samedi 27 février 2016

I.F.D. : Indemnité Forfaitaire Déplacée





- Mais par contre, il n’y a pas marqué « à domicile » sur l’ordonnance de prise de sang de ma femme, c’est pas grave ?

Tout en préparant mon matériel pour sa prise de sang, j’ai rassuré le mari. Je lui ai expliqué que je ne facturais qu’un déplacement étant donné que je me déplaçais pour le couple et que le domicile était notifié sur son ordonnance à lui, donc il n’y avait aucun problème.
J’ai enchainé les tubes dans lequel le sang faisait ce petit bruit de remplissage, signe d’une belle veine qui donne bien, signe d’une infirmière contente de ne pas à avoir à repiquer un capital veineux capricieux. Le dernier tube rempli, j’ai retiré l’aiguille en demandant au patient de bien vouloir tenir le coton… La cafetière crachait ses dernières vapeurs dans la pièce d’à côté et l’odeur de petit déjeuner venait réveiller mes narines jusque dans le salon. Mon estomac s’est serré en laissant échapper le son de ce petit déjeuner qui avait dû refroidir sur le siège passager de ma voiture.  

Sa femme revient de la cuisine et s’installe sur la chaise à la place de son mari. Elle sentait le pain grillé : « Vous voulez un café après ? ». Je l’ai remercié pour sa gentillesse et j’ai décliné l’invitation par manque de temps, par manque d’envie aussi. J’ai toujours détesté le café, bien que l’odeur soit un délice pour mon nez… J’ai regardé l’ordonnance pour mettre de côté les tubes dont j’aurai besoin et effectivement le « A domicile » manquait. Le mari est revenu de la cuisine en se réchauffant les mains avec sa tasse de café chaud.

- Ma femme a demandé à son médecin s’il pouvait rajouter le domicile dessus. Il lui a répondu texto : « Le domicile, ça ne sert qu’à enrichir les infirmières, c’est tout ! ». 

vendredi 26 février 2016

Coup de gueule infi' # 17 : DSI : Document Sans Intérêt (Pour certains médecins)





- Il l'a jeté ou il l'a perdu ?... Il sait plus ?! Sérieusement ? P*tain mais m*rde quoi ! Si ça avait été sa feuille d’imposition t’inquiète pas que celle-là il ne l'aurait pas jeté !

J’hallucinais. Mon collègue profitait des transmissions de passation de tournée pour m’annoncer qu’il avait relancé le médecin traitant que j’avais moi-même relancé plusieurs fois déjà. J’attendais depuis trois semaines qu’il me renvoi la DSI (Démarche de Soins Infirmiers : LE papier hyper important pour argumenter le pourquoi du comment on se déplace chez les patients pour les aider à se laver entre autre) que je lui avais remplis, même daté pour lui mâcher le travail, c’est dire. J’avais joins une enveloppe timbrée sortie de ma poche avec un courrier pour qu’il comprenne bien l’importance qu’avait ce document pour moi. 
Mais depuis trois semaines je me rendais quotidiennement chez cette dame pour l'aider dans ses soins d'hygiène et je ne pouvais toujours pas être payé : parce que le médecin traitant avait oublié / perdue / jeté / origamée ma DSI. 

Parce qu’il me faut le fameux papier, c’est la dame de la sécu qui me l’a dit : « Pas de DSI, pas d’argent ». C’est un peu comme avec les bras et le chocolat, sauf que là je dois me taper en plus un traitement de rejet de la CPAM si malgré tout je tentais de me faire rémunérer le tiers payant sans le fameux papier. Manquerait plus qu’on m’accuse de fraude… De quoi être constiper sans même à avoir à manger de chocolat.

