vendredi 16 octobre 2015

Ces actes manqués qui me font bosser gratis !



- Et bien non ! Les prises de sang, c’est comme le chocolat : pas de bras piquable, pas de soin facturable !

Je tentais la « réponse-tout-sourire » mais n’allez pas croire que je ne l’avais pas mauvaise… Ce n’est pas que je voulais absolument réussir cette prise de sang pour rafler à tout prix les 8€58 qui m’étaient dû, non. C’est surtout que je n’aime pas bosser pour rien, et encore moins rater ce pourquoi je me déplace… Surtout lorsque le patient en question est un bébé de un an ayant autant de veines que Tchoupi a des oreilles (vérifiez par vous même, ce truc croisé pingouin n'a pas l'ombre d'un orifice auditif). La mère semblait presque déçue de ne rien me verser, mais pas au point d’insister pour me payer le prélèvement que j’avais foiré malgré l’usage de micro-ailettes hors de prix spéciales « bébé, pieds ou veines surchimiotées»

Moi, je restais étonnée de devoir réaliser des prises de sang de l’extrême chez des gamins aussi jeunes sans même avoir droit à une petite majoration pédiatrique. Tu sais le genre de cadeau auquel ont le droit les médecins et qui te récompenserait d’avoir osé relever le défi de faire rire un bébé avec un garrot dinosaure tout pourri, alors qu’à l’évidence même, il n’en avait rien à secouer. Parce que la seule chose que lui voyait, c’était ton aiguille, tes gants en latex et ton faciès aussi détendu qu’un jour de contrôle par la CPAM. 
J’étais concentrée, je me répétais « donne moi une veine, donne moi une veine… », le tout bien dissimulé derrière un sourire « pleine dent » alors que j’aurais rêvé de hurler dans un sac en papier. Le sang est monté dans la tubulure de l’ailette, je gosse a bougé, il s’est dépiqué : Raaaaah !! (Hurlement primaire complètement silencieux uniquement visible par un léger haussement de sourcil :  Total self control bordel !).

Et mon " total self control " a été mis à rude épreuve toute la semaine et je n’ai eu de cesse de relever ce sourcil. Pour cette patiente qui ne s’est jamais présentée au cabinet pour sa prise de sang parce que l’appel à rester sous la couette avait été plus fort que le mien pour tenter de la réveiller. Pour cette autre que j’ai dû renvoyer chez elle parce qu’elle n’avait pas l’ordonnance d’acte qui allait avec son injection et qui insistait pour que je la pique sans se donner la peine de comprendre pourquoi je ne pouvais pas travailler sans prescription. Pour celui que je rappelais sans cesse depuis trois semaines et qui préférais ignorer mes messages plutôt que de me payer les 6€30 qu’il me devait… J’en ai finis par relevé mes deux sourcils.
Je travaille gratis… Et on me dit que je coûte cher ? Parfois on oublie de me payer… Et on me traite de voleuse ?


Je suis remontée dans ma voiture, après avoir refermé mon cabinet. Un peu énervée. Pas mal fatiguée. Vraiment agacée par tous ces p’tits coup durs qui avaient rayé mon mental d’acier durant cette dernière semaine...
Et puis cette voiture s’est arrêtée à ma hauteur. Elle est descendue de son véhicule et a frappé à ma fenêtre avec un sourire instantanément communicatif. J’étais tellement contente de la revoir. Je n’avais plus eu de ses nouvelles depuis des mois, depuis sa dernière injection. La toute dernière d’une très longue série. La toute dernière avant d’ouvrir un dossier d’adoption. Parce que son corps semblait lui refuser cet enfant. Parce que le coup de pouce donné à la nature ne semblait pas suffisant.

« Venez voir ! ». Elle a entrouvert la porte de sa voiture. Une couverture recouvrait un cosy. D’une main délicate elle écarta le tissu rose sous lequel se trouvait une magnifique petite fille joufflue, endormie. Mes deux sourcils se sont relevés, surlignant deux yeux écarquillés devant ce cadeau du ciel que l’on attendait plus. Mes joues sont devenues aussi rouges que celles de cette enfant et mes yeux se sont embués au regard de cette patiente qui avait gagné son statut de mère.

Oui, il y a des actes manqués et de l’argent qui se perd. Oui, il y a de l’agacement, de la fatigue et un ras le bol à te foutre tes paillettes par terre. Et puis il y a ce petit bébé endormie qui vous donnent envie de crier aux oreilles de ceux qui semblent encore douter :  
« Je suis une libérale qui râle, mais une infirmière qui gère ! »
(instant auto-remotivation terminé, vous pouvez zapper)

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