lundi 16 novembre 2015

Minute de silence : pourquoi j'ai préféré sauter, danser et chanter dans mon salon.



Il est 12h et je referme ma baie vitrée après avoir passé quelques secondes dans le silence, les pieds sur ma pelouse. Après avoir cherché un sens à toutes ces morts, alors que la vie continuait de chanter à travers les chants d’oiseaux et les bruissements des feuilles d’automne tombant au sol.

J’ai cherché à comprendre cette jeunesse s’en prenant à une autre jeunesse, la mienne, celle de mes potes. Mais je n’ai vu que de la folie. De la folie silencieuse au goût de mort amer. Un goût de silence bien forcé devant toute cette peine, cette colère et ces larmes.

Cette minute de silence n’est que le prolongement de celui qui m’habite depuis ce triste vendredi 13 novembre. Un cri réfréné au plus profond de moi et bloqué par ma gorge serrée. Je ne sais plus quoi dire, ni quoi penser. Je n’ai plus envie d’écrire, je suis perdue et je me sens creuse. Comme si la folie de ces hommes avait évidé à l’emporte-pièce un peu de ce qui me faisait moi. Laissant un trou dans ma naïveté et dans cet espoir dont je me nourris chaque jour de croire qu’il existe du bon en chacun de nous. Ne serait-ce qu’une toute petite paillette de bonté qui resterait à briller dans un coin au milieu de toute cette merde de bêtise et de cruauté. Je crois que j’ai gardé le silence trop longtemps, j’en ai marre d'avoir les yeux mouillés… 

Je veux chanter l’espoir pour ceux réunis entre potes à cette terrasse de café et qui refaisaient le monde. Je veux crier l’envie de vivre pour ceux installés devant ce restaurant et qui profitaient de la vie. Je veux danser la vie pour ceux tombés au concert du Bataclan et qui ne pourront plus sourire, danser… Et chanter, le bras en l'air, l'index et le petit doigt tendus au dessus de leur poing serré.

Ils veulent nous faire peur, nous faire taire et nous effrayer, mais mon cerveau s'alimente par la télé et mon fessier est anesthésié de ne plus bouger... Alors j’ai levé mon cul triste de mon canapé mou, j’ai éteints BFM TV et j’ai allumé mon ampli.

AC-DC, Bloc Party, Marylin Manson, The Clash, Rage Against the Machine… Cette musique qui m'a toujours donné envie de crier ma joie et ma peine. Tous ces sons qui me font pleurer et sourire. Tous ces groupes qui font vibrer en moi l’envie de continuer de vivre malgré la folie de quelques un et la mort de tellement d’autres. J’enchaine les musiques qui me font transpirer, crier et chanter faux. 
Le funeste hasard aura voulu que les premiers tirs au Bataclan arrêtent le concert sur la chanson « Kiss the Evil », embrasse le diable. Thunderstruck, Banquet, Highway to hell, Rock the Casbah, killing in the name…  Toutes ces chansons aux titres évocateurs de ces groupes qui ne font que mettre en lumière ce pourquoi beaucoup d’entre nous sont tombés et continueront de tomber à travers le monde… France, Liban, Palestine, Yemen, Kenya… Un monde entier sali par la merdique barbarie de ceux qui se refuse d’aimer la vie.


En sautant dans mon salon, la frange collée par la sueur, les larmes sont montées. Celles que j’ai vu naitre dans le coin de mes yeux mais qui n’étaient pas tombées sur mes joues depuis ce week-end. Celles que je n’ai pas voulu laisser couler devant mes deux petites filles. Mes deux trésors, trop petits pour comprendre ce qui est en train de se jouer. Ces larmes qui effacent celle que j’étais avant le vendredi 13 novembre et qui font naitre celle que je suis maintenant.

Celle qui saute dans son salon devant son chat médusé et qui essuie ses larmes en chantant encore plus fort. Celle qui emmerde la barbarie, l’homme qui n’a rien d’humain, celle qui lève sa bière pour trinquer pour ceux qui ne le pourront plus. Celle qui est plus forte. Celle qui n’est pas morte.

Pour tous les soignants qui ont sauvé ou accompagné les victimes des attentats. Pour toutes ces familles, ces amis qui ont le cœur brisé de ne plus pouvoir embrasser ceux qu’ils ont perdu. Pour tous ceux qui ont vu de loin ce que certains ont vu de près. Pour tous ces sourires figés sur les photos de ces jeunes qui ne seront jamais vieux, mon hommage a des relents de larmes, de danse et de bière.

Je ne me tais pas, je chante. Je ne prie pas, je danse. 
We will Rock you ! … Tant que la vie le permettra.

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