Mais voilà, il avait égaré le papier. Genre je te mets dans un coin de mon bureau, genre je m’en fous, genre on verra plus tard, genre je vais carrément te recycler ou t'utiliser pour caler mon bureau qui est bancal. Je me retrouvais donc contrainte d’imprimer une nouvelle DSI, de la renvoyer avec un nouveau timbre et croiser les doigts de pieds pour que ce courrier là ne finisse pas à la broyeuse…

Encore un coup de fil pour rien... Enfin pas vraiment puisqu’il m’aura confirmé que ce médecin se fiche totalement que je ne sois pas payé et ma patiente pas remboursée. C’est que je commence à être fatiguée d’engueuler mon téléphone à défaut d’oser incendier ceux que j’ai au bout du fil, comme l'autre jour :

- Oui oui, c’est tout à fait ça, il ne faut pas tenir compte du courrier d’avertissement !

J’étais sur le cul. Enfin pour de vrai je veux dire. J’étais à mon bureau avec mon agenda sous le coude, mon portable dans la main gauche et un stylo dans la bouche bien serré entre mes deux mâchoires. J’ai frôlé l’éclatement du quatre-couleurs entre les dents lorsque j’ai entendu la réponse de la nana du RSI (la caisse d’assurance des indépendants). Je les relançais parce que je venais de recevoir un courrier fort peu aimable me demandant de régulariser au plus vite la situation.

Un envoie de DSI avec encore un timbre de ma poche (parce que la sécu est dans le département voisin et qu'il ne fournissent pas d'enveloppe T) avait été fait à cette caisse pour lancer le début des soins chez ce vieux monsieur. Et puis deux semaines plus tard une nouvelle DSI avait rédigée par le médecin parce que l’état du pauvre petit père se dégradait ce qui nécessitait une nouvelle rédaction hypra-argumentée pour ne pas qu’on me reproche ensuite d’avoir surcoter mes soins. 
Toujours pas payée deux semaines plus tard je ne m’inquiétais pas trop. Et puis il y a eu ce courrier : « Nous n’avons pas reçu la DSI des soins que vous avez facturés, merci de réguler au plus vite la situation ». Genre peut-être que le courrier a été perdu dans leurs services, genre peut-être qu'il a été volé par le facteur qui en a fait un avion en papier, genre c’est de ma faute et on m’accuse de ne pas l’avoir envoyé… Genre j’ai commencé à flipper. 

Parce que j’aime pas ces courriers qui te filent des frissons dans l’échine, parce que je suis du genre hyper-toquée-du-papier et que je suis hyper-vigilante-de-ce-genre-de-chose !
J’ai donc appelé. On m’a fait patienter neuf minutes. Neuf longues minutes d'une musique insupportable et facturée huit centimes d’euros la minute alors que c’est une plateforme faite pour les professionnels de santé obligés de payer les appels pour être payé derrière, vous me suiviez ? Attention, j’ai encore moins logique :

- Bonjour, je vous appelle parce que j’ai reçu un courrier de relance pour une DSI que vous n’avez à priori pas reçu.

«  Vous l'avez envoyé ? »

Joyeux anniversaire le blog ! (Top 7 des pires recherches Googueule)

Le blog "C'est l'infirmière !" et la page Facebook associée

fêtent leurs 2 ans aujourd'hui ! Youhou

(Si tu aimes le cuir, le poil et que tu es nostalgique des années 80, je suis sûr que cette photo te va droit dans ton p'tit cœur sensible...)

Quasi 140 000 visites sur le blog (le compteur était à 30 000 il y a un an !), 2566 suiveurs sur Facebook alors que vous étiez 700 l'année dernière, des "C'est génial !", des "J'adore !", des "C'est tellement moi tout ça !" et tellement de "Merci" de votre part... Fiou !

Votre enthousiasme à me suivre est tellement communiquant que j'ai le cœur aussi chaud et coulant qu'une guimauve sur un feu de bois (sortez vos guitares, on va chanter et chialer ensemble). Non vraiment. MERCI mes chatons. MERCI d'être là à mes côtés, tout près, là, sur mon canapé à regarder par dessus mon épaule pour surveiller ce que je vais bien pouvoir publier !
 
