mercredi 2 septembre 2015

Les vieilles habitudes ont la vie dure !





Alors que le « 7-9 » de France Inter résonne dans l’habitacle de ma voiture, je tourne le bouton et préfère couper le son. Il y a des matins comme ça, où je n’ai pas envie qu’on me parle. Il y a des matins comme aujourd’hui, où je suis fatiguée d’avance à l’idée de devoir sourire, écouter les misères de l’une et parler des problèmes de l’autre. Oui, ce matin, je me suis levée en retard, je suis moitié-sauvage et le demi-mug de thé avalé à la va-vite n’aura pas suffit à me rendre toute la docilité d’un chaton.

Il est tôt et je roule en direction de mon premier patient. La campagne est belle avec cette teinte orangée… Je baisse ma vitre au plus bas et sort mon bras par la fenêtre. Il fait frais ce matin, c’est bientôt la rentrée des classes. Mes doigts tendues percutent l’air vif et perdent leur sensibilité. J’agite ma main telle une aile d’oiseau. J’ai cinq ans dans ma tête et la même envie d’aller bosser qu’à l’époque où j’allais à l’école…

J’ai toujours été faignante. Et après quatre mois d’arrêt, il me faut un pied de biche pour me démouler de ma voiture. Je frotte mes joues, un échauffement des zygomatiques nécessaire pour lancer le premier sourire d’une longue série avant le repos tant mérité de ma fin de tournée.

« Bonjour ! », « Bien le bonjour ! », « Bonjour bonjour ! », « C’est l’infirmière ! »

Tous ces visages, ces rides et ces regards qu’on connait par cœur et qui reviennent à votre mémoire aussi vite que votre sourire revient se coller à votre bouche. Cette mèche de cheveux rebelle chez l’une qu’on aplati d’un coup de main expérimentée et ce mouvement de brosse donné chez l’autre aux cheveux trop plats et qui ne demande qu’à se rebeller. Ces veines minuscules, qui claquent, qui roulent et qui semblent se cacher dans les chaires à l’approche de l’aiguille mais qu’on arrive à piquer, déclenchant ce petit « Yes !! » intérieur, le cri de la déesse de la piquouse dans sa toute puissance face au capital veineux miséricordieux. Ce geste rapide de la compresse enroulant la pince kocher qui tamponnera les plaies, un automatisme qui a toujours ce petit effet chez les non-avertis…

Ces poignées de porte capricieuses qu’on connait trop bien et qu’on referme d’un mouvement vers le haut ou cette autre que l’on claque, comme uniques moyens de bien refermer les portes de ceux qu’on vient de visiter. Ce mouvement de poignet, tel un chercheur d’or, pour enlever la mousse de savon au fond de la bassine et l’eau chaude qu’on laisse couler sans tester de la main la température tant l’on connait par cœur la chaudière de la maison. Tout est revenu comme un automatisme. Le sourire avec, et sans se forcer. Mes patients ne m’ont pas oublié et semblent heureux de me revoir…

Rapidement, les seringues d’anticoagulant sont venues encombrer mon tableau de bord déjà recouvert de post-it, d’élastiques à cheveux, de fluo et de gants en latex. Le plancher passager de ma voiture n’est redevenu qu’un gros bordel que je dis « organisé », tu parles.... Les papiers se sont accumulés dans mon agenda et débordent de ça de là... La promesse que je m’étais faite de garder une voiture propre et ordonnée n’aura tenue qu’une matinée. Prochaine résolution : « Arrêter de prendre de bonnes résolutions ».


Le #31#, les AMI, le biiiip du TLA, la sonnerie de mon téléphone et toutes ces petites choses qui m’exaspèrent parfois ont rapidement retrouvé leurs marques dans mon quotidien d’infirmière libérale. Ma fatigue, mon agacement, mais mon envie aussi. Finalement, même si je grogne souvent, que je suis claquée et que mon lit reste un refuge duquel j’ai souvent du mal à me soustraire, je l’aime mon travail et j’aime les gens que je soigne !

Je continue ma route en ce dimanche après-midi, m’arrêtant ça et là, prenant plus de temps par ci, par là. Tous ces gens que je croise dans la rue et que je salue depuis le volant de ma voiture comme la Queen-Mum. Je vois marcher ces familles dont je partage l’intimité qu’un proche voisin n’aura jamais approché. Je connais leurs histoires de vie, leurs plus grands malheurs, parfois leurs plus petits secrets. Un peu plus loin, les joueurs de pétanques utilisent les trottoirs recouverts de falun pour partager un moment entre potes. Tout le monde se salut. Ici les gens se parlent et prennent le temps. 

Qu’il m’aura manqué ce microcosme ! Que je suis heureuse d’en faire à nouveau parti, je l’aime tant ce patelin et ceux qui y habitent…


1 commentaire:

La petite infirmière dans la prairie a dit…

Bien sûre, on râle souvent mais il est quand même bien ce travail! Merci pour ton article.

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Merci pour le petit mot ! ^^