mardi 5 avril 2016

Le petit déjeuner est compris dans le soin.



J'ai certains patients que je prends plaisir à mettre en tout début de tournée : ceux des prise-de-sang-avec-petit-dej'-compris. Le B&B du soin, la couchette en moins.

Généralement, ce sont des personnes âgées ressemblant à mes feu-grands-parents. Généralement ils m'ouvrent la porte en me disant : « A la menthe le thé, comme d'habitude ? ». Généralement ils m’offrent le double de madeleines que j’ai eu le malheur de refuser. Généralement les petits carrés de chocolats noirs emballés individuellement accompagnent tout le reste et il n'y a que chez eux que j'en trouve encore.

Ils sont tous petits, mais ils ont le sourire grand.

Ils m'accompagnent dans le salon en me disant rapidement qu'ils en ont plein le dos parce qu'ils ont levés les carottes et ils haussent des épaules quand je leur dis que c'est le pied qu'ils devraient plutôt levés. J'accepte les carottes offertes déjà préparées dans un sac et leurs plaintes qui ne sont jamais bien longues. Chez eux, ça sent le feu de bois et la terre humide. Il y a toujours une paire de sabots posée sur un bout de carton devant la baie vitrée. Derrière le rideau du salon il y a le potager encore nu à la terre retournée dans lequel des merles viennent se taper un petit déjeuner de vers. Il y a toujours ce chat roux tout miteux à la fois angora et poil court, on ne sait plus trop, qui squatte sur la chaise du bout, celle du chat. Pas bien loin, un journal est ouvert aux nouvelles du jour et au-dessus une horloge indique toujours midi, même quand il est sept heure, 'toute façon la grande aiguille a disparue depuis des lustres. Il y a cette nappe cirée jaunie et patinée dans les coins et mon petit-déjeuner est prêt sur la table.

Alors avec le temps, j'ai finis par prendre le pli et je me suis assise.  Par peur de vexer. Par gourmandise parce que j'adore les madeleines, surtout celles avec la coque de chocolat dessous. Par nostalgie parce que j'adore les écouter parler de mes grands-parents qu'ils ont connus. Par sympathie, parce que chez eux j'ai l'impression d'avoir sept ans et d'être le dimanche matin chez mes p'tits vieux que je n'ai plus...

Tous les trois mois, je croise les doigts pour que la prise de sang trimestrielle du grand-père tombe sur mon roulement et c'est bizarrement toujours le cas.... Je les soupçonne alors de compter les jours comme je compte le nombre de chocolat qu'ils m'ont encore donné ce matin pour le p'tit-creux du ventre qui remplit aussi celui de mon cœur de soignante.

1 commentaire:

Céline a dit…

Ahahah le petit café de 10h avec les petits lu j'y ai droit aussi et si par malheur je n'ai pas le temps ....qu'elle déception pour eux...et pour moi aussi je l'avoue!!

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