 
Pour fêter ça comme il se doit mes p'tits-chatons, je vous ai préparé une petite surprise... Lorsque je navigue dans les méandres et paramètres de mon blog (là où généralement le HTML me rend vulgaire), j'ai accès aux mots-clés qui ont été utilisés sur googueule pour arriver jusqu'à moi... Je n'ose pas imaginer les têtes déçues de ces fans d'Evelyne Dheliat qui ne s'attendaient pas à tomber face à un article sur l'évacuation manuelle des selles

Il y a d'autres pépites, je te les offre aujourd'hui, c'est cadeau :

Top 7 (non, y'en a pas 10) des pires catégories de mots-clés Gougueulisés du blog :


7. La bonne grosse blague, celle qu'on veut apprendre par cœur pour la répéter aux collègues devant la machine à café : blague du petit quotidien", "blague pigeon voyageur", Histoire bricoleur et infirmière" (celle là aurait pu être rajouté au point 4)

6. Changer de voie :  "infirmière c'est bien ?" (j'sais pas, y'a du pour et y'a du contre ^^), "infirmière qui veut faire autre chose", "infirmière c'est quoi " (cette bête étrange...)

5. J'aime les animaux : "paresseux qui ne partage pas sa branche", "chien patte agrafes repos" (là j'avoue, j'ai pas compris) 

4. La recherche porno : "J'ai envie d'une infirmière", "fétiche gant latex infirmière", "infirmière de nuit très chaude", "à poil face à l'infirmière" (le grand classique du mec qui reste coincé sur le porte jarretelle et cette blouse décidément trop courte quand on se penche pour prendre la tension)

3. Le téton : "téton d'infirmière", "aréole femme enceinte", "femme petit téton" 

2. indéfinissable et/ou glauque : "ouvrir sa gueule", "il y a des cœurs", "ma brune met des bas" (bonjour amis du Québec !), "quand tu vas bosser et que tu te sens humide", "gout du sang quand je me tape la tête" (quoi ?!)

1. Evelyne Dheliat : "qui est le mari d'Evelyne Dheliat" (c'est vrai ça, qui c'est ?), "Evelyne Dheliat cuisse ouverte" (...que j'aurai aussi pu mettre dans la catégorie précédente !)


Voilà voilà mes chatons,
Encore MERCI, longue vie à vous, à vos commentaires qui me font toujours aussi plaisir. Longue vie au blog et à ces échanges incroyables autour de notre profession ! Je vous embrasse et vous fait un gros cœur avec les doigts !
 

mercredi 24 février 2016

Les soins infirmiers à domicile : un ascenseur émotionnel dans une tour infernale.


 


« Finger in the nose, j’te dis ! ». 


Ouais j’avoue, ce n’est pas la réflexion la plus classe du monde et le genre de confession sur l’oreiller dont mon conjoint se passerait bien avant de se coucher. Mais j’avais une franche envie de me la péter, pas peu fière de ma journée de travail sans une ombre au tableau... Le sommeil est venu m'alourdir tranquillement le cerveau avec toute la force d’un Vidal pris en pleine tête. Je me suis endormie avec l’impression de culminer fièrement tout en haut d’une tour : ma tour des soins.

Je viens de relancer mon réveil pour la cinquième fois et je maudis cette sonnerie de soi-disant relaxation mais qui me sort de ma torpeur avec toute la douceur d’une caresse au papier de verre. La chambre encore plongée dans la pénombre, je m’étire, je soupire, assise au bord de mon lit. Mon pied chaud touche le sol froid à la recherche du chausson. Mon œil est encore collé par cette nuit aussi réparatrice qu’une soi-disant crème anti-âge. Je passe ma main sur mon visage puis ma nuque douloureuse et je me rappelle que je n’ai toujours pas pris rendez-vous avec mon ostéo’. Je tente d’enfiler mon soutien-gorge avec cette étrange impression d’avoir de tous petits bras mous. Mes cheveux longs sont en friches devant mes yeux et je tente de les écarter en soufflant dessus, ce qui n’a pour seul effet que de me donner cette tête bizarre de Popeye. Un Popeye en grave carence d’épinards. Je les repousse en arrière en me prenant les doigts dans des nœuds. Aïe…

Ce matin, rien ne va. J’ai arrêté de me la jouer. Ce matin, j’ai arrêtée d’être fière et je suis redescendue du sommet de ma tour des soins. J’arrêterai bien de me plaindre en sortant fumer une cigarette devant l’entrée de cette tour infernale, mais ça aussi j’ai arrêté… Je me lève.

Après avoir écourté ma préparation personnelle qui nécessiterait pourtant toute l’assiduité d’un protocole de soins intensifs, je me retrouvais derrière mon volant avec une bonne dizaine de minutes d’avance. Pas mal ! Je reprends confiance en moi et je grimpe au deuxième étage de ma tour mentale d’un pas soutenu et sans prendre l’ascenseur s’il vous plait ! Je montais encore un étage pour me rendre chez ce premier patient hyper sympa et puis il y a eu ce « Biiiiiiiip !! ».

Ça, c’est le chantage sonore infligé par ma voiture à chacun de ses démarrages si je ne lui donne pas à boire. Trop pressée de rentrer chez moi la veille, j’avais oublié de faire le plein. Et ce matin, elle avait soif. Trop soif. Direction pas prévue vers la station service pour faire le plein de mon bureau roulant : la pompe 24h/24. Ou comment agresser tous tes sens en même temps : ça pu, c’est moche et une musique insupportable vient tacler tes tympans te donnant presque envie de casser la gueule à l’éléphant bleu voisin qui garde son sourire-néon à toute épreuve.  
Il est encore tôt, il fait frais, il y a cette petite brume matinale de fin d’hiver et la caissière de la station n’a pas encore pris son poste. Je me gare devant la pompe à essence. «Carte refusée». Je remonte dans ma voiture, redémarre, recule, change de pompe. «Carte refusée». Obstinée, je remonte à nouveau dans mon véhicule, re-redémarre, re-recule et m’avance vers une troisième pompe : « Carte muette ».
 
L’éléphant bleu me sourit toujours et clignote même du néon. Je ne suis pas ma carte et je ne suis pas muette. Je lâche un « P*tain de b*rdel de m*rde !! » qui ne remplit pas mon réservoir mais qui vide un peu celui de ma colère.

Debout dans la station, je resserre ma queue de cheval et j’échafaude un plan B, uniquement basé sur le restant de gasoil dans mon réservoir. J’allais devoir commencer ma tournée pour ne pas retarder les soins urgents, revenir dans ce patelin pour faire le plein une fois la caisse ouverte pour payer par chèque et reprendre au plus vite ma tournée en prétextant, auprès de mes naïfs patients, une petite urgence contre laquelle ils n’oseront pas trop poser de question. C’est nickel, je suis la championne de l’improvisation et de la mauvaise foi, dans ta face l’éléphant bleu !

samedi 20 février 2016

Prose à quatre mains.




Sur une idée originale de la blogueuse La Petite Infirmière Dans La Prairie : 
Nous sommes quatre infirmières libérales. Nous travaillons à la ville, à la campagne, en Guyane. Nous sommes blogueuses à nos heures perdues et on a eu envie de mettre en commun nos écrits sur un thème qui nous est cher : «  qu'est-ce qu'être infirmière libérale ?» Alors bonne lecture à tous...
 


