vendredi 14 août 2015

Reprendre le travail c'est comme faire sa rentrée scolaire... Et j'aime pas l'école.





Alors que je raccompagne mon collègue, je le regarde marcher vers sa voiture, complètement claqué du roulement de 21 jours non-stop qu’il vient de s’enfiler. Loin de lui l’envie irrépressible de travailler en testant ses limites ou d’exprimer un certain sadisme que des sonneries de réveils criardes viendraient exciter. Non, nous n’avions simplement plus d’infirmière pour me remplacer. Il a bien fallu continuer de se lever tous les matins, soigner nos patients en maintenant le sourire haut et sincère.

Je referme la porte. Le temps est clair et presque frais par rapport à hier. Il y a cette odeur de fin d'été, de linge qui sèche dehors et de feuilles d'arbre se préparant à brunir avant de chuter. C'est bizarre, on dirait un temps de rentrée des classes. Et je n'ai jamais aimé entrer à l'école... Dès ce soir, je reprends le travail, pour la première fois depuis quatre mois.

La ligne téléphonique vient de m’être transmise et le gimmick « cabinet infirmier bonjour ! », digne d'une standardiste blondissante et souriante, va revenir comme un automatisme, au point de répondre de la même manière aux appels personnels. Façon de démontrer qu’on ne décroche jamais vraiment du travail. 
Au fur et à mesure des transmissions de mon collègues, les pages se sont remplies de tous les rendez-vous pour les 18 prochains jours, et les tasses de café et de thé se sont vidées. Les jolies couleurs fluo censées m’aider à classer mes soins ont fais leur réapparition et on dirait que j’ai éclaté un bisounours arc-en-ciel entre deux pages en fermant mon agenda. On croirait voir le cahier d’école d’une gosse de primaire, manque juste les fleurs et les petits cœurs. C’est pas si moche ! 
Les prises de sang « orange » programmées dès demain matin me font craindre que mon premier patient se rende compte que mon absence de quatre mois m’aura donné toute la dextérité d’un moustique défoncé au répulsif périmé.  
Je souligne d'un « bleu pansement » et d'un « vert soins d’hygiène » les noms de certaines de mes mamies-chouhous. Les photos de ma petite paillette sont déjà prêtes à être dégainée aux yeux de ces curieuses-ridées, pressées d’apercevoir celle qu’elles auront côtoyé, à leur manière. 
J’ai une tonne de choses à revoir, rattraper, classer, rappeler, composter… Autant de post-it collés dans cet agenda qui pèse un chat mort. 

Mais le téléphone sonne déjà. J’ai envie de fouetter le fessier de celle que j’étais ce matin à coup de feuille de soins papier tellement je m’en veux d’avoir dit que j’étais contente de reprendre...

Adieu ongles longs parfaitement limés et vernis. Bonjour mains complètement défoncées par le SHA et desséchées par les lavages dignes d’une nana bourrée de TOC ! Vivement les crevasses de cet hiver tiens... En attendant c’est l’été, et je vais pouvoir sortir mon bronzage qui, pour une fois, n’est pas unilatéralement parfait. Les joies de la conduite en plein soleil façon routier… 

Mais il y a quand même des choses qui n’auront pas changés, c’est rassurant. 


Ma voiture est toujours aussi bordélique et sale. Je m’étais pourtant promis de la nettoyer pour la reprise. Il faut vraiment que j'arrête de faire des listes qui ne servent à rien… Il va falloir que je remplace la poussette de ma fille par ma mallette de soins, et le sac à langer par ma réserve de matériel. 
Les discussions hautement philosophiques que j’entretenais avec ma gnome de trois ans ne le seront pas forcément plus qu'avec certains de mes patients… Je vais devoir me remette à la météo, aux info’ locales et aux derniers potins du patelin. 
Mon cerveau est toujours aussi bien organisé. Tout comme j’arrivais à  changer la couche de ma deuxième en aidant mon ainée à se déshabiller pour le bain tout en répondant que « oui oui tout va bien ! » à mon cher et tendre rentrant du travail, je vais devoir aider ma vieille patiente obèse à se laver dans sa douche minuscule en conservant le fil de notre discussion de son fils divorcé, de sa fille mère célibataire et de la tumeur rectale de « Vanille », le mini-chien-rat adepte du masticage de semelle que je tenterais de dégager en toute discrétion de l’emprise de ma chaussure. Le tout, en mode « champion du sourire ! »

Un roulement de 18 jours non stop après une relâche de quatre mois... Je transpire des aisselles rien que d’y penser et je suis fatiguée alors que je n’ai pas encore mis un pied dans ma voiture. 
Alors pour me donner du courage, et comme toute bonne écolière faisant sa rentrée scolaire, je me suis acheté de nouvelles chaussures! Des boots en cuir tout terrain qui devraient me permettre de remonter la pente de ce retour de congé qui s’annonce éprouvant. Je vais en chier physiquement, en chier moralement, en chier émotionnellement. Un retour au travail qui aura tout l’air d’un bon vieux laxatif. Si avec tout ça je n’arrive pas à perdre les derniers kilo’ interdisant à mes cuisses d’entrer dans mes jeans fétiches, je ne comprends pas !

"C’est l’infirmière ! " fait son grand retour, alors à très vite pour de nouvelles petites histoires ! ^^


[ Source de la première photo : www.acontinuouslean.com ]

2 commentaires:

Monoblogue a dit…

Bonsoir ! Cela se voit que tu aimes écrire, et j'aime beaucoup ton style :)
Je vais guetter avec attention les nouveaux articles... En attendant bonne reprises (c'est génial les agendas tout fluotés, même si on désespère juste en jetant un demi-œil aux journées suivantes...)

c'est l'infirmière a dit…

Merci merci ! Au plaisir de te recroiser par ici alors ;-) !

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Merci pour le petit mot ! ^^