mercredi 21 mai 2014

1000 vues déjà !!


*~*~*~*~*~*~*~*~*~*~*~*~*
! MERCI !
*~*~*~*~*~*~*~*~*~*~*~*~*

1000 vues déjà !

Et alors que « C’est l’infirmière ! » n’est ouvert que depuis 2mois et demi, je suis heureuse de voir que vous êtes de plus en plus nombreux à me lire, et pas seulement en France !
Ce blog n’existerait pas sans vous et votre soutien, alors un gros MERCI à vous tous !!


Modernité oblige, et pour partager avec plus de monde, une page facebook a été créée : https://www.facebook.com/cestlinfirmiere
N’hésitez pas à partager ^^
 

mercredi 14 mai 2014

Un combat se livre sous vos yeux.



Elle est adossée au mur bleu ciel de sa chambre avec la tête légèrement relevée vers le plafond et son visage est éclairé par le spot fixé au dessus d’elle. A la regarder ainsi éclairée par cette lumière blanche en contre plongé, on croirait voir une icône figée dans un cadre. Qu’elle est belle.

Les yeux embués de larmes, la lèvre du bas pincée entre ses dents, elle regarde son plafond blanc comme pour permettre à ses yeux fatigués de ne plus fixer. Cette femme vient d’apprendre que son cancer du sein récidivait. Alors qu’une décennie sans rechute lui redonnait l’espoir d’une réelle guérison, elle se retrouvait en quelque sorte au pied du mur. Encore une fois. Et elle craque.
Elle pleure, les épaules secouées par des sanglots. Elle renifle, s'essuyant le nez et les yeux avec son mouchoir en papier trempé. Et elle se tait. Ce long silence est inhabituel, mais nécessaire pour faire le point. Je laisse faire. Je la laisse ne rien me dire. Restant à ses côtés, pas trop proche, pas trop loin. Être là simplement, et ne rien dire. C’est peut être ce qui est le plus difficile finalement dans cette prise en charge.

samedi 10 mai 2014

La vie se regarde dans un miroir.




La chambre encore plongée dans l’obscurité, j’aperçois en fronçant un peu les yeux, une petite masse cachée sous un épais édredon. Je m’approche à tâtons, me demandant si j’allais devoir réveiller celui qui m’attendait : " Bonjour Monsieur ". 
De ma voix douce je lui fais entrouvrir ses yeux  tous gonflés d’une nuit trop dure. Accroupie à côté du lit, à côté de lui, je me présente. A partir de ce matin, je viendrais tous les jours l’aider à se lever, l’aider à se laver, l’aider à se tenir droit et à faire les quelques pas qui le séparent de son fauteuil de repos.

Je ne savais pas vraiment ce qui m’attendait avant de franchir la porte de sa chambre. Mes consœurs libérales des autres communes avaient refusées d’intervenir chez lui : " trop lourd ! ". Les organismes de soins privés et spécialisés n’en voulaient pas : " plus de place ! ". Sa femme avait pris le bottin, en arrêtant son doigt sur mon numéro, elle m’avait appelé.

Et j’étais là, en train de sourire à ce petit père qui comprenait bien que mon arrivée était le marqueur du déclin de son état de santé. C’est un patient étiqueté « lourd ». En fait, ce vieil homme était simplement en train de finir sa vie. Après avoir dû accepter que les dix années de traitement n’avaient pas réussi à détruire ce cancer, après avoir accepté que la maladie avait pris le dessus sur son corps, ce petit père était simplement fatigué.

Je l’aide à s’installer devant le miroir de sa salle de bain. Il ne se regarde pas, sa tête est baissée, son corps encore endormi, il est épuisé. Mes mains seront les siennes : " je tremperais le gant dans l’eau chaude, y mettant du savon, je frotterais doucement sa peau, la rinçant à l’eau clair, je l’essuierai ensuite...". Ces gestes répétitifs tout simples, que nous faisons tous, sont devenus impossible à réaliser par lui. Son corps amaigri s’essouffle, son cerveau comprimé de tumeurs n’arrive pas à lui dire quoi faire avec ce gant de toilette posé sur sa main qu'il regarde. Il faut accompagner chaque geste d’une parole, pour expliquer quoi faire sans angoisser.

Je regardais son reflet dans le miroir et je l’ai vu se fixer. Ses yeux étaient immobiles. C’était un regard indescriptible, presque dingue. J’ai compris qu’il ne s’était pas vraiment regardé depuis un bout de temps. Le matin on se prépare, on se regarde à peine. Et quand bien même nous nous maquillons ou titillons un bouton qui démange ou une ride qui dérange, on ne se regarde pas vraiment au fond des yeux. Et lui d’un coup, il se regarde tel qu’il est devenu, avec quelqu’un à ses côtés en train de l’aider à se laver. L’angoisse. Et j’ai repensé aux miroirs avec lesquels je jouais petite. Je m’amusais à imaginer un monde parallèle dedans, ou je me regardais marcher au plafond en tenant un petit miroir à bout de bras vers le bas.