« La seringue atomique » : Être infirmière libérale en Guyane, c'est pour moi :
Boire un café dans la solitude du petit matin. Partir dans le silence de la nuit. Arpenter les rues de la ville encore endormie. Dire bonjour à son premier patient en portugais. Prendre à droite ou à gauche selon l'envie. Faire trois fois le tour du rond-point par pure fantaisie. Respirer l'odeur du pain chaud et s'arrêter à la boulangerie. Longer la mer et regarder les vagues qui se meurent sur les rochers. Chanter dans sa voiture, parler seule, sourire. Se sentir libre.
Parler espagnol, créole ou anglais. Essayer de comprendre l'autre et de se faire entendre. Adapter son langage, dessiner, baragouiner, gesticuler. S'arrêter, se regarder deux minutes en train de faire tout cela et rire aux éclats. Se prendre une averse tropicale et n'avoir pas de parapluie. Entendre les patients dire qu'il faut prendre soin de soi. Se sentir aimée. Aimer l'autre, accepter les différences. Ne pas juger. Ressentir une sensation de plénitude et ne désirer rien d'autre.  Se sentir utile.
Prendre soin. Être clairvoyant, perspicace. Faire appel à ses connaissances. Étudier, apprendre, se former. Faire preuve d'assurance en cas de pépins. Être compétent et patient. Savoir gérer, organiser et anticiper. Avoir le choix. Se sentir autonome et indépendante.
Rentrer à la tombée de la nuit. Faire un détour par la Place des Amandiers pour regarder les vieux jouer à la pétanque. Acheter un sorbet  rue Lallouette, se dire que la crème glacée est l'amie de la cellulite et pouffer de rire. Arriver chez soi, fatiguée et satisfaite de cette journée, fermer les yeux et dormir. Se sentir remplie.


« C'est l'infirmière ! » : Être infirmière libérale en zone rurale, c'est pour moi :

J’arrête ma voiture à ce stop improbable perdu au milieu des champs où rien ne pousse en cette saison et où seule la brume du purin déversé la veille rappelle que des personnes travaillent sur ces terres. Il fait froid dehors et je réchauffe mes mains sur la ventilation de mon véhicule. La nature semble figée par l’hiver et le lever de soleil qui me fait face est démentiel, je fais une photo. Ma fenêtre est baissée et l’air s’engouffre dans l’habitacle : l’air est neutre, j’ai l’impression d’être la première à le respirer. Mes patients m’attendent, je passe la première. 
Quand j’arpente les routes de campagne avec ma voiture, je prends toute la mesure de ma liberté de soignante que m’offre mon statut d’infirmière libérale. Les « Oui oui ! » répondent au tintement des sonnettes de portes et je m’engouffre dans ces maisons que je connais par cœur pour aller soigner ces gens dont je connais le corps sur le bout des doigts et les secrets les plus intimes. Chaque journée de soins est différente tant chaque individu soigné est unique. 
Chaque porte qui s’ouvre à moi m’offre l’opportunité de découvrir des existences incroyables de gens anonymes dont les histoires de vie m’ébranlent, et dont la facilité de se confier au sein de leur foyer me touche. J’approche les corps, j’écoute les mots, je tente de combattre la mort en soignant les maux. Je suis infirmière libérale en zone rurale et je soigne l’anonyme, l’impensable et l’incroyable.


mercredi 17 février 2016

L'entraide : le b.a.-ba du soin tsoin tsoin. En principe.




- Est-ce que tu peux t’occuper de mon couloir cinq minutes le temps que je descende fumer une clope s’il te plait ? J’ai tout checké et tout le monde va bien (enfin, le "tout le monde va bien" était relatif étant donné que j’étais infirmière dans une unité de soins palliatifs…).

