y a vraiment de quoi se taper la tête contre les murs ]


Ma petite paillette grandi bien, j’ai presque (pas) récupéré de mon accouchement et mon congé maternité se termine bientôt après avoir profité des seize semaines d’aides que la CPAM voulait bien m’octroyer. 

Oui mais voilà, fort est de constater que même si j’aime profondément mes filles, le besoin irrépressible de prendre soin des gens est grand et la nécessité est bien réelle d’avoir autre chose à raconter à mon mari le soir qu’un « elle a bien été à la selle » ou « je suis claquée tellement elles m’ont gonflée… » (ce qui, quand j’y pense, revient parfois à avoir les mêmes conversations que lorsque je travaille…). J’avoue, j’aurai presque hâte de me bruler le fessier sur le siège de ma voiture chauffée à quarante degrés en plein été.
Mais au-delà de mon empressement de pouvoir enfin dialoguer avec des individus de plus de trois ans, reprendre mon travail me permettra surtout de retrouver une comptabilité normale. Car si il est bien un mot qui devrait rimer avec « congé mater’ » ce serait sans nul doute « galère ». 
Mesdames, si vous envisagez de donner naissance ailleurs que dans votre voiture entre deux patients et que vous souhaitez vous arrêter un peu, un seul mot d’ordre : mettre de côté pour anticiper les défaillances de la la sécurité sociale...

Je vais tâcher de rendre mes explications aussi simple que la nomenclature de la CPAM ... Non, je rigole ! 
Le statut d’infirmière libérale à l’utérus distendu nous octroie deux aides. Une compensation financière versée pour moitié au début du dernier trimestre de grossesse et à la naissance ainsi qu’une indemnité journalière versée dès le début de l’arrêt et censée compenser la perte de revenue. Et même si la totalité du montant versé n’équivaut pas à mes revenus habituels, je m'efforce de croire que c’est toujours mieux que de ne rien n’avoir. 
Oui mais voilà, c’était sans compter sur la lenteur de la CPAM et sur la défaillance de ses services.

« Mais c’est normal que vous n’ayez rien touché, le délai de traitement des dossiers d’aides est d’environ deux mois… Ah, ça fait trois mois ? Oui mais je vous l’ai dis c’est une moyenne ! ».

Moyennant un harcèlement téléphonique quotidien dont seule mon expérience d'infirmière libérale habituée aux caisses faignantes du porte monnaie possède le secret et motivée par cette impression de foutage de gueule, j’ai enfin pu être payée... Après trois mois sans aucun revenu. 


Au fur et à mesure que mon ventre grossissait, mon compte bancaire de réserve s'amaigrissait et alors que j’accouchais il était devenu aussi vide que mon utérus. Mon compte devenant aussi sec que le ton sur lequel m’accueillait l’agent de la CPAM après mon énième appel, je me suis vu contrainte d’emprunter de l’argent à mon conjoint. Seule solution pour pouvoir enfin payer ma remplaçante et mes nombreux frais (loyer, impôts, URSSAF, caisse de retraite, prévoyance, assurance, toussa toussa) qui eux ne s'étaient pas mis en congé. 
Il y avait franchement de quoi serrer les fesses en me connectant à ma banque en ligne, de quoi débuter une bonne grosse rééducation périnéale. 

« Et l’argent des soins alors, tu ne touchais rien ? »

Bien ! Bonne question de la petite au fond de la classe, c’est bon, tu peux te rendormir car la réponse va être rapide : « je n’ai quasi rien touché car beaucoup de mes patients sont à 100 % et parce que je pratique le tiers payant pour ne leur faire payer que la part mutuelle. ».

Et oui, car il faut rappeler une donnée importante que mon cerveau défoncé aux hormones avait un peu occulté : " pendant un congé maternité, tous les actes de la remplaçante sont effectués en feuilles de soins papiers ", à l’ancienne en quelque sorte. 
Au risque d’être accusé par la CPAM d’une « utilisation frauduleuse de la carte CPS » et de voir un agent me tamponner le front d’un bon gros « fraudeuse » je me suis pliée à la règle et j'ai déposé mes feuilles au fur et à mesure. Sauf que, comme pour les compensations financières, les délais de traitement des feuilles étant d’environ deux mois (et là encore, c’est une moyenne), je n’ai pour l’instant été payé que de deux prises de sang à 6€08 en tiers payant (patients à 100 %), wouhou ! 
Ce constat aurait pu me pousser à facturer tous les soins aux patients qui se seraient alors retrouvés contraints de me régler en liquide la totalité de leurs soins sans tenir compte de ce tiers payant qui me coutait si cher. Mais si le délai pour être payé par la CPAM est d’un trimestre, il en va de même pour le remboursement de mes patients et je ne pouvais pas leur faire prendre ce risque financier...