A Force de parler dans ma tête, comme il m'arrive trop souvent de le faire, je devais avoir moi aussi un regard un peu dingue, car c’était moi qu’il regardait à présent, avec des yeux amusés. « Bonjour ! »... C’est sorti tout seul de ma bouche... Il a relevé les sourcils, se demandant si je n’avais pas décompensé quelque chose !
" Tous les matins, je dis « bonjour » à mon reflet dans le miroir, et c’est p’t’être con, mais la plupart du temps ça me fait rire et ça me fait partir du bon pied !"
Alors que j'étais accroupi, occupée à lui mettre ses chaussons, j’entendis un « merci » presque imperceptible, susurré entre les lèvres de se patient qui ne parlait plus depuis longtemps. Je me suis relevée : le p’tit père se scrutait toujours… Avec un sourire ! Un superbe sourire pas dingue du tout ! 
Le merci ne m’était pas adressé, il venait de le dire à son reflet dans le miroir, à celui qu’il regardait dans le fond de ses yeux. Peut-être était-il adressé à lui même, peut être à un autre, peu importe. Mon patient souriait et avait prononcé un des plus jolis mots de la langue française. 

Ce mot qui se susurre et se souffle. Ce mot qui se veut court et complet. Ce mot qui fait du bien à l'oreille du soignant, même si il ne lui est pas directement adressé.

Il y a des jours où les langues se délies à travers le reflet embué d'un miroir pour laisser filer un simple mot entre les lèvres serrées d'un patient qui se pensait oublié.


[photo : Martine FRANCK (1938-2012)]

lundi 14 avril 2014

Il y a des jours où l'on s’en veut d’avoir jugé trop vite.




"Au revoir Madame, à jeudi !". 
C’est avec le sourire que je refermais la porte derrière moi, alors que trente minutes plus tôt, j’attendais, frileuse et sans entrain, qu’elle s’ouvre.

- Mais si rappelez-vous ! Vous êtes venus me voir cet été alors que vous faisiez des remplacements dans le cabinet de la commune d’à côté ! Elle insistait lourdement au moment de la prise de rendez-vous par téléphone : "Bien sûr que je me rappelle de vous Madame… !". De toute évidence ma mémoire était aussi performante que celle d’un poisson rouge et ma franchise touchait le fond de son bocal.

C’est alors qu’en garant ma voiture devant chez elle, j’ai reconnu la sienne : "oh … !".

vendredi 4 avril 2014

On dit " Au revoir " et où on s’entend dire " Adieu ".






- au revoir Monsieur ! Je vous laisse entre les mains de mon collègue pour la semaine, reposez vous bien, on se revoit la semaine prochaine.

En lui serrant la main, je me suis écouté lui parler et ce que j’ai entendu c’est : "je ne vous reverrai pas, vous serez certainement mort, je vous ai dis ça pour ne pas vous inquiéter.". J’ai remis sa main sous la couverture chaude et ai posé la mienne sur son épaule en lui souriant. J’ai trouvé ça horriblement cliché et je me suis demandé si mon trop plein d’empathie lui avait mis la puce à l’oreille. Mais il s’était déjà endormi. La tête légèrement penchée sur le côté, il était serein, laissant une femme plantée là, au pied du lit, bourrée d’angoisse à l’idée de voir mourir son amour. Elle avait compris ce que signifiait cette main sur l’épaule et ce sourire empathique qui pu la mort :

mardi 25 mars 2014

Il faut lire entre les lignes pour comprendre entre les maux.






Je sais pas si c’est la saison, l’hiver qui n’a que trop duré, les effets de la lune lorsqu’elle est pleine ou bien encore la fameuse crise nationale qui mettrait à mal le porte monnaie et le moral de ceux qui le remplissent, mais en ce moment, les patients semblent davantage se plaindre. Je me dois alors d’avoir, dès le matin, l’oreille aiguisée prête à écouter les confidences de mes patients, voire à creuser si besoin. Et alors que la seule chose que je voudrais creuser c’est un trou pour y enterrer mon réveil, je compte sur la radio censée capter mon attention et sur le thé chaud de mon thermos pour me maintenir éveillé.

Mais parfois, les maux sont aussi subtils que les mots, et il faut savoir écouter naïvement pour comprendre que quelque chose ne va pas.

vendredi 28 février 2014

Parfoi avoir une tête de chien est la meilleure des choses qui puisse leur arriver.





Ils s’appellent Suly, Sallie, Sunny. Mina, Mimi, Minette ou Mimine. Ils sont grands, petits, gras, parfois gros. Attachant, agaçants, pots de colle ou distants. Ils ont des gueules.
Ce sont les chiens et les chats que je croise lorsque je franchi la porte de certaines maisons. Dans le village où je travaille, il y a des quartiers à chats et des quartiers à chiens, avec toujours un minimum de chats. C’est comme ça. Et c’est comme si les voisins s’étaient accordés.

Si j’entends aboyer en sonnant à la porte, je me méfie, surtout si le chien ne me connait pas. Si je vois un chat entre deux voitures au moment de quitter la maison de mes patients, je vérifie rapidement si un félin n’est pas venu se réfugier sous mon véhicule.

Mais qu’ils réveillent nos craintes,  excitent notre curiosité ou amadouent les plus récalcitrants. Ces bêtes à poils sont avant tout l’identité de leurs maitres, la pièce maitresse de la chaumière.

La douce Elo'

- Elle était d’une douceur, tu sais… Je n’en doutais pas et je ne savais pas quoi lui répondre… Quels mots pouvais-je bien trouver...