Ça c’était moi il y a quelques années à l’époque où je bossais enfermée dans ce service aux couloirs interminables et pâles, éclairés par des néons qui donnaient à tous les soignants qui y travaillaient ce teint blafard. Comme si nos tenues blanches ne suffisaient pas déjà…
J’allumais ma cigarette, appuyée contre le mur dehors, en plein soleil. Il faisait beau. Mon visage tourné vers le ciel bleu, je fermais les yeux en laissant ma peau se réchauffer et se rétracter sous l’effet des rayons. La lumière chaude traversait mes paupières, ce qui me faisaient voir rouge, et mon regard ne se perdait plus dans le noir. Ça faisait tellement de bien. Et j’étais tellement fatiguée… 
Ce n’est pas comme si l’après midi avait été difficile ou que l’endormissement devait d’urgence se faire tacler par une cigarette au soleil, non. J’étais juste fatiguée d’être enfermée toute la journée, contrainte d’arpenter avec mes crocs aux motifs coccinelles ce couloir interminable pour aller répondre pour la dixième fois en deux heures à la dame qui se trouvait au bout, tout au bout du couloir et dont le pouce avait dû fusionner avec la sonnette au vu le nombre de fois où elle s’acharnait à l’utiliser… Heureusement ma collègue du jour le comprenait bien, et me laissait sans problème m’échapper pour aller respirer l’air de dehors à coup de clopes et de bains de soleil vite expédié. 

Elle m’aidait, je l’aidais, tout le monde s’aidait. C’était comme ça, c’était la logique pour qu’un service fonctionne bien et n’ai pas trop à souffrir de ses soignants fatigués. L’entraide : le b.a.-ba du soin tsoin-tsoin.


- Mais m*rde, sans d*conner, ils pensent que j’ai que ça à faire ?!

vendredi 12 février 2016

Plus jamais j'vous sers la main ! ( Top 10 )





Et hop, Un p’tit peu de SHA sur les mains ! (comprendre "Solution Hydro-Alcoolique" hein, n’allez pas imaginer que je sors un chaton de mon sac à main pour m’en badigeonner les mains). Je suis devant la porte de ma patiente et je viens encore de faire résonner un coup de sonnette foireux comme j’en ai le secret. 
Il va vraiment falloir que j’apprenne à sonner pour de vrai. Un vrai "Dring !!" viril d’infirmière libérale grave motivée à aller soigner celle qui met trois plombes à venir m’ouvrir alors qu’il pleut comme pas permis dehors. Non, moi à la place, j’appuie toujours hyper-vite sur le bouton, parce que je déteste me faire agresser l'oreille par ma sonnette de porte. Alors je me dis que pour les patients c’est pareil, donc pour ne pas déranger je "touchotte" la sonnette. Du coup, on entend ni "Dring !", ni "Dri..", mais juste un "Drrr..". Une pitoyable et absolument pas charismatique entrée :


- Bonjour ! Oulah, ça a pas l’air d’aller ce matin ? "Non. J’ai la gastro…"


Et tu penses qu'elle m'aurait prévenue avant de me serrer la main ! Auquel cas je lui aurai surement dis que, pour une fois, j’allais faire une entorse à ma tradition de la libérale-franchouillarde-en-mal-de-contact qui voue un quasi-culte à serrer la main de tous ses patients, voire même à grattouiller l’entre-oreilles des chiens et chats qu’elle croise (j’aime trop les bêtes et un jour je vais y perdre un doigt). J'avoue. Je suis une foufou du contact à l’ancienne ce qui induit d’avoir toute une portée de SHAton dans son sac pour contrer l’attaque des miasmes sur l’épiderme de mes mains que l’usage combiné de solution-hydro-alcoolique, de gants en latex et du froid aura su rendre aussi doux qu’un papier de verre gros grain.


Parce que bon la gastro, "même pas peur !" j’ai envie de dire ! 
Mon métier de soignante m’aura rendu aussi résistante que Marisol Touraine à son poste et je ne suis donc jamais malade. Enfin si, parfois, mais seulement pendant les vacances. J’ai alors la chance d’avoir un organisme incroyable qui, au lieu de me rendre malade genre trois ou quatre fois par an, sait combiner toutes les maladies d’un coup. Il n’est pas donc rare de voir mes vacances mises à profit pour prendre en charge ma grippo-angino-gastro-lumbago doublée d’un petit rhume. Un mystère pour la médecine qui me vouera un jour d'être empaillée pour me laisser en déco' au fond d'un couloir d'un service de maladie infectieuses et tropicale.