Je lis sur certains forum des récits dépités de libéraux impayés par la sécu' alors que cette dernière prétextait n'avoir jamais reçu leurs feuilles de soins. "Mauvaise foi bonjour ! Vous reprendrez bien une tartine de foutage de gueule ? " 
Après bientôt quatre mois d'arrêt, je commence à m'inquiéter de n'avoir reçu aucun paiement et je suis fatiguée d'avance à l'idée d'être contrainte de re-remplir à la main les centaines de feuilles de soins soi-disant égarées entre la machine à café crasseuse et un agent de la CPAM momifié. 

Alors je croise les doigts des mains, les doigts de pieds et de les doigts de ta sœur et je me chauffe la voix anticipant ce harcèlement téléphonique dont je vais encore devoir les gratifier...



Si tu veux tout connaitre de mes galères d'infirmière libérale-enceinte-fatiguée-mais toujours aussi motivée, je te conseille les articles suivant :

 

[ Motivée on a dit.. ]

- " infirmière libérale et enceinte : une montagne à gravir aussi grosse que mon ventre " : quelques conseils pour bien vivre sa grossesse en tant que libérale

-  " Et pendant ce temps là ... Mon congé mater' me coûte cher " : mes premières galères pour me faire payer mes indemnités par la CPAM...

- ... Et retrouve tous les autres articles, les drôles, les vachement moins drôles et ceux bien plus perso concernant mon vécu de grossesse en cherchant dans l'onglet "Ma grossesse en tant qu'IDEL" en haut à droite du blog !








5 commentaires:

Prugneaux a dit…

Aller courage ma belle ,bientôt tu retrouvera une vie normale pendant qu'une certaine personne poupounera tes deux merveilles. Et lorsque tu rentrera le soir après une longue journée de travail, tu sera heureuse de les embrasser et les serrer très fort dans tes bras.

Anonyme a dit…

Bonjour! Je ne suis pas concernée par le congé mat, quand j'ai eu mes enfants il n'y avait rien pour les libéraux, donc je suis restée salariée en attendant que mes enfants soient là, ça s'est bien goupillé :-)
Mais donc ce petit commentaire pour cette histoire de feuilles de soin et de remplaçante, je ne suis pas trop concernée parce que pas de remplaçante, mais lorsque que SCOR s'est mis en place avec mon logiciel, j'ai vu que l'on pouvait enregistrer la signature de la remplaçante, et rentrer les jours où elle a travaillé, et là les feuilles de soin pouvaient être faites directement par le logiciel et télétransmises en dégradé (peut-être même en sécurisé je ne sais pas), et il me semble même avoir vu que l'on pouvait calculer la part de rétrocession en choisissant le pourcentage! Bref, c'est peut-être une piste pour te faciliter la vie!
Et merci pour ces anecdotes, je m'y retrouve souvent!

c'est l'infirmière a dit…

Bonjour. Le problème avec la télétransmission en dégradée, c'est qu'elle ne peut se faire sans la carte CPS... Si la remplaçante veut télétransmettre, elle doit avoir accès à la carte CPS de celle qu'elle remplace, donc d'après la CPAM c'est une "utilisation frauduleuse de la carte CPS", dixit le site d'AMELI.fr et dixit l'agent de la CPAM qui me la confirmé par la suite au téléphone... Nos logiciels de facturation ne sont pas toujours au fait de nos obligations, surtout en terme de congé maternité ! ;-)

Au plaisir de vous recroiser par ici chère anonyme ! ^^

c'est l'infirmière a dit…

... Vivement le passage de relais ! ^^

La petite infirmière dans la prairie a dit…

Je découvre petit à petit tes articles. J'ai moi aussi vécu le congé mat en libéral et c'est maintenant au bout de deux ans ( âge de pâquerette ) que je retrouve une compta à peu près normale!!!

Enregistrer un commentaire

Merci pour le petit mot ! ^^