Je ne compte plus les fois où je me suis promis de ne plus jamais serrer les mains de mes patients…



Top 10 des fois où je me suis dis : "Plus jamais je vous sers la main !!" 

mercredi 10 février 2016

Sois-niante et con.





- J’suis pas sourde !!

J’ai mis la main dans ma poche et j’ai hésité à couper le dictaphone qui fonctionnait depuis le début de la matinée discrètement dans ma blouse. Parce que ce n’était pas elle que je voulais enregistrer. 
Elle, c’était ma vieille patiente de quatre vingt dix ans qui refusait de décroiser ces jambes qu’une souplesse illogique pour son âge maintenait en tailleur. Elle ne voulait pas se lever pour me suivre dans la salle de bain. La petite dame aux yeux incroyablement clairs portait une chemise de nuit rose avec un dessin d’ourson tenant contre lui un cœur géant au dessus duquel il était écrit "Sers-moi fort !". Elle était assise sur ce fauteuil bleu plastifié moche qu’on trouvait dans toutes les chambres de ce service de gérontologie. 

J’y entamais ma troisième semaine de stage et je prenais de plus en plus confiance en moi alors que mes études n’avaient commencé que depuis un trimestre à l’école d’infirmière. Je prenais pour repère les diplômées qui m’encadraient et notamment celle qui ne connaissait toujours pas mon prénom malgré huit heures par jour passées à ses côtés depuis le début de mon stage. Le soir, je rentrais dans mon appartement d’étudiante avec ce sentiment de travail accompli, celui d’avoir bien soigné, d’avoir été juste et à ma place… Mais ce matin, l’eau chaude dans le lavabo allait refroidir et je ne savais plus quoi faire pour inciter la vieille dame à me suivre.

Mes "Allez, on fait un petit effort et on m’accompagne dans la salle de bain pour se laver… " de ma petite voix perchée n’avaient aucun effet. Elle campait sur ses positions et à moins d’emmener le fauteuil avec nous dans la micro salle de bain, je n’allais jamais réussir à l’aider à se débarrasser de son pyjama. Je n’avais qu’une envie, faire ce que me demandait son t-shirt : la serrer fort contre moi pour l’emmener dans la pièce d’à côté. Et hop ! L’affaire serait réglée et mamie serait déjà propre et habillée en train d’adopter des positions que ma jeune souplesse ne me permettait même pas de pratiquer.
Je regardais ses mains tenir fermement les accoudoirs du fauteuil, la maigreur de la vieille dame était incroyable. Je pouvais voir chacun de ses tendons, de ses plus petites veines et de ses os juste sous cette peau bien trop grande pour elle. Mieux que les planches d’anatomie, j’avais devant moi de quoi réviser mes cours d’ortho’, de géronto’ voire de neuro’ tant son refus de se lever s’apparentait pour moi à un début de démence. Fort de ce diagnostique établi dans ma tête de toute jeune étudiante, je ressortais de sa chambre en me disant que ce n’était pas de ma faute mais juste un peu de la sienne parce qu’elle était démente la pauvre dame, qu’elle ne comprenait plus pourquoi elle devait aller se laver, qu’elle était vieille et que sa démence était aussi une bonne excuse et que ce n’était finalement pas non plus de sa faute à elle : 1 partout, la balle au centre.

Je quittais donc la chambre à la recherche de ma roue de secours : ma soignante-référente. Celle qui me supportait depuis deux semaines avec la même considération qu’un boulet d’une tonne à sa cheville. Celle qui ne me parlait qu’en soufflant toute l’exaspération que lui insufflait ma présence, celle que j’avais voulue enregistrer ce matin. Pour quelle raison ? Je ne sais pas. Pour rigoler d’elle une fois rentrer chez moi peut-être. Oui j’ai été con sur ce coup-là, j’